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Le Canada est un des rares pays occidentaux à encourager l’immigration. En 2003, le pays prévoyait recevoir 220 000 à 245 000 nouveaux résidants permanents dont environ 40 000 s’installeront au Québec. Aujourd’hui et demain, LE SOLEIL cède la parole à l’un d’eux, un immigrant arrivé au Québec en 2001 qui nous fait partager ses réflexions sur le parcours suivi.
En août 2001, j’ai été admis au Canada à titre d’étudiant. Comme toutes les personnes (à l’exception des touristes) qui comptent séjourner au pays, je me devais de me plier à un examen médical complet comprenant une analyse d’urine, une radiographie thoracique et une analyse sanguine. S’il est tout à fait légitime qu’un pays accueillant chaque année des milliers de nouveaux arrivants tente de protéger ses citoyens des risques de maladies, il n’en demeure pas moins que ces tests constituent une épreuve extrêmement difficile à vivre. Le postulant au visa (étudiant ou immigrant) ne peut s’empêcher de ressentir un mélange de honte et de tristesse. Il n’y a effectivement rien d’agréable à se sentir soupesé, palpé et examiné à la loupe. La santé - un domaine privé et intime par essence - devient un critère de sélection arbitraire qui peut entraîner le refus du visa.
Avant d’arriver au Canada
Une des curiosités du système s’appelle "la preuve des ressources financières". Ainsi, il est exigé du candidat au visa étudiant de prouver qu’il possède un compte bancaire crédité d’au moins 9600 $ (par période de 12 mois) en plus de l’argent nécessaire aux frais de scolarité. Sachant qu’au Québec, un étudiant étranger peut débourser jusqu’à 3700 $ par session, notre postulant, qui est généralement un jeune dans la vingtaine, doit avoir un compte bancaire garni de 17 000 $ CAN ! Comment s’en sortir ? Il "suffit" d’avoir un vieil oncle riche, de lui demander de transférer à votre compte l’équivalent de 17 000 $ et d’attendre le prochain relevé bancaire pour montrer, avec fierté, à l’ambassade canadienne que vous remplissez les critères de sélection. Bien sûr, personne n’est dupe et le stratagème du "vieil oncle riche" est connu de tous ceux qui travaillent à l’ambassade. Mais, tant que les apparences sont sauves...
Obtenir le statut d’immigrant
 | Taïeb Moalla : Il vaut mieux être jeune, avancé dans ses études et bien parler français pour mettre toutes les chances de son côté. |
Pour les étudiants qui désirent devenir résidant permanents, beaucoup d’argent et de temps sont nécessaires. Il faut se plier aux exigences de deux paliers gouvernementaux qui ne se parlent jamais ! Tout d’abord, le gouvernement du Québec sélectionne les prétendants à l’immigration. Le niveau d’études, l’âge et la qualité du français parlé sont les principaux critères de sélection. Vous aurez deviné qu’il vaut mieux être jeune, avancé dans ses études et bien parler français pour mettre toutes les chances de son côté. Pour l’anecdote, sachez que le diplôme universitaire de ma conjointe m’a permis de glaner quelques points de bonis (futurs immigrant(e)s : "cruisez" uniquement les diplômé(e)s universitaires. C’est payant !) et les fonctionnaires québécois ont même testé ma connaissance de la langue... anglaise. Obtenir le Certificat de sélection du Québec (CSQ) est relativement facile et peu coûteux (300 $). Si on est déjà au Canada, on peut l’avoir après une attente de deux à trois mois. Si on fait la demande à partir de l’étranger, les délais s’allongent considérablement. Mais c’est sur le plan des autorités fédérales que les choses se gâtent. Côté argent, il faut prévoir des frais de 550 $ pour le traitement, de 975 $ relatifs au droit de résidence permanente si la demande est approuvée, de 160 $ pour les différentes analyses médicales (celles réalisées avant de venir au Canada ne sont valables que pendant une année), d’une trentaine de dollars pour le dossier criminel (obligatoire pour ceux qui ont passé plus d’un an au Canada avant de déposer leur demande d’immigration), plein d’enveloppes et de timbres postaux et, surtout, beaucoup de... patience. Dans le meilleur des cas, il est extrêmement rare d’achever ce marathon en moins de 12 mois. On pourra toujours se consoler en se rappelant que les demandeurs, qui ne vivent pas au Canada, peuvent attendre de cinq à sept ans avant de recevoir une réponse positive ! Ainsi, de jeunes étudiants étrangers - en passe d’être diplômés d’une université canadienne - doivent débourser plus de 2000 $ pour obtenir le droit de demeurer au Canada. Rappelons que ce pays est demandeur d’immigrants. Cherchez l’erreur !
Journal d’un nouvel immigrant : Premier de deux Demain : Les aberrations du système. Moalla, Taïeb : L’auteur est un ex-correspondant en Tunisie du journal "Le Soir" (Belgique). Il habite Québec. © Le Soleil (Québec) - Opinions, mardi 21 septembre 2004, page A17. |