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Les aberrations du système

Le Canada est un des rares pays occidentaux à encourager l’immigration. En 2003, le pays prévoyait recevoir 220 000 à 245 000 nouveaux résidants permanents dont environ 40 000 s’installeront au Québec. Dans un deuxième et dernier article, un immigrant arrivé au Québec en 2001 nous fait partager ses réflexions sur le parcours suivi.

Supposons que je me suis inscrit à une maîtrise puis à un doctorat. Pendant toutes mes années d’études, et tant que je ne suis pas immigrant reçu ("résidant permanent" dans le jargon administratif), je peux, de façon tout à fait légale, conduire une voiture grâce à mon permis de conduire tunisien. Mais dès l’obtention de ma résidence, j’aurais trois mois pour passer l’examen de conduite canadien. Le même permis, reconnu durant mes années d’études, devient inopérant dès lors que le Canada me choisit comme immigrant !
Quand un postulant à l’immigration obtient le Certificat de sélection du Québec (CSQ), on lui explique qu’il est désormais admissible à la carte d’assurance-maladie. Il aura seulement à prouver qu’il réside, bel et bien, au Québec. Mais, en s’adressant à la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ), on apprend que seuls les candidats choisis, dont la demande est signée au Québec, ont accès à ce privilège. Naïvement, le postulant à la résidence permanente aurait pu penser qu’un document du gouvernement du Québec, qu’il soit étampé à New York ou à Québec, possède la même valeur juridique. Mais, la RAMQ ne partage apparemment pas cet avis !

Choisi mais...

Si vous avez le CSQ, que vous êtes en attente d’une réponse du fédéral et que vous devez renouveler votre visa étudiant, ne croyez pas que vous êtes dispensés du Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Le CAQ est exigé au moment de la demande d’immigration. Il s’agit d’un document produit par le gouvernement du Québec.
Il suffit d’avoir une inscription à une université québécoise pour l’obtenir quasi automatiquement (moyennant 100 $ tout de même).
Une fois le CSQ obtenu, on peut légitimement penser que le CAQ n’a plus de raison d’être et qu’on peut directement s’adresser aux autorités fédérales pour renouveler son visa étudiant. Logiquement, une personne "sélectionnée" par le gouvernement du Québec en vue d’y résider de façon permanente n’a plus besoin de renouveler un certificat d’acceptation. Comme les raisonnements logiques et administratifs ne vont pas toujours de pair, sachez qu’un titulaire du CSQ est, malgré tout, obligé de renouveler son CAQ.
Les mauvaises langues vous diront que les gouvernements successifs du Québec tiennent tout particulièrement au pactole que représentent 100 $ multipliés annuellement par le nombre d’étudiants étrangers en attente du statut d’immigrant !

la résidence

Une fois le processus de demande d’immigration (pratiquement) achevé, il restera une dernière étape à notre téméraire postulant. Ce dernier devra quitter, ne serait-ce que pendant quelques minutes, le territoire canadien pour, ensuite, y être réadmis en tant que résidant permanent ! Beaucoup d’étudiants étrangers sont donc obligés de se déplacer aux postes d’Immigration Canada se trouvant à la frontière avec les États-Unis. Et si notre immigrant a le malheur de s’appeler Mohamed ou Boubaker, les douaniers américains risquent de lui faire subir un long et harassant interrogatoire.
Être résidant permanent offre au nouvel immigrant quasiment les mêmes droits que les Canadiens. Son statut lui permet de travailler (ailleurs qu’à l’université) et d’avoir accès au régime d’assurance-maladie. Mais le résidant permanent n’est pas (encore) citoyen. Il n’a pas de passeport canadien et ne peut pas voter au Canada. Pour obtenir la citoyenneté - et devenir un "sujet de la reine" - il faut avoir résidé au pays pendant trois à cinq ans (cela dépend de la situation personnelle de chaque immigrant), payer 100 $, attendre quatre à six mois et, surtout, passer le fameux test de la citoyenneté.
Au cours de ce test, on pourra demander au postulant citoyen canadien de nommer les "trois industries qui ont aidé les premiers colons à fonder des collectivités dans la région de l’Atlantique", de savoir "qui étaient les Loyalistes de l’Empire-Uni" ou de désigner "(votre) conseiller municipal, échevin, préfet ou conseiller régional".
Avouez chers lecteurs que notre immigrant, s’il passe le test, n’aura pas volé sa nouvelle citoyenneté canadienne ! Avouez aussi que vous êtes, en ce moment même, en train de vous gratter la tête pour trouver les réponses aux questions pièges citées plus haut.

Journal d’un nouvel immigrant : Deux de deux
Hier : Des immigrants riches et en bonne santé !
Taïeb Moalla, l’auteur est un ex-correspondant en Tunisie du journal "Le Soir" (Belgique). Il habite Québec.
© Le Soleil - Québec - Opinions, mercredi 22 septembre 2004, p. A17

TUNeZINE
22-09-2004

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