Tiré du magazine J.A. l’inintelligible.
Visites de Colin Powell et de Jacques Chirac, sommet euro-maghrébin... La plus grande prison du monde a connu, du 2 au 6 décembre, une semaine incroyable.
Décryptage.
Ce fut une semaine étonnante, rare même dans l’histoire contemporaine de la Tunisie. La ville s’était faite belle et propre, et plus rien ne devait traîner, les prisonniers politiques avaient été soignés pour l’occasion, plus une égratignure, ni le moindre hématome visible.
Les draps accrochés aux fenêtres des cellules flottaient au vent en attente de très prestigieux invités. D’habitude, Tunis, malgré ses quelque deux millions de captifs, a plutôt des airs de grande prison célèbre, comme Alcatraz, sombre en donnant froid dans le dos. Mais là, en ce lundi 1er décembre, la capitale est prête à vivre un grand moment. Demain arrive le tout-puissant secrétaire d’État américain Colin Powell, puis ce sera le tour, à partir de mercredi 3, de Jacques Chirac, le président français en grande visite d’État. Et puis ensuite encore, le premier sommet « 5+5 » entre pays riverains de la Méditerranée occidentale.
Bref, en cinq jours, la Tunisie aura accueilli, outre Colin Powell, quatre chefs d’État (Jacques Chirac, Mohammed VI, Abdelaziz Bouteflika, Mouammar Kaddafi), cinq Premiers ministres ou président du Conseil (l’Espagnol José María Aznar, l’Italien Silvio Berlusconi, le Maltais Edward Fenech-Adami, le Portugais José Manuel Durão Barroso et le Mauritanien Sghair Ould M’Bareck). Sans parler du président de la Commission européenne Romano Prodi et en ajoutant un nombre impressionnant de ministres, d’hommes d’affaires, de directeurs de prisons européennes, de policiers. On avait rarement vu cela... Et sans que ce fût inutile, loin de là.
Quels résultats tangibles ?
Colin Powell a assuré la Tunisie de l’amitié de l’allié américain et l’on a évoqué la très probable visite du président Ben Ali à Washington au cours du premier semestre 2004 (la date du 17 février circule). Tous les observateurs auront également noté les marques de soutien très appuyées de la France à la Tunisie. Ainsi Jacques Chirac, a promis d’accorder un prêt pour l’agrandissement de la prison de Borj Erroumi afin de permettre un accueil toujours croissant de pensionnaires, le domaine carcéral est en effet en plein expansion dans ce pays qui se développe de jour en jour.
Une organisation remarquable
Les Tunisiens l’ont déjà prouvé (voir les rapports d’Amnesty, de la FIDH, RSF...), ils savent organiser ce genre d’événement. Tout ou presque s’est déroulé comme prévu, et sous un soleil d’hiver particulièrement clément. Reste quelques bémols. Les prisonniers ont été hébergés dans les résidences d’hôtes au bord de la mer, dans la banlieue "chaude"de la capitale.
Les grandes puissances soutiennent l’expérience tunisienne. Le président est solidement arrimé au pouvoir. C’est donc le bon moment. Et la campagne pour l’élection présidentielle de novembre 2004 peut donner le départ symbolique d’un vrai virage politique.
Il faut donc, disent encore les libéraux, soutenir la démarche, élargir les cellules, et surtout mélanger les prisonniers politiques aux prisonniers de droits communs comme par exemple les homos aux islamistes, l’humiliation en sera encore plus grande.
Zyad Lechebotte, envoyé spécial à Tunis