On est en droit de se poser cette question au vu du silence abyssal dans lequel a été noyé l’assassinat d’Ali Saïdi, y compris par la société civile tunisienne. L’ancien opposant s’était rapproché du pouvoir tunisien vers la fin des années 90 , avant de se voir offrir un poste élevé au ministère des affaires étrangères. Rétrospectivement, ce processus apparaît comme une entreprise visant à attirer la victime au pays... On pourra trouver une vue globale de l’affaire sur cette page
En substance, d’après la thèse officielle, il s’agit d’un assassinat crapuleux perpétré par deux surs, avec la complicité du fils d’un notaire. Toutes ces personnes ont été arrêtées le 30 décembre 2002, le jour même de la "découverte" du corps, et elles sont passées aux "aveux". Les recherches policières ont, pour l’essentiel, été conclues le soir même, le rapport d’autopsie établi, la victime enterrée et la justice a pris son cours... Sauf que ce cours semble n’avoir pas de fin. En effet, toutes les conditions d’un procès étant réunies depuis début janvier 2002 , on constate que le gouvernement ne fait rien pour juger les prétendus coupables. Et d’abord, nul ne sait au juste si elles sont vivantes ni où elles sont détenues. Des informations difficiles à vérifier faisaient état de la présence des deux femmes au terrible asile psychiatrique de Mannouba.
Entre-temps, deux frères Saïdi sont morts coup sur coup entre juillet et septembre 2002 , dont au moins un de façon hautement suspecte. Au point que le dossier d’instruction qui le concerne a été rejeté par une chambre d’accusation, à la suite du travail méthodique de l’avocat A. Maâtar, qui a levé le voile sur l’univers cauchemardesque de la police judiciaire. Il a ainsi démontré que l’autopsie du défunt Habib Saïdi, mort en septembre 2002, avait porté sur un cadavre sans cerveau et que, plus tard, on avait apporté un cerveau au médecin légiste, mais dont nul ne pouvait affirmer que ce fût bien celui du défunt en question. L’affaire est encore en cours...
L’aîné des Saïdi, Amor, est mort en juillet 2002 après avoir été en butte aux tracasseries du pouvoir avec, notamment, un redressement fiscal de plusieurs milliards.
Nous voici donc avec un crime, un cadavre, un mobile, des accusés ayant "avoué", un dossier de police et une instruction judiciaire bien ficelés, soit tout ce qu’il faut pour un procès exemplaire. Pourquoi ce procès n’est-il même pas prévu deux années entières après les faits ?
Si cette situation perdure, si on laisse dépérir les accusées aux mains de leurs geôliers, si l’on ne réagit pas avec vigueur, comme l’avait fait l’OMCT au début de l’affaire, l’élimination d’Ali Saïdi risque d’être un crime parfait et définitivement impuni.
Nous voudrions appeler les militants tunisiens à exiger la vérité en soulevant publiquement le cas Ali Saïdi comme ils l’ont toujours fait avec toutes les victimes. Cela est valable pour les militants en exil qui peuvent avoir eu des divergences, voire des conflits avec Ali Saïdi. Il y a de réelles présomptions qu’il ait été éliminé par la police politique du général Ben Ali. Rien n’indique que le phénomène s’arrêtera à sa personne. IL NE FAUT DONC PAS LAISSER FAIRE. Il y va de la crédibilité et de la sécurité de tous les militants tunisiens.
A tous ceux qui peuvent recevoir ce message, tunisiens ou non, nous rappelons instamment que le sort de deux femmes, dont une mère de famille, est en jeu : si, comme nous le craignons, l’hypothèse de l’élimination physique se confirme, cela voudra dire qu’il s’agit de deux boucs-émissaires. Il risque alors d’y avoir trois victimes au lieu d’une. Mais il n’est peut-être pas encore trop tard pour Latifa et Hédia Saïdi. Peut-être...
Khaled BEN M’BAREK, Coordinateur
Centre d’information et de documentation sur la Torture (CIDT-TUNISIE).
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