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Vive les femmes, à bas les cons, à bas les anti-cons

Aujourd’hui le 13 août 2004, la Tunisie célèbre la journée nationale de la Femme. La question de la Femme est un enjeu majeur en tant que tel dans toutes les sociétés du monde, d’autant plus dans les pays « en développement » comme la Tunisie. Le statut de la Femme a toujours été et est toujours un argument de vente du régime Ben Ali. Force est de constater que le statut de la Femme en Tunisie, en dehors du fait qu’elle reste tout de même victime comme citoyen de la dictature, est un statut qui pourrait être envié par nombre de Femmes d’autres pays de par le monde.
L’objet ici, n’est pas de traiter de la question de la Femme en Tunisie à la manière du discours officiel, le régime nous casse les oreilles en usant et en abusant de la question de la Femme pour se vendre et, ma foi, c’est l’un des arguments par lequel il se maintient. Je voudrais qu’on aborde cette question du point de vue de l’opposition. Qu’avons nous fait de la Femme ce jour ?
On dirait que nos amis de l’opposition se sont fait avoir par le matraquage : le plus grand danger pour l’opposition qui se veut crédible est de laisser la dictature s’approprier certains thèmes et non les moindre comme celui de la Femme. Une réaction assez dangereuse serait de dire : la dictature se vend par tel ou tel thème, alors en tant qu’opposant je refuse de jouer sur son terrain, refuser de jouer sur le terrain de la dictature est une réaction pour le moins débile, mais enfin croyez vous que Cyber-Tunisie est un pays en soi ? Cyber-Tunisie n’a de sens qu’en tant qu’alternative à la censure, ni plus, ni moins, avec le temps l’on pourrait se laisser aller à oublier la Tunisie, au profit de cyber-combats de coqs mesquins de mesquines. Tous les thèmes et tous les terrains devront être reconquis. Il faudra se les réapproprier, à défaut d’être balayés par l’histoire et de continuer à naviguer autour d’une île virtuelle qui s’appellerait Cyber-Tunisie.
En passant, je dois dire que j’ai mal au cur au constat de l’état lamentable dans lequel se trouve la Cyber-Tunisie. Tout le monde fait ce constat : état de crise, de pourrissement etc. de Cyber-Tunisie, je voudrais ici dépasser les notions et dire les mots de façon crue : je suis au regret de constater que vous êtes, les amis, dans un état lamentable. Qu’aucune personne, sauf quelques exceptions très exceptionnelles, n’est là pour relever le niveau, voilà où nous en sommes : un concours de qui ira le plus loin dans la bassesse et la mesquinerie, là-dessus aussi tout le monde est d’accord mais certains sont plus coupables que d’autres dans cet état de fait, ils se reconnaîtront. J’avais suivi avec un grand plaisir et un beaucoup d’espoir la naissance de Nawaat, en tant que site et en tant que forum, aujourd’hui Nawaat en est arrivé au même point que Tunezine, la fermeture des forums est même envisagée et ce en beaucoup moins de temps que Tunezine. La situation que vit Nawaat (si je n’y poste pas ce texte c’est pour lui éviter une énième chamaillerie dont elle n’a pas besoin) me renforce dans la conviction que le problème est en chacun de nous. Aujourd’hui je suis en colère, une colère sourde et même sereine puisque les évènements ne m’étonnent pas tant que ça. Je pensais que Nawaat arrivait dans un moment où nous aurions atteint un certain degré de maturité, qu’il n’aurait pas à passer par les souffrances par lesquelles est passé Tunezine et que les utilisateurs y iraient pour débattre, proposer des projets et travailler. Quelle déception. Je regarde certains forums français, appartenant aux quotidiens, aux partis etc. quel que soit le thème, quel que soit l’objectif, quel que soit le sujet débattu et même les pires d’entre eux, je remarque à quel point le débat se passe bien, dans le respect. La moyenne du niveau intellectuel des utilisateurs de Cyber-Tunisie doit être au même niveau et même peut être supérieur à celle des utilisateurs des forums que j’ai visité et pourtant...
Pourquoi l’opposant tunisien, même les intellectuels, les docteurs et ceux qui se croient plus intelligents que les autres restent aussi nuls, tout simplement bas, lâches et nuls. Tout cela prouve qu’une prise de conscience est nécessaire, qu’il faut refaire du travail basique, que les outils que nous utilisons ne sont que des outils et que leur état de santé et leur identité n’est rien d’autre que ce que nous y mettons et ce que nous y faisons, tous ensemble, si Tunezine, Tunisnews ou Nawaat se trouve à un moment donné dans un état lamentable, il faut que chacun de nous se dise que c’est son propre état : lamentable ; au lieu d’aller chercher le ou la bouc émissaire ailleurs. Comme j’aime à le répéter un ou outil n’est qu’un outil, l’important c’est le contenu, le contenu forcément dépend de nous. Prenons l’exemple d’un qui se croit terrible, il a créé un Blog, encore une déception, je me suis dit « tiens, encore un outil et une épine dans le pied de Ben Ali », on dirait que l’anti-con prend tout le monde pour des cons, que trouverez-vous dans ce blog à 2 mois des élections présidentielles ? Sa haine contre des personnes, rien de plus, rien de moins, ces personnes ont un point commun : être opposants à Ben Ali et provoquer les jalousies de ceux qui n’aiment pas voir les autres travailler sans venir leur mettre des bâtons dans les roues, encore une épine dans les pieds des opposants. En gros, un blog qui ne mérite pas d’être dans mes favoris, passons, il n’y rien de pire que de se lancer dans un combat de coq avec Ivan, il doit toujours avoir le dernier mot. Au moins Salah Karker, comme nous pouvons le remarquer dans dernière sortie réserve 80% de son attaque au régime et 20% à l’opposition, voilà un « démolisseur » qui se remet en question.
Parlons plutôt de nos Femmes, pour changer de sujet. Ainsi, en jetant un coup d’il aujourd’hui sur les médias en général et sur Cyber-Tunisie en particulier, nous pouvons constater qu’encore une fois la dictature a utilisé à outrance le thème de la Femme au cur de sa stratégie marketing. Quand la dictature met en avant des Femmes d’affaire, des sportives, des productrices culturelles, qu’elle récupère en général au su ou à l’insu du plein gré de ces « Femmes argument de vente » que fait Cyber-Tunisie ? L’AISPP reprise par l’ensemble ou presque des sites, a pris l’initiative de donner la parole à celles qui n’auront jamais la parole en Tunisie, je tiens à dire que cette initiative est à saluer, tous les témoignages sont poignants, donner la parole au citoyen ordinaire est une initiative très intéressante et à poursuivre.
Mon point de vue n’enlève rien à cette initiative, mais voilà, elle a été entachée par le silence de mort qui l’a entourée. Ainsi la Femme tunisienne, faute de pourriture silencieuse sur Cyber-Tunisie a été entachée. Car un il non averti, réduirait la question de la Femme pour les opposants à une « Femme victime d’être Femme », le point commun à toutes ou presque toutes ces Femmes est d’être Femme « de », fille « de », sur « de » victimes. Ce n’est pas de leur faute si les prisonniers sont les militants d’Ennahdha et si ce mouvement n’a pas intégré les Femmes dans son mouvement ou du moins qu’il ne les a pas mises en avant. Ils auraient dû le faire, intégrer des Femmes, tunisiennes, qu’elles soient voilée ou non, pratiquantes ou non, je suis sûr qu’elle auraient changé la donne.
Ici, j’aimerais (et j’espère que beaucoup se joindront à moi) rendre hommage en même temps qu’à ces Femmes, à toutes celle qui agissent ou qui résistent et qui nous accompagnent au jour le jour d’une façon ou d’une autre, la Femme tunisienne ne doit pas à être réduite à Femme « de ». Mon hommage est d’autant plus intense que ces Femmes, quand elles sont attaquées, je ne sais pour quelle raison, le sont tout de suite de manières basses, ignobles. On dirait qu’un complexe chez ceux qui les attaquent les poussent à user de l’instinct le plus animal, « l’homme opposant » se croit plus viril en brandissant son trophée et en disant voilà j’ai abattu une « femme opposante », en disant en quelque sorte « dans mon tableau de chasse d’opposants il y a plus de Femmes que dans ton tableau à toi ».
En toute simplicité : A Antékrista, Geta Nour, Angelica, Sophie, Sihem, Oum Zied, Radhia, Oiseau Libre, Rebelle, Foulana et Feltana... je profite de ce jour pour vous dire merci d’avoir persisté malgré notre bassesse et d’être là malgré tout. Et merci aussi à celle qui me fait voir la Femme dans toute sa grandeur, mon amour ...
Vive les Femmes |