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Dans les transports publics, les banques, les parcs, les joalleries, les restaurants, les villes grouillent de ces quadripèdes que promènent leurs maîtres avec un amour débordant et une affection qui en disent long sur les manques de chaleur de la société d’aujourd’hui. Des restaurants, des salons de coiffure, des cliniques et des boutiques spécialisées se trouvent dans chaque rue pour leur confort et leur bien être.
On vit avec, pour et au nom du chien. Le toutou occupe le temps dans un monde moderne où la solitude prend des proportions effrayantes. On parle à son chien par substitution à la rare communication humaine. On caresse son compagnon à poils pour meubler son désert affectif et on lui donne des ordres pour se façonner une respectabilité imaginaire et se targuer d’un pouvoir rassurant.
Le chien n’est pas seulement l’animal qu’on doit protéger mais surtout l’alibi pour des frustrations qu’on ose ni reconnaître, ni soigner, ni assumer.
Grâce à sa fidélité, à sa présence et à sa discrétion lors des rapports intimes, le chien cumule des qualités que l’homme ne cesse de perdre. On comprend dès lors pourquoi l’amour voué à cet animal dépasse l’entendement. Que de fois on entend des dames appeler leur chien "mon chéri", "mon bébé","mon enfant", l’embrasser tendrement sur le museau et lui prodiguer une affection débordante. C’est sur le chien que se tranfèrent les frustrations, les déceptions, les manques, la solitude et l’amertume dont souffrent des centaines de millions d’êtres humains.
Abordant une dame tenant sur ses genoux un petit chien, dans un tram de Genève, je lui ai posé la question : "Et si vous remplacez votre chien par un enfant africain abandonné et confronté à la faim et à la misère ?".
Elle m’a répondu, un brin agacée : "Exclu, Monsieur, car ce chien m’apporte un bonheur et une tendresse que personne d’autre ne peut me procurer. Un enfant, ça pense, ça grandit et finit par créer des problèmes. Pas le chien. De toute façon, je donne de l’argent régulièrement à des associations caritatives pour aider les enfants en Afrique. Je ne peux pas résoudre toute la misère du monde !"
En attendant, les chiens d’Occident continuent à mener une vie fort agréable tandis que de milliers d’enfants meurent chaque jour dans les pays qu’on nomme pudiquement "en voie de développement" (voire le Rapport de Jean Ziegler de 2004, rapporteur spécial de l’ONU pour les problèmes de la faim dans le monde). |