|
L’opposition tunisienne passe ces derniers temps par la période la plus sombre qu’elle ait pu connaître depuis des décennies. La cause en est l’éparpillement qu’elle connaît et qui a fait qu’au lieu de gagner de nouvelles positions, elle ne fait que faire marche arrière. Les causes en sont innombrables mais ça ne fait rien d’en rappeler certaines :
Le régime étouffe et tue dans le berceau toute proposition d’ouverture et refuse vigoureusement toute idée de participation ou de dialogue.
L’opposant tunisien est drôlement constitué en ce sens qu’il refuse catégoriquement qu’un autre parle en son nom, qu’il donne son avis sur tout, qu’il refuse de suivre autant qu’il refuse le leadership, ce qui explique que le nombre des organisations et partis approche étrangement celui de leurs adhérents !
Les superpuissances essayent de maîtriser tout changement qui pourrait menacer leurs intérêts, que ce soit par l’amadouement ou, le plus souvent, par la menace et l’histoire du grand Moyen-Orient en est le meilleur exemple.
Tenter de rechercher des solutions dans de telles conditions peut sembler illusoire et il est probable que les choses ne feront qu’empirer mais ça demeure dans tous les cas mieux que d’attendre et de rester indifférent en attendant, comme dit l’adage, que : « plus ça se corse, plus près est la délivrance ! »
J’entends par "Soigne-moi par l’origine du mal" la personnification de la cause, c’est à dire trouver un opposant ou un adversaire pour contrer l’origine du mal représenté par le président du régime tunisien derrière lequel se cachent les profiteurs de la situation tragicomique que nous vivons depuis l’indépendance. La bipolarité a toujours expliqué l’histoire et fait évoluer les religions et les sciences ainsi que tous les domaines de la vie et il est improbable qu’elle échoue à sortir de l’impasse un petit pays comme la Tunisie.
Sans aucune introduction ni explications, je pense que Moncef Marzouki est l’homme de la situation qui a accepté de jouer ce rôle et a accepté d’en assumer les conséquences :
La situation ne supporte plus la politique sinusoïde et du goutte-à-goutte. Il devient nécessaire d’adopter une politique de rupture totale et de confrontation déclarée avec tout ce que ça peut comporter comme dangers pour tout le monde.
Les réserves qu’on a sur Marzouki sont très peu nombreuses et pour la plupart sans importance comme son arrogance ou son narcissisme mais ce sont plutôt des points positifs qui jouent en sa faveur parce que la personne faussement ou véritablement modeste a certainement beaucoup de raison de l’être. Quand à l’histoire de l’inexistence de programme clair, il est utile de rappeler qu’un programme n’est que des promesses électorales qu’il est impossible d’appliquer dans la plupart des cas.
La présence de deux pôles sans plus contribue à découvrir les réalités cachées et à mettre bas les masques et malgré les nombreuses réserves qu’on peut avoir sur le radicalisme, ça permet de discerner nettement qui est avec qui et qui est contre qui.
Les membres de l’élite indépendante n’ont pas besoin de représentants ni de personnifier leurs causes mais le simple citoyen opprimé oublié par tous a besoin de quelqu’un qui parle en son nom et qui l’encourage à accepter des sacrifices dans l’espoir d’un changement.
Nous avons trop perdu et nous n’avons rien à perdre à sacrifier ce qu’il nous reste.
Zouhair Yahyaoui |