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Étalé en grosses lettres sur les bus et les trams de Tunis, répété à longueur de journée à la télévision, présenté en de pages entières sur les journaux du pays, jamais un slogan publicitaire n’a exprimé aussi bien et aussi objectivement la situation tunisienne. La réalité sociopolitique s’y trouve parfaitement résumée d’une manière inconsciente et non voulue par l’ensemble des mas médias et les supports publicitaires et l’expression « MOUCH NORMAL » adoptée par la majorité de la population pour manifester son étonnement et sa stupéfaction. En effet, « MOUCH NORMAL » que le peuple tunisien, avec ses 350.000 étudiants de l’enseignement supérieur, sa pléiade de cadres universitaires, son taux d’analphabétisme le plus bas des pays en voie de développement, sa conscience politique aiguë, son aspiration à la liberté et à la démocratie légendaires, vive des promesses d’émancipation sans fin, supporte l’injustice et l’oppression, subisse la répression et ne participe nullement au choix de la stratégie qui guide son existence et définisse son avenir. Oui, « MOUCH NORMAL » que la Constitution tunisienne soit modifiée "trois cents milles fois" pour les seuls besoins du clan qui tient le pouvoir ; que le gouvernement revienne sur ses propres décisions en remettant à jour la présidence à vie qu’il a lui-même abolie après la déposition de Bourguiba en novembre 1987 ; que le président de la République joue en même temps le rôle du Premier ministre, chef du gouvernement e leader du parti dominant l’État, le RCD. Non, vraiment, « MOUCH NORMAL » que dans un pays dont le pouvoir prétend inaugurer "l’ère nouvelle", privilégier l’instauration des droits humains, le président de tous les Tunisiens et en même temps président des seuls RCDistes, pratique qui n’est nullement de vigueur dans les pays vraiment démocratiques, car on ne peut pas en même temps présider au sort de tous ces citoyens et militer pour les membres de son parti. Effectivement « MOUCH NORMAL » qu’un ouvrier du bâtiment travaille toute une journée pour un salaire de 8 dinars tandis que le kilo de viande d’agneau coûte aujourd’hui 12 dinars ; que ni le SMIG ni le SMAG se soient respects, notamment dans les villages et à la campagne ; que la femme qui cueille les olives ne touche que 4 dinars par jour ; que la facture de l’électricité comporte 3,500 dinars de frais de consommation mais le total à payer s’élève à plus de 6 dinars car l’administration y a ajouté la TVA, le timbre fiscal, la maintenance,etc.. ; Que beaucoup de Tunisiens arrivent à joindre difficilement les deux bouts tandis que une minorité d’autres s’est trouvée milliardaire après quelques années. Décidément « MOUCH NORMAL » que dans un pays qui a signé les textes onusiens concernant les droits de l’homme, la liberté de circulation et d’expression, le pouvoir bâillonne son opposition, sa police bastonne ses manifestants, ses juges malmènent ses avocats ; que des partis et des organisations indépendants qui ont demandé d’être reconnus n’ont jamais été tolérés ; que l’opposition officielle trouve toutes les peines du monde à mener des actions politiques dignes de ce nom. Non, « MOUCH NORMAL » que les moyens d’information ne font que privilégier l’action du pouvoir et les activités du RCD à longueur d’année, sans jamais parler du mécontentement populaire, de la répression qui s’abat sur les opposants et sans permettre au discours critique d’atteindre la population, grâce au total verrouillage de la radio et de la télévision nationales. Reste-il quelque chose de normal en Tunisie ? Il suffit de parcourir les rues et d’étendre son oreille pour constater que la plupart des Tunisiens utiliser l’expression « MOUCH NORMAL » pour, effectivement parler de quelque chose qui est parfaitement normal. Une belle fille passe, et un garçon qui lance à ses copains : "Regardez les mecs, « MOUCH NORMAL » combien cette fille est belle !!" Après avoir dîner dans un restaurant, Mouh racontait sa soirée à des amis : « Hier, j’ai passé une soirée MOUCH NORMAL ! » Le repas, le vin, l’ambiance, tout « MOUCH NORMAL !! ». Ce qui est normal devient donc exceptionnel, extraordinaire, étonnant. Ce qui fait que le Tunisien a perdu le sens de la normalité pour plonger dans le bizarre et l’anormal. Il semble donc avoir été atteint d’une triste modification pathologique. Chercher les responsables. |