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Le 2 avril 2004, lors d’une conférence de presse tenue au siège du ministère à Tunis, Hedi Mhenni, ministre de l’Intérieur et du Développement local déclare à propos des élections présidentielles du 24 octobre 2004 :
« La révision des listes électorales s’est terminée le 16 septembre 2003. On a enregistré 1.350.000 nouveaux inscrits. Le nombre total des inscrits s’élève ainsi à 4.700.000. »
Personnellement, j’ai tout de suite pensé à un canular et à « une diffusion de fausses nouvelles de nature à maintenir l’ordre public » d’autant que le ministre de la police a préparé son speech le 1er avril !
Les faits :
Le 28 mai 2004, la commission électorale de Ben Arous fait preuve de galanterie et envoie à ma mère et à la plus jeune de mes surs leurs cartes d’électrices avant le reste de la smala.
Le 23 juin 2004, mieux vaut tard que jamais, feu Saïd Yahyaoui et deux de ses enfants, de sexe masculin et maintenus encore en vie, reçoivent leurs cartes d’électeurs.
Trois autres membres de la famille de feu Saïd Yahyaoui attendent encore la réception de leurs cartes, mais ils sont tous conscients qu’ils n’ont quasiment plus aucune chance d’avoir gain de cause.
Chokri Yahyaoui, un des malheureux privés de leur carte d’électeur, a déclaré sous couvert de l’anonymat, qu’il a négligé de s’inscrire lors de la campagne précédant le référendum du 26 mai 2002.

Les résultats de l’étude :
Un ex-prisonnier de droits communs des mortels, a été très touché par la générosité de la commission électorale qui lui restitue illico presto ses droits civiques et politiques (selon des sources officielles concordantes, il s’agit de Zouhair Yahyaoui).
La commission électorale donne l’impression de croire que certaines femmes tunisiennes, surtout les vieilles et les plus jeunes, "manquent de raison et de piété" du fait qu’elle juge que ces dernières vont voter massivement pour Zine El Abidine Ben Ali.
La présence d’au moins un défunt et l’absence d’au moins trois autres citoyens jouissant (théoriquement) de leurs droits civiques et politiques rend le chiffre, soutenu par le ministre de l’intérieur, de 4.700.000 inscrits sur les listes électorales sur une population avoisinant les 10.000.000 peu crédible.
Le chiffre de 1.350.000 nouveaux inscrits sur les listes électorales est lui aussi entaché de plusieurs zones d’ombre puisque d’après l’étude que j’ai accompli chez la famille Yahyaoui, peu représentative des familles tunisiennes à vrai dire, il n’y a pas eu de nouvelles inscriptions depuis 2002.
Les Yahyaoui proposent un échange à l’amiable de la carte d’électeur de feu Saïd Yahyaoui, détenue au secret, en bon état et valable jusqu’au 30 avril 2009, contre la libération immédiate et inconditionnelle de ses trois cartes manquantes, séquestrées injustement par la dictature. |