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En parfaite déliquescence, les régime arabes vivent dans la peur et la division, sans la moindre légitimité populaire, faisant profil bas devant les Etats-Unis et Israël.
Leur obsession sécuritaire les oblige à consacrer leur énergie à mater toute résistance et empêcher tout discours différent de leurs options.
Opprimés et férocement réprimés, les peuples arabes sont empêchés par leurs propres dirigeants de manifester leur solidarité avec les Irakiens car les craintes sont énormes : brandir des slogans antiaméricains et profiter de l’occasion pour exprimer leur ras-le-bol de leurs misérables conditions et de l’autoritarisme des pouvoirs en place.
On se trouve ainsi dans une situation absolument ubuesque où les Arabes, citoyens et maîtres, assistent impuissants et serviles à la terrifiante escalade américaine en Irak et à l’arrogance israélienne face à l’occupation des terres palestiniennes. Conscients de leur impuissance et ne cherchant que leur maintien au pouvoir à tout prix, les dirigeants arabes se contentent de faire appel à l’opinion internationale, au Conseil de sécurité et à l’Europe ex-coloniale pour sortir du bourbier dans lequel ils se sont mis.
Lors de la réunion à Charm el-Cheikh le 9 février 2003, le raïs égyptien a exprimé, au nom de ses pairs, l’incapacité arabe à jouer un quelconque rôle dans le conflit qui oppose l’Administration américaine à l’Irak : « Il y a un Congrès américain, un Conseil de sécurité de l’ONU, un Parlement britannique et l’Administration américaine, ce sont eux qui peuvent avancer la guerre, la déclencher ou la reporter », Housni Moubarak, à la tête de l’Etat égyptien depuis 24 ans, la soumission des Etats arabes au diktat américain.
Et cette vile position n’est guère étonnante car certains dirigeants arabes ne doivent leur pérennité au pouvoir que grâce aux milliards de dollars octroyés annuellement par les Américains (Egypte, Jordanie, Yemen, Maroc, Mauritanie, etc...), tandis que d’autres ne peuvent gouverner aussi longtemps sans l’appui états-unien aussi bien diplomatique que militaire.
Le roi Abdallah II de Jordanie risque d’être balayé en peu de jours sans la bienveillance américano-israélienne ; un Egyptien sur deux ne se nourrit que grâce à l’aide matérielle américaine, non pas parce que le pays est pauvre mais simplement parce que la corruption qui gangrène le pays par les tenants du pouvoir et une bourgeoisie affairiste et sans scrupule a plongé le peuple dans une misère qui ne cesse de s’aggraver.
Tous les Etats du Golfe tomberaient sous la coupe des islamistes et autres opposants si les parapluies anglo-américains n’étaient pas déployés.
C’est pourquoi l’Arabie saoudite, le Koweit, Oman, Bahrein, le Qatar ainsi que les Emirats arabes unis ont mis leurs territoires et leurs ressources au service des Etats-Unis pour mener la guerre contre l’Irak.
Face à l’agression américaine et à l’hégémonie israélienne, les pouvoirs arabes ont trahi leurs peuples par leur position défaitiste et leur manque de dignité. En tenant compte des conditions de leur détention du pouvoir, on comprend bien qu’ils n’ont point d’autre issue.
Mais que dire du silence des peuples arabes et de leur immense capacité d’endurer les injustices, les oppressions, la répression et l’opprobre sans jamais se soulever ?
Il faut bien croire que l’Histoire qui a façonné la mentalité arabe constitue le « facteur endogène » de sa résistance à la démocratie.
En effet, depuis la mort du prophète Mohamed en 632, le calife a été élu par désignation, acclamation ou dans le sang suite à une guerre civile (la fitna).
Aujourd’hui, seule la forme a changé, avec des concepts et des stratégies modernes, mais le fond est demeuré le même, pour aboutir à des régimes totalitaires, semblables à ceux du VIIème siècle.
L’Occident et Israël comprennent bien ce phénomène et en usent avec délectation. Et les Arabes en subissent les néfastes conséquences : peuples réprimés, terres occupées, richesses dilapidées et dignité violée.
Houcine Ghali
Genève |