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Ni la télévision, ni la radio tunisiennes, ni les nombreux journaux officiels, ni les publications qui prétendent être indépendants n’ont soufflé mot sur la vague de protestation qui a embrasé le pays depuis près de quinze jours contre l’invitation de Sharon, Premier ministre israélien bourreau de Sabra et Chatila et responsable de l’assassinat de milliers de Palestiniens et de la destruction de leurs maisons. Rien non plus sur les arrestations d’avocats et d’étudiants, sur la prise d’assaut du palais de justice de Tunis, sur la violente répression des manifestations estudiantines, sur la torture infligée à quelques universitaires de Sfax, sur les agressions policières à l’encontre de figures connues de l’opposition tunisienne pour le simple "crime" qu’elles ont participé à une manifestation paisible au centre de Tunis. Celui qui lit les quotidiens tunisiens officiels, regarde la télé, déduit que le pays baigne dans une quiétude totale et que tout le peuple est derrière son gouvernement sans la moindre contestation. On y présente que les informations positives et les activités glorifiant le pouvoir en place ! Occulter la réalité, nier l’évidence, gommer des faits qui se sont produits dans le pays, et tout cela avec un aplomb imperturbable, c’est ne pas affronter la vérité, c’est reconnaître implicitement la faiblesse du pouvoir, c’est démontrer son incapacité de pouvoir gérer les affaires du pays autrement que par la répression et le silence. Un pouvoir qui ne supporte pas une manifestation de la part de son opposition et d’une frange importante de son peuple et qui utilise tous les moyens ignobles répressifs pour la mâter est un pouvoir qui avoue implicitement son illégitimité et son refus total à toute pratique démocratique concrète. L’opposition a déposé une demande pour pouvoir manifester dans le calme et le respect des lois, mais le ministère de l’Intérieur l’a refusée. Il l’a refusée non parce que une telle manifestation constituerait un danger pour l’ordre public, mais parce qu’il a peur de voir une grande partie de la population profiter de l’occasion et exprimer publiquement son raz-le-bol de la difficile situation qu’elle endure depuis longtemps. D’ailleurs, depuis le changement du pouvoir en 1987, jamais une manifestation n’a été accordée à l’opposition et les rares démonstrations populaires pro-palestiniennes ont été l’oeuvre du pouvoir et de son parti dominant la scène politique, le RCD. Dans un pays démocratique, l’affaire des internautes de Zarzis, l’invitation de Sharon en Tunisie, auraient pu être discutées au sein du Parlement, débattues par les mas médias et même être l’objet de référendum ! C’est cela la pratique démocratique à laquelle le peuple aurait donné son accord et acclamé celui qui l’aurait initiée, comme il l’a promis au moment de prendre le pouvoir en novembre 1987. Nous sommes à une époque où le bluff et la déréalisation de la vérité ne fonctionnent plus car les gens disposent maintenant de différents moyens pour s’informer objectivement, refuser le bourrage de crâne et dire non à la médiocrité et à l’oppression. Dans un pays civilisé et véritablement démocratique, la police arrête les manifestants dans le respect, sans les tabasser, les violenter et les amocher d’autant plus qu’ils n’ont point manifesté de brutalité. Elle les arrête et puis la justice fera son travail sans l’intrusion et la pression du pouvoir politique. Les agressions du vendre dernier à l’encontre des manifestants de Tunis résument à elles seules le vrai visage du régime destourien. Mais jusqu’à quand cela va-t-il durer ? |