|

A trente cinq ans, Abdelwahed enseigne déjà à l’Université de Sfax, en tant que professeur d’histoire. Sa femme en fait de même dans le cadre de l’enseignement secondaire. Ils ont deux enfants et habitent tous les deux Jebeniana. En dehors de son travail, elle s’occupe de la maison et de ses deux enfants tandis que son mari, intelligent, cultivé et même opposant à ses heures, passe la plupart de son temps libre à taper le carton dans les cafés du bled.
Les problèmes de Jebeniana, la corruption qu’il constate tous les jours, les abberations qui se produisent à ces côtés, la saleté qu’il côtoie, tout ça ne le perturbe nullement. Mieux encore, sa mère, analphabète et incapable de comprendre quoique ce soit à ce qui se passe dans la société, n’a jamais posé de problème pour lui. Il n’a pas pensé un seul instant à lui apprendre à lire, à écrire ou à penser le monde autrement que ce qu’elle le perçoit depuis sa naissance. On dirait que cela arrangeait son fiston de docteur en histoire, lui qui se permet de critiquer le monde entier pour sa mauvaise gestion de l’humanité, l’opposition tunisienne pour sa médiocre stratégie, mais sans jamais penser à commencer par émanciper sa propre mère, tout simplement en lui apprenant à lire et à écrire !
Si tous les intellectuels tunisiens avaient pensé un seul instant à éduquer les membres de leurs familles et à simplement apprendre à lire et écrire aux milliers de leurs compatriotes analphabètes, la Tunisie aurait fait depuis longtemps sa révolution et évité de vivre la médiocre situation qu’elle endure depuis longtemps. |