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J’ai besoin d’écrire faute de parler. Faute de parler de ce sentiment qui me prend aux tripes. De ce sentiment qui m’envahit petit à petit, qui me noue l’estomac puis la gorge, qui me glace les jambes et me monte à la tête pour m’étourdir. Ce sentiment de non-puissance, de désuvrement, de petitesse, de honte et de rancur ; mais ce sentiment de force, de rage, d’envie et de rancune.
Mon problème ? La source de mes maux ? La cause de ce sentiment absurde ? Rien. A priori. Je n’ai rien à envier à personne. J’appartiens à cette caste des privilégiés parmi les privilégiés. Mon problème ? Il est en Tunisie. La source de mes maux ? Elle se trouve en Tunisie. La cause de ce sentiment absurde ? Mon Amour pour mon pays ; et cette passivité et ce manque de cran qui m’étouffent...
Après la lecture des articles de Taoufik Ben Brik, Siheme Ben Sedrine et autres (la liste est longue), la parole est lourde et le sentiment amer. J’ai la haine. J’ai la haine contre moi, contre mes proches, contre cette génération, ce système et ces gens qui nous ont enlisés dans l’ignorance, la naïveté et l’intolérance. En Tunisie, on est tous malades, on est sous perfusion de barbituriques du berceau au tombeau. Nous ne sommes plus qu’une horde de zombies qui vivotent à qui mieux-mieux avec ce qu’ils arrivent à avoir et ce qu’ils veulent voir. Oh pardon ! Je disais on est TOUS malades car de par mon rang social, je ne conçois une autre Tunisie que celle des privilégiés.
De part mon rang, de par ma supériorité et de part ma stupidité et ma bêtise j’oubliais les autres, les non-privilégiés, ceux qui effectivement composent la plus grande partie de la population, ceux à qui on doit, ceux à qui je dois ma liberté...
Cai Qing Ruan Vendredi 27 août 2004 |