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La condition de la femme arabe

L’oppression ancestrale des femmes arabes correspond au processus historique et socio-politique à travers lequel la société arabe s’est constituée, a évolué et s’est consolidée. Après la période pré-islamique oû dominent la polygamie, l’esclavage féminin et le règne absolu de l’homme sur tout ce qui concerne la guerre, le commerce et l’autorité au foyer, l’avènement de l’Islam a maintenu et renforcé la prépondérance de la société patriarcale en la légitimant par l’ordre coranique : "Les hommes ont autorité sur les femmes. Par les dons qu’il leur a octroyés, Dieu a élevé les hommes au-dessus des femmes" (Coran, versets 92 et 34).

Toute l’histoire du monde arabe a consolidé cette conception despotique, en mettant l’action sur la faiblesse de la femme, face à la force et à la virilité de l’homme : "La raison principale de la création de la femme , c’est d’être épouse et mère avant tout. Son rôle se limite à soulager les difficultés de son mari et à lui rendre la vie plus agréable par son affection et son charme pour que lui, de son côté, lui apporte aide et sécurité matérielle" (Zyad Ahmed, La Révélation de la lettre, Editions Imprimerie Rissala, Le Caire, 1940).

La religion musulmane, en fixant dans ses textes la place et les devoirs de la femme à l’égard de son mari, son éloignement des activités sociales fondamentales et son cloisonnement, a largement contribué à la consolidation de sa domination et à l’efficacité de son assujettissement. Tous les pays arabes continuent de s’inspirer, plus ou moins totalement de la morale du Coran et du droit musulman pour la promulgation des lois concernant les femmes. C’est ainsi que tous les codes du statut personnel, excepté en Tunisie, légitiment la pratique de la polygamie ; que la femme n’hérite que la moitié de la part qui revient à l’homme ; que la répudiation est de rigueur dans certains pays arabes ; que la femme n’a pas les mêmes droits que l’homme lors du dicvorce ; qu’elle supporte souvent seule les charges domestiques et qu’elle subit une ségrégation et une inégalité de fait devant l’emploi. Les rares innovations introduites grâce aux diverses réformes n’ont apporté que des solutions superficielles et n’ont surtout pas touché l’ensemble du monde arabe. Le pouvoir, dans tous ses rouages, échappe beaucoup aux femmes : nulle ou infime présence de la femme arabe dans les appareils idéologiques et aux postes de décision dans les domaines de la culture, de l’économie, de la politique et de l’armée. Cette situation d’intégrale dépendance à la volonté masculine nous semble s’expliquer par deux facteurs :
-  L’enracinement de la domination patriarcale, à travers les siècles, chez les hommes arabes, a engendré une situation de fait accompli, un phénomène de pensée profondément ancré chez les mâles, qui rejettent violemment toute autre conception du rôle et de la place de la femme, donc toute forme d’églité entre les sexes et toute cessation des privilèges masculins.
-  L’essence des pouvoirs politiques, dans tous les pays arabes et malgré les diverses tendances idéologiques qui les sou-tendent, ne permet point un bouleversement fondamental de la condition de la femme arabe.

La femme arabe demeure, de plusieurs manières, opprimée et aliénée, en tant que femme qui ne vit pas sa condition de femme, ni sexuellement, ni psychologiquement ; en tant que musulmane, astreinte au conformisme, aux valeurs religieuses et tout ce qu’elles véhiculent d’impositions rétrogrades, et en tant que mère, ménagère, procréatrice et instrument sexuel à la disposition de son mari.

Des mutilations sexuelles sont encore pratiquées sur les femmes dans des régions de certains pays arabes comme l’Egypte, la Mauritanie, le Soudan et le Yemen. Elles consistent en la circoncision du capuchon ou de la crête du clitoris, de l’excision, c’est à dire de l’ablation d’une partie ou de l’ensemble du clitoris et des petites lèvres, et de l’infibulation, exision et ablation d’une partie des grandes lèvres suivies de la suture partielle de la vulve. Ces pratiques inhumaines ont toujours été suivies de douleurs atroces, souvent d’hémorragie mortelle, et surtout de la mutilation des possibilités sexuelles. Et c’est celà ce que cherche l’homme arabe : la domestication de la sexualité de la femme, et cette domestication sert de régulateur pour tous les autres aspects de la vie sociale et politique. Nous voulons dire par là, que la répression et l’inhibition de la sexualité de la femme s’avèrent le meilleur moyen de bloquer toutes les tentatives de sa révolte et de son insubordination, donc de sa prise de conscience et de sa démystification des normes dominantes. Et c’est pour cette fin que le Coran a imposé la virginité pour la femme et a ordonné la négation de son corps sexué.

En dehors de l’attitude oppressive qui caractérise les tenants du pouvoir à l’échelle de l’ensemble du monde arabe, il faut bien relever ici qu’un grand nombre d’intellectuels arabes, favorables à l’émancipation des femmes, ne mettent nullement leurs généreuses idées en pratique. Ils refusent souvent de prendre part aux activités domestiques et continuent à s’adonner aux exaspérants rituels de la galanterie masculine en allumant la cigarette de la femme, en l’aidant à enlever ou à mettre son manteau, en l’installant telle une poupée en voiture...bref, à célébrer son infériorité.

Houcine Ghali
25-02-2005

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