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Les bouches du Métro parlent !

Liberté

Depuis le temps que nous cherchons le moyen de faire basculer la tendance, tout un chacun pouvait être atteint par les germes qui nous ont fait aboutir là où nous sommes : dans l’impasse. Pour retrouver la fraîcheur, la volonté, la jeunesse éternelle, souvenons nous de la première fois, toute première fois, où nous avons dit non. Toute personne peut retrouver le moment précis où elle a dit non à la seconde près. C’est en retournant à ce moment pour le revivre que l’éveil peut avoir lieu. J’ai dit non le jour, à 12 ans où j’ai vu la brutalité s’abattre de toute sa férocité sur mes camarades du collège alors que j’étais bien protégé chez le vendeur de vélos, le jour où j’ai été confronté à des gens qui avaient un pouvoir absolu sans aucune limite possible. En remontant le bras qui s’abattaient sur notre non, je pouvais réaliser à quel point l’Etat n’était pas là pour protéger ses citoyens mais au contraire pour les réduire à l’état de « choses » sans aucune volonté, lui autant toute liberté de jugement, toute capacité de décider de son devenir de se réaliser dans sa diversité. Nous avions étés matraqués pour avoir voulu que les choses soient autrement. Ce non est perpétuel tant que les choses ne changeront pas, coûte que coûte.
« Et vous, quand avez-vous dit non ? qu’avez-vous fait de vos 20 ans ? »

Les invalides

Pour aller vers la Concorde, il nous faut d’abord travailler sur nous même, il faut faire un examen de conscience, quand on prétend s’intéresser à la politique, à la chose publique, quand on veut s’occuper de la cité, du destin de tout un peuple, il faut être et s’efforcer d’être irréprochable, honnête avec soi même et avec les autres. Les invalides ne sont pas les autres, en attendant la naissance du premier citoyen, nous sommes tous des Invalides. Il est frappant de voir à quel point nous avons, tous ou presque sans exception, besoin de revenir à nos manuels de l’école primaire, à l’éducation que nous avons reçu de nos parents, des valeurs éternelles qui se transmettent dans notre culture : la gentillesse, le respect, le courage, l’intelligence des rapports humains, toutes ces valeurs ont été perverties, à qui la faute ? Peu importe, il faut arrêter de chercher des coupables, c’est toujours et de toute façon l’« autre, quel enfer ! ». Ces valeurs, loin d’être des handicaps pour la construction d’un individu rationnel, en pleine possession et conscience de ses droits les plus élémentaires, doivent être exploitées jusqu’à la moelle pour construire la Tunisie de demain : un Homme intègre, acteur de son temps, qui respecte les droits d’autrui et qui se bat au quotidien pour que cet état voulu, cet état possible soit un état perpétuel.

La concorde

La naissance du premier citoyen se fait toujours attendre. Le code de bonne conduite qui s’impose à chacun de nous, le seul qui vaille doit émaner d’une approche systémique, une remise en question perpétuelle et une vision globale des enjeux. La seule matrice, le fondement de ce code de conduite doit être : un engagement perpétuel pour le bien de la Tunisie, toujours avoir à l’esprit cet aspect, qui est loin d’être handicapant, au contraire. Le premier citoyen sera celui qui fera le premier pas dans sens : le vrai premier pas, celui qui ne faillait jamais. Personne ne peut prétendre de par lui même à déterminer l’avenir. Le crédit qu’il aura sera seulement celui que lui auront accordé les autres. En dehors de ce crédit, la seule démarche qui s’impose, celle qui découle du code de conduite que chacun doit s’imposer, nous oblige à faire des concessions. Nous sommes arrivés à un stade où les concessions qui doivent être faites ne touchent pas à l’essentiel, les valeurs, les idées, les principes sont loin d’être remis en question, les concessions qui doivent être faites relèvent plutôt de l’anodin, du basique, du primaire : ne pas insulter, ne pas diffamer, ne pas offenser, respecter l’autre, ne pas toucher à sa dignité, à sa vie privée, accepter le dialogue, la critique sinon essayer de les provoquer, d’aller vers l’autre, et là ça serait peut être déjà trop demander ? Chacun peut s’amuser à faire le constat de faillite, du point de non retour auquel l’opposition est arrivée. A bas le vieux monde comme disait l’autre et tant mieux, le changement, le mouvement, rien de mieux, il faut que ça bouge. L’important n’est plus de faire ces constats, qui se ressemblent, rien ne les différencient qu’il viennent de gauche de droite, seul la marque de chacun les distingue, beaucoup s’abstiennent, d’autres pleurent et enfin certains jubilent et puis il y’a ceux qui veulent pratiquer la politique de la terre brûlée, s’il reste encore des bouts de plantes, même sèches, il faut les achever. Le vieux monde une fois démoli, la terre ayant été brûlée, la sécheresse s’installe avec la menace de la désertification. Rien ne bouge, on n’entend plus que le bruit des murmures, tout le monde se tait, aucun projet, aucun début de quelque chose, le silence, « no future ! »
Si vous entendez parler d’un début de quelque chose, SVP, ne m’oubliez pas ! « راني خوكم الصغير ».

Mercure
15-08-2004

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