Vous êtes ici : Sommaire > TUNeZINE 124 > L’épopée de Mkarriz et de Mercure : Taxi Mkarriz (1/2)

E-mag
Rubriques
Le Forum
Là où l’on cause
Les Clefs
Pour comprendre le site
Les Associations
La Galerie
A voir et à entendre
Chantier Démocratique
Pour la Liberté en Tunisie
Miscellaneous
En différé de Tunisie
Des Liens
Pour découvrir
Un peu d’Actu
Liberté, grèves, faim ...
Prisonniers d’opinion
Prisonniers de l’Injustice
L’épopée de Mkarriz et de Mercure : Taxi Mkarriz (1/2)

Le falloir d’un approximatif metteur en scène comme votre interlocuteur, Kacem, est de dépoussiérer les talents ensevelis de tout acteur, de lui rendre la parole et de l’emmener dans le jeu d’un film. Il y a deux types de films pour moi, ceux écrits pour des acteurs connus et bien déterminés et ceux écrits pour le bien-être de tout le monde et surtout pour le bien de notre mère patrie en particulier.
Ce film fait partie de ceux destinés à des acteurs négligés par les professionnels du showbiz. Nous faisons d’habitude notre manége sur le "forum Tunezine", un spectacle que je mets plus tard en scène et en direct pour vos yeux et vos sensibilités. Voilà un énième film tunisien, qui parle de nous, de nos ascendants et descendants, de nos drames, de nos joies, de nos rendez-vous manqués avec l’histoire... Je vous laisse pour le moment en compagnie de mes héros du jour :

Mercure par Mercure :

« Exact, difficile de me cerner, j’y arrive pas moi même, j’ai dis une fois à Hanibal, que je m’offrais à son analyse sociale des tunisiens, mais nous ne sommes pas tous pareils. Mon monde n’est pas encore construit, mais je ne veux pas en construire, je n’aime pas tout ce qui est figé, je bouge tout le temps, je dors très peu, je vais d’un forum, à la fac, à trois boites de nuit en une seule nuit, je m’ennuie très vite, de là à une bibliothèque, à la mosquée de Paris, aux marchés, je sors marcher dans la rue, je vais jouer à la pétanque, aux restos, je vais sur les quais de la Seine, je suis boulimique de la vie, je veux tout faire avant de trépasser, tout voir, tout savoir, tout vivre, très peu de gens me connaissent vraiment, je change d’avis souvent, très souvent, par contre la colère pas vraiment d’accord avec toi, il faut vraiment la chercher pour me mettre en rage, je suis très patient, j’aime la paix mais quand je me mets en colère, les rares fois où ça arrive, il vaut mieux éviter de croiser ma route...

Déjà sur le forum les gens rient beaucoup avec moi, alors je ne te raconte même pas dans la réalité, c’est des fous rires qui se suivent, la vie est pour moi un théâtre grandeur nature, nous sommes tous des acteurs, il faut juste ne pas trop se prendre au sérieux, je suis un très bon comédien. Je vais te raconter une petite histoire. Au lycée, nous avions le choix entre des options : une 3ème langue étrangère, le dessin ou le théâtre. J’avais choisis l’option dessin parce que tout mes copains l’ont prises et je voulais rester avec eux, le prof, un vrai artiste, était vraiment trop cool, on pouvait aller se balader au lieu de faire le cours, un jour on est allé regarder de la fenêtre un cours de l’option théâtre, le prof de théâtre nous a dit de rentrer, puis il a demandé à tout ses élèves de faire des improvisations, il nous a dit à moi et mes copains qu’on pouvait y participer, j’étais le seul qui a osé aller devant le tableau pour le faire en même temps que ses élèves, quand il m’a vu, il a demandé à tous ses élèves de débarrasser et a commencé à me demander de faire des rôles, en me précisant des situations à jouer, il m’a dit qu’il fallait absolument que je fasse du théâtre, que j’étais trop fort, je ne l’ai pas fait parce que la vie est déjà en elle même un théâtre, alors à quoi bon !?

J’ai 25 ans, c’est jeune ou vieux ? Je ne sais pas. Nous cherchons tous et tout le temps quelque chose qui nous manque et nous subissons pleins d’expériences pour trouver ce que nous prospectons, les femmes, la carrière professionnelle, l’alcool, le spirituel (même si je ne vais pas à la mosquée de Paris pour prier mais pour autre chose, je vais aussi à Notre-Dame, ces lieux sacrés m’apportent quelque chose, la sérénité) sans vouloir me vanter, à mon âge, j’ai l’impression d’avoir plus de 40 ans et c’est pour ça que j’aime la compagnie des vieillards, je me sentirais plutôt à l’aise avec une momie, un SK, un Derbali, une Rebelle ou un Juge...

Y’en a marre du conceptuel, j’aimerais passer à autre chose de plus concret, je ne sais pas quoi, mais ça ne m’angoisse guère, je pense que ça sera le militantisme politique, un brin de ce que nous poursuivons à l’intérieur de nous-mêmes tout le temps et partout.

Moi aussi j’ai été dans plein de contrées lointaines et enfin de compte j’y suis toujours en moi-même, au fin fond des miens, as-tu senti ça un jour, Kacem ? Ne me cache rien, raconte moi ce qui te tourmente et ce qui te fait passer des nuits blanches à abîmer tes bobines, pourquoi veux-tu refaire ce bled pourri ? Pourquoi se leurrer et donner l’impression à ces imbéciles heureux que tu ne tournes pas en rond, eux qui attestent que tu n’as pas progressé l’ombre d’un orteil depuis ta genèse ? Je te file ton micro et tes câbles, je suis accablé pour de bon par ton casting... »

Le coup de gueule de Mkarriz :

Le rêve de Mercure m’interpelle. Qu’est-ce qu’il nous faut pour travailler tous ensemble ?
Loin de toute polémique, loin des règlements de compte, je vois que nous tardons tous à réagir malgré l’urgence. Nous n’avons aucune alternative, nous sommes devant l’obligation de collaborer. C’est un pacte avec le diable dont avons besoin. Ce diable qui est justement notre vis-à-vis, celui dont nous détestons les méthodes et les manières.

N’Est-il pas possible de nous asseoir à la même table et de discuter !? De mettre à plat tout ce qui va et tout ce qui ne va pas. Il est certain qu’il y a des influences partout et des mains qui se cachent et qui agissent à travers d’autres. Mais pourquoi, sommes-nous tous bloqués par cela ? De toutes façons plusieurs dénoncent la manipulation en la pratiquant d’une façon magistrale. Je n’ai vu que des dénonciations parfois fondées parfois non, des défenses parfois fondées parfois pas du tout. Mais on n’avance pas, c’est ça les pépins et les maillons qui manquent à la chaîne.

Personnellement je préfère les prises de têtes aux jets de fleurs dans n’importe quelle situation, mais ce que je déteste c’est que l’on s’arrête sur les niaiseries qui tuent le débat. Si nous les forumiers ne sommes pas capables à débloquer la situation, pourquoi le demander alors à l’opposition. Je m’en fous de Zayd et de Amr, l’important pour moi ce n’est pas d’être des amis mais des compagnons de parcours. Au diable l’amitié dans ce cas !! Soyons différents !

C’était un rappel, I’m not a teacher !

J’évolue en plein centre-ville de Tunis

Un taxi jaune, avec des ballons multicolores attachés à droite et à gauche d’un chauffeur manifestement frustré, le portrait du Rais couvre la quasi-totalité de ses pare-brises arrière mais le prémunit en contrepartie des regards inquisiteurs des flics. Le chef du taximan est couvert d’une chéchia rouge sang et un machmoum de Jasmin est accroché à son oreille droite. La ville est en ébullition, des jouvencelles, des bambins... comme si tout le monde attendait le passage d’une parade.
La Tunisie va endurer ses élections présidentielles !

Les taxis me semblent bien appropriés pour ce cérémonial, mais celle dont je parle est la plus accommodée vu l’énergie que déploie ce gaillard au volant, ses vigilances et sa façon de diriger me laissent bouche bée. Mkarriz, est éloquent, quelqu’un qui descend volontiers de son gagne-pain pour ouvrir la porte à ses passagers fortunés en les conduisant dans un échange verbal sympathique, courtois et ouvert. Ses termes, son verbe et ses manières me donnent l’impression qu’il est mandaté par les hautes instances du parti du pouvoir afin de ressusciter la ville fantôme et de combler les insuffisances du suffrage universel.

Devant le théâtre communal, un homme d’aplomb, bien habillé, bien rasé et menu d’un petit cartable me donne l’impression d’attendre un taxi. Ses regards lointains et son air pince-sans-rire installent en moi l’incertitude. Il est d’un tempérament assez animé et imprévisible ça ne peut être que Mercure. Le taxi, s’arrête à ses pieds, Mkarriz lui ouvre la porte en lui disant : « بابا عالنوار، يا مرحبا بأولاد سيدي، ياخويا تفضل المحل محلك ». Mercure abhorre les sièges avant et patiente que Mkarriz lui ouvre la porte de derrière. Mkarriz le cordial est consterné, il n’a jamais eu pareil client ! Il claque la porte avec vigueur ce qui laisse Mercure hébété : « ماهو لاباس ياشاف، سايس عالميكانيك الثنية مازالت طويلة، يطول ليلها وتعلف » Mkarriz, démarre en fanfare sans répondre à son client mais le garde à l’oeil grâce au rétroviseur, dans sa tête une idée ridicule s’installe : « يطلعشي واحد مالطحانة هالفرادي، هاي زبي هاي، زعمة ناخو كليمة ونعطي كليمة معاه وإلا فك على نمي مالمشاكل ».

Le taxi s’arrête au feu rouge devant le café-bar El-Hourria. Les regards du chauffeur et du client se métissent loin, à l’intérieur du local. Une dispute vient juste d’éclater... Mercure descend en sollicitant au chauffeur de l’attendre et surtout de ne pas déloger sa coque. Mercure débarque au café et découvre avec stupéfaction la liberté d’expression à la tunisienne, Mkass et Chouha sont attablés à deux guéridons, assez éloignés l’un de l’autre, chacun d’eux boit sa tasse quotidienne, Mkass s’accroche à sa chope de bière alors que Chouha s’agrippe à son canard Assabah farci de l’incontournable effigie du président en vitrine.

Mkass : « يا طحان.. يامتاع ليلى، بره إمشي كان ترهز إنتي و الشعبة، كان القوادة والطحين فيكم ترى جيبها بذراعك كانك راجل »
Kahwaji : « ياولادي نقصوا مالقحب، باش تسكرولي القهوة في جرتكم المنحسة »
Chouha : « يزي مالتبقبيق، وجبدان أعراض الناس، ترى سب المعلم كانك راجل »
Mkass : « شكون معلم؟ معلم على حوايجو، ماهي الفصايل اللي كيفك خلاتو يحكم »
Kahwaji : « أخرج عليا من محلي يامقص، يرحم والديك أخطاني نحنا الكل ولاد الزين، اللي مايحبناش مايجيناش » Le serveur court vite mettre une cassette de Lotfi Bouchnaq, il n’oublie pas de jeter au passage une poignée d’encens dans le kanoun tout en répétant les paroles de la chanson : « أحنا الجود أحنا الكرم، أحنا الشهامة أحنا الهمم... »
Mercure avance d’un pas sûr vers Chouha : « ترى بطاقة التعريف متاعك »
Chouha : « ماهو لاباس، ما عملت شيء، أنا راني مع المعلم »
Mercure : « ما هردوه كان الجماعة اللي كيفك المعلم »
Le Kahwaji tente de dédramatiser : « إنستو تشرب حاجة خويا العزيز »
Mercure lance un antipathique regard vers le serveur et rend la pièce d’identité à Chouha terrorisé par la hardiesse du supposé flic. Mercure se dirige vers la porte de sortie sans mot dire.

Mkarriz a les yeux fermés derrière sa chéchia qui lui couvre la totalité du visage, il rêve de sa bien-aimée Yasmeen... ils marchent au bord de la plage sans rien dire, courent comme des enfants en avançant vers la petite barque. Mkarriz met en marche le moteur, Yasmeen prend sa place en face. En ligne droite et en pleine vitesse ils quittent la plage, la terre ferme et tout ce maudit monde, leurs regards sont figés, le bateau s’éloigne trop vite pour disparaître entre les vagues... En même temps Mkarriz est entrain de psalmodier des chiffres : « 21 25 55 51 89 71 52 63... ». L’image dans sa tête n’est pas la même que celle devant ses yeux.

Soudain, Mercure ouvre la porte et regagne sa place... il a fait bien attention aux chiffres sur les lèvres de Mkarriz... il vérifie ces chiffres, ils sont les mêmes... c’est ainsi qu’il ferme la porte, le visage totalement transformé, une sourire a pris surface... Mkarriz se réveille de se son rêve et démarre le taxi pour quitter la croisement en pleine vitesse, il n’a même pas fait attention à qui est assis derrière. Le Taxi ingurgite l’avenue Mohamed V.

A suivre...

Kacem
8-08-2004

Dans le même numéro
13 août 2004 - Hommage aux femmes - Mercure
L’épopée de Mkarriz et de Mercure : Taxi Mkarriz (2/2) - Kacem
Science-fiction - Lecteur Assidu
Slogans de campagne - Omar Khayyâm, Léon
Alerte au virus du SIDB : Le fil des dépêches de la TNA. - TNA
Une société solidaire et démocratique - Lecteur Assidu
Welcome to the jungle - ettounsi de TUNeZINE
Internautes de Zarzis, par reveiltunisien.org -
Réflexions autour des élections présidentielles tunisiennes du 24 octobre 2004 - ettounsi de TUNeZINE
Kacem
- Une lettre d’amour à Radhia Nasraoui ; Pardon Hamma.
- Extrait du nouveau film : la dictature est logique
- L’épopée de Mkarriz et de Mercure : Taxi Mkarriz (2/2)
- Horoscope 2004
- The Front Page
- Hijratou El Hakim (le pélerinage du sage) 2/4
- Hijratou El Hakim (le pélerinage du sage) 3/4
- Hijratou El Hakim (le pélerinage du sage) 4/4
- L’épopée de Mkarriz et de Mercure : Taxi Mkarriz (1/2)
- Un peu d’amour... Zinab La Rose
- La Petite République de Kacem
- يازمرة من الجهـــلة
- Hijratou El Hakim (le pélerinage du sage) 1/4
- La République de l’indépendance
- Une gauche aveugle et une droite sourde


TUNeZINE.com est enregistré chez gandi et hébergé par GlobeNet
CopyLeft TUNeZINE 2001-2004