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Moalla, Taïeb - Journaliste indépendant et ex-porte-parole de la Coalition Québec-Palestine - Collaboration spéciale

La presse écrite arabe a été unanime hier à saluer le caractère démocratique de l’élection présidentielle palestinienne. Tout en notant l’espoir de paix suscité par l’élection d’un Mahmoud Abbas "légitime et bien élu" , les éditorialistes rappellent que la balle est désormais dans le camp israélien qui devra prendre le risque de la... paix. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la seule élection démocratique du monde arabe a eu lieu dans un "État" qui n’en est pas encore un : la Palestine. Contrastant avec les pays arabes - où les rois et autres présidents gouvernent leurs pays comme on gère une entreprise familiale qu’on lègue par la suite à ses enfants - , la Palestine a offert une leçon de civisme et de démocratie. Hasen Al Batal, éditorialiste du journal palestinien Al Ayyam (proche de l’Autorité palestinienne), adoptait un ton triomphaliste. Dans un article titré : Les Arabes sont jaloux, il expliquait que "le peuple palestinien est le premier vainqueur de ces élections. C’est lui qui se place à la première place du podium des démocraties dans le monde arabe (...) La culture de la mort n’était qu’une grippe passagère alors que la culture de la vie et de la paix est l’état naturel des choses. Notre lutte militaire et politique ne plaît peut-être pas à tout le monde. Mais le fait qu’il y ait une réelle démocratie palestinienne satisfait tout le monde y compris nos adversaires." Al Quds Al Arabi , journal panarabe édité à Londres, était moins euphorique. Son rédacteur en chef Abdel Bari Atwan, qui est d’origine palestinienne, affirmait que "le peuple palestinien, de l’aveu même des observateurs étrangers, a fait preuve de discipline et de respect pour la démocratie". Mais il précisait, du même souffle : "Les Palestiniens se réveillent ce matin [hi er] en constatant que rien n’a changé : L’occupation reste, les meurtres continuent et les barrages [israéliens] perdurent." Et Atwan de rappeler que "Mahmoud Abbas ne représente que le tiers des Palestiniens puisque les réfugiés et les exilés, qui constituent les deux autres tiers, n’avaient pas le droit de participer au scrutin. Aussi, des questions fondamentales comme le droit au retour des réfugiés et le statut d’Al Quds [Jérusalem] restent des lignes rouges. Cette élection ne peut en aucun cas se transformer en une délégation à Abbas pour qu’il renonce à ces droits inaliénables (...) Le peuple palestinien est intelligent et pragmatique. Il sait fort bien que Washington, Israël et les Arabes modérés veulent un leader bien élu. Les voilà donc qui offrent, sur un plateau en or, un chef légitime au-dessus de tout soupçon. Qu’allez-vous donc faire de lui et de nous ? Le peuple palestinien a supprimé tous les prétextes qu’Israël utilisait pour justifier son refus de la paix." Pour mesurer la portée de ces affirmations, il faut savoir que Atwan est une véritable vedette médiatique. Connu pour sa plume acerbe et ses envolées oratoires, il est souvent sollicité par les télévisions satellitaires arabes (dont la très écoutée Al-Jazira), en vue de rendre compte du sentiment des masses arabes. Ainsi, ce leader d’opinion façonne en partie - parfois avec un certain populisme - l’opinion publique arabe et musulmane. De son côté, le journal Al Hayat édité également à Londres, affirmait : "Les Palestiniens ont accompli leur devoir électoral malgré l’absence des conditions élémentaires pour le déroulement d’élections libres et transparentes et la poursuite des obstructions israéliennes." Et Al Hayat d’insister sur les enjeux internes (post-électoraux) palestiniens. "[Abbas] a obtenu un mandat clair en vue d’entamer des négociations de paix avec Israël après des années de violence. Ce mandat le conduira également à lutter contre la corruption interne (...) L’annonce de la tenue d’élections législatives pour le mois de juillet est un signe envoyé par l’Autorité palestinienne (AP) aux mouvements islamistes. Il vise à montrer que l’AP est sérieuse quand elle évoque une participation politique réelle de toutes les tendances représentées au sein du peuple palestinien. Même si tout n’est pas encore réglé, Mahmoud Abbas est incontestablement l’homme de la situation." De son côté, le journal libanais Assafir (gauche et nationaliste arabe) offrait une autre vision. Dans un éditorial, rempli d’amertume, et intitulé Adieu la révolution. Bonjour la démocratie, Talel Salman constatait que "le temps de la lutte est fini avec la disparition de l’homme (Arafat) qui amalgamait la révolution et l’autorité. Le nouveau président des Palestiniens a fait son choix : accepter "l’autorité" est plus payant que de garder le symbole révolutionnaire et reconnaître le fait accompli est plus utile que d’entretenir des rêves devenus illusoires au cours de cette époque dominée par l’Empire américain."
Le Soleil (Québec) - Commentaire Éditorial, mardi 11 janvier 2005, p. A12 |