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Du monde virtuel, le voilà en face de moi, bonnet vissé sur la tête, boucles noires sur la nuque, un regard tenace, franc, déterminé, juste. D’aucune obédience, il se définit comme un simple citoyen. Le ton est donné. La simplicité, la clarté, la constance de ses propos nous laisse sans voix. Cet homme n’use d’aucun artifice, ne tire sur aucune corde sensible, pas d’esprit revanchard ni agressif, l’amertume que son histoire aurait pu lui inspirer est absente. Rien ni personne ne pourra ébranler sa DIGNITÉ. Les conditions de détention ? Zouhair Yahyaoui les décrit calmement et précisément : - Une pièce de 15 mètres sur 5, soit 75 mètres carrés pour 130 personnes. 52 lits pour 130 personnes. Zouhair a pu obtenir un lit au bout de 4 mois de détention. Il y avait des lits superposés collés aux murs ou « camions » pour les initiés, des lits à trois places où la personne occupant celle du milieu doit s’y glisser en suspension comme une « cassette » et pour ceux qui n’avaient pas de lit, ils dormaient à même le sol, tête-bêche au milieu de la pièce, la moitié du corps sous les lits superposés comme des « mécaniciens ». - Hygiène : Pour 130 personnes dans un espace de 75 m2 , 4 cabinets de toilette au fond de cette pièce, dont un était condamné pour y entasser les ordures, ordures pouvant atteindre aisément un mètre de haut, ordures attirant des nuées de mouches et des hordes d’insectes. De jour, les insectes pullulent et infectent nourriture et breuvage, de nuit ils envahissent les lits. - Eau : Pas d’eau courante, une vingtaine de minutes par jour entre deux heures et trois heures du matin. Ces précieuses minutes étaient employées à remplir des seaux d’eau. - Nourriture ou « soubba », constituée d’un pain « taliéni » quotidien, le soir un bol de soupe d’herbes sauvages bouillies dans une eau marâtre salée, à midi une gamelle de lentilles le jeudi, de couscous le dimanche et de pâtes liquides les autres jours de la semaine. - Distraction : une télévision est présente dans la pièce. Le télé journal de 20h doit être suivi dans un silence de mort sous peine de subir un isolement de 10 jours. - Parloir : interdiction de parler des conditions de détention à ses proches sous peine de représailles musclées. Tous les propos échangés entre famille et détenu sont immédiatement et fidèlement retranscris par 3, voire 5 personnes présentes à chaque séance. - Mise à l’écart : toute personne adressant la parole ou s’approchant de Zouhair recevait une bastonnade immédiate dissuasive. Et c’est la gorge nouée qu’il parle de ceux qui y sont encore, de ceux qui ne sont plus de ce monde, emportés par l’hépatite ou la tuberculose. La gorge serrée il se souvient de ceux qui au comble du désespoir se mutilent au plus profond de leur corps pour essayer de faire taire la douleur de leur âme. Cette description des conditions de détention est loin d’être exhaustive et n’évoque pas les séances sordides d’interrogation ni de torture. Rien ni personne ne pourra ébranler sa DÉTERMINATION. Les intimidations ? - la spoliation de l’ensemble des biens de la famille dont un petit hôtel à son heure très rentable, recommandé par le Guide des Routards, situé au centre-ville, le « Royal ». - la pression sur l’ensemble de sa famille, ses frères et surs, rendant ainsi la possibilité de travailler quasi nulle. Non, messieurs, el TOUNSI, en tant que TOUNSI vous dit qu’il n’est pas intimidé. Rien ni personne ne pourra ébranler son COURAGE. Zouhair Yahyaoui ne savait pas qu’en entrant en prison, il en ressortirait orphelin, son père, qu’il repose en Paix, a disparu dans l’attente de son fils. Rien ni personne ne pourra ébranler EL TOUNSI. En chacun de nous sommeille un Zouhair Yahyaoui, droit, juste, vrai, prêt à tapir ses peurs, prêt à abandonner messes basses, petitesses, lâchetés, pour s’affranchir et devenir un citoyen LIBRE, libre de ses mouvements, libre de s’exprimer, libre de rire. A tous les tunisiens, réveillons le Zouhair Yahyaoui qui sommeille en nous ! |