|
« J’ai un rêve, le rêve d’un pays épris de liberté et d’équité, un pays ou le mot dignité ne serait pas bafoué. Je rêve d’un pays ou parole ne sera pas brimé, où l’opinion, l’engagement seront honorés. Je rêve d’un pays où il fait si bon vivre qu’on ne voudrait jamais s’exiler, un pays ou moi simple citoyen, je pourrais participer, critiquer et édifier sans la peur d’être persécuté ou marginalisé. Je rêve d’un pays ou je m’épanouirais, ou mes idées, mes espérances se concrétiseraient. Je rêve d’un peuple fier et solidaire. D’une nation au firmament. Je rêve d’une Tunisie respecté et respectueuse, engagée et vertueuse... » Hannibal Barca - Un rêve

J’avoue ne rien connaître de mon pays, par contre je connais sur le bout des doigts le système et la vie politique de pays comme la France, la Grande Bretagne, ou les USA, de la Tunisie c’est le black out. Personnellement je suis incapable de citer le nom de 5 ministres tunisiens du gouvernement actuel. Je crois qu’à part le nom du premier ministre (un inamovible) et celui du ministre de l’intérieur pour son action vertueuse et très respectueuse de ses concitoyens (humour noir), je ne connais rien du reste de l’équipe. La position précise de ce gouvernement, sur tel ou tel secteur ou position reste des inconnues. Qu’est ce qui marche, qu’est ce qui marche pas sont aussi des inconnues. Pas de statistiques fiables ou de rapports indépendants sans une caution et un maquillage politique ne sont disponibles. Bref de mon pays, de sa situation réel sur nombre de points, je suis un ignorant. Tout ce que je sais c’est ce que ce régime accepte de distiller comme informations, celles qu’il veut. Une telle attitude ne renforçant auprès des tunisiens que la rumeur, le cynisme et l’absence de confiance envers toute action politique. En fait toute information reste sujette à la validation puisque l’information et la désinformation ne font qu’un en Tunisie. Si on devait comparer les journaux de la Pravda ou du Kommersant de l’époque soviétique avec ceux de la Presse ou du Renouveau tunisiens actuels, on ne trouverait que des similitudes. Les mêmes éloges et la même langue de bois. Seuls les noms des dirigeants différeraient. Bref l’information en Tunisie est une information idéologique au service d’un parti unique et d’un seul dirigeant. Le plus rigolo est qu’en Tunisie il m’arrive d’acheter des quotidiens arabophones ou francophones pour n’y lire qu’une seule rubrique, celle des faits divers (meurtres, viols et vols). Ce sont les seuls qui restent non contresignés par le big brother de la presse tunisienne (la Tunis Afrique Presse) mais par de simples petits journalistes qui trop heureux d’avoir un brin de liberté, font avec joie un décompte macabre et scabreux avec force de détails, des vols, viols et meurtres enregistrés dans la république. Cette presse des « chiens écrasés » reste pour moi lecteur mais aussi pour leurs auteurs, le seul exécutoire pour dire et entendre un semblant de vérité sans pour autant être frappé par les foudres de la censure. Cependant, cette recherche de liberté désespérée peut se muer en tyrannie intellectuelle. Souvent, les journalistes critiques littéraires s’en prennent à coeur de joie pour descendre une première oeuvre ou un petit film produit par un écrivain ou un cinéaste naissant, indépendant, ne disposant d’aucun relais politique et n’étant pas étiqueté comme intellectuel du régime. Bref, on leur fait mal, on les torpilles, ce sont les souffre douleurs d’une génération de journalistes en mal d’être et qui ont besoin d’un punching-ball pour se valoriser et se légitimer à leurs propres yeux. Bref, la censure, l’autocensure font des ravages en Tunisie. On a une presse, un système médiatique et d’information hermétique et déconnecté de toute réalité, qui masque cette dernière sous mille artifices et slogans creux. Bref les discours grandiloquents, pompeux, de médias et de responsables politiques recherchant sans cesse la reconnaissance de pays avancés ne sont que le signe d’une chose. Celui de la soif de reconnaissance d’un ex-colonisé face à ses anciens colonisateurs, bref un complexe d’infériorité latent qu’on cache par un autre de supériorité, le tout enrobé par un ton arrogant et méprisant pour les autres nations (africaines ou arabes). Les déclarations à l’emporte pièce du type, la Tunisie est pionnière dans tel ou tel domaine, première au monde dans tel truc ne sont que l’émanation d’un mal de vivre et d’une ambivalence entre les propos et la réalités des choses. Cette disparité intellectuelle et médiatique est accentuée par le manque d’objectivité, de recul, de modestie, de sens critique qui caractérise de tels discours. Le résultat final est malheureusement l’abrutissement et l’aliénation délibérée et progressive à la fois d’une élite intellectuelle malhonnête et servile et d’un peuple sans voix qui a choisi de ne rien entendre, de ne rien voir et de ne rien dire. |