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Communiqué de presse Point de presse quotidien du bureau du porte-parole du secrétaire général : 9 novembre 2004 (La version française du point de presse quotidien n’est pas un document officiel des Nations Unies) Ci-dessous les principaux points développés par Fred Eckhard, porte-parole du Secrétaire général, Kofi Annan :
Déclaration du Secrétaire général au sujet de la situation en Côte d’Ivoire

Le Secrétaire général condamne les attaques menées au-delà de la Zone de confiance, y compris contre les forces françaises de l’opération Licorne. Il déplore les violences qui perdurent à Abidjan, y compris contre les ressortissants étrangers. Afin de prévenir toute nouvelle détérioration de la situation, il exhorte les parties à maintenir le respect du cessez-le-feu et à assurer un retour au calme et à la normalité le plus rapidement possible, y compris à travers l’arrêt immédiat de toute incitation à la haine dans les médias. Il appelle les parties à assurer la protection, la sécurité et le respect des droits de chacun en Côte d’Ivoire. Le Secrétaire général accueille avec satisfaction le début de patrouilles mixtes à Abidjan entre l’ONUCI, les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et les forces françaises de l’opération Licorne. Le Secrétaire général accueille avec satisfaction la déclaration du président du Conseil de sécurité le 6 novembre 2004, qui confirme que l’ONUCI, dans la limite de ses capacités et de ses zones de déploiement, est autorisée à prévenir toute action hostile, en particulier dans la Zone de confiance. Le Secrétaire général est de plus en plus préoccupé par la dimension humanitaire de la crise. Des rapports inquiétants ont été reçus selon lesquels l’eau et l’électricité auraient été coupées dans de nombreux endroits, en particulier dans le nord du pays. De plus, les agences des Nations Unies et les organisations non gouvernementales ont été forcées de réduire de façon drastique leurs programmes pour des raisons de sécurité. Le Secrétaire général exhorte les autorités ivoiriennes à restaurer et entretenir ces services de base et appelle tous ceux concernés à assurer aux agents humanitaires un accès libre aux populations dans le besoin. Le Secrétaire général accueille avec satisfaction la visite à Abidjan du Président Mbeki, au nom de l’Union africaine, et réitère son soutien aux efforts déployés par l’Union africaine et la CEDEAO pour trouver une solution rapide et durable à la crise actuelle en Côte d’Ivoire. Il réitère son appel aux parties pour une reprise du dialogue et un retour à la mise en uvre des accords de Linas-Marcoussis et d’Accra III.
La situation en Côte d’Ivoire
Les Casques bleus nigériens et togolais ont patrouillé aujourd’hui dans les rues sous haute tension d’Abidjan, aux côtés de leurs homologues français et ivoiriens, lors d’une opération militaire conjointe ayant pour objectif de sécuriser certains quartiers et de rassurer les populations terrifiées. L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) signale une escalade dans les messages de haine adressés par les chaînes télévisées et les stations radiophoniques. Ainsi, le numéro d’immatriculation d’une fourgonnette conduite par des Français a été divulgué à la télévision. De son côté, le Président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, est arrivé en Côte d’Ivoire au nom de l’Union africaine pour tenter de mettre un terme à la crise. Sur le front militaire, aucun effectif des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire ou des Forces nouvelles n’a été signalé dans la « zone de confiance » administrée par les Nations Unies. La partie nord du pays semble être redevenue calme. À Abidjan, les manifestations violentes ne semblent pas perdre de leur intensité et des bandes organisées ont pris le contrôle de certains quartiers. Aujourd’hui, des femmes ont dû payer 100 francs CFA (soit environ deux dollars) pour avoir accès à au moins un marché et la nourriture se fait rare par endroits. Le nombre de personnes, principalement des résidents de nationalité étrangère, cherchant protection dans les locaux des Nations Unies s’élève maintenant à plus de 1 800. La situation humanitaire serait très préoccupante dans certains quartiers de la ville de Bouaké, en raison des coupures d’eau et d’électricité. L’ONUCI s’efforce d’approvisionner les hôpitaux de la région en carburants.
La situation humanitaire en Côte d’Ivoire
Depuis l’explosion de violence survenue en Côte d’Ivoire jeudi dernier, 1327 Ivoiriens au moins - la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées - ont pris la fuite en direction du nord-est du Libéria, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA). L’OCHA a fait part de sa profonde préoccupation au sujet de la situation sécuritaire et de l’impact qu’elle pouvait avoir sur les pays limitrophes, notamment le Libéria, lui-même aux prises avec un conflit vieux de 14 ans. Les bureaux du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) dans la région de la Côte d’Ivoire sont en alerte pour parer aux cas d’urgence. Prévoyant un exode massif des Ivoiriens, le HCR a également procédé à une évaluation des réserves d’urgence et du personnel dont elle dispose dans la région.
Organisation des Nations Unies 09 - 11 - 2004
La France amende son projet : sanctions conditionnelles contre Abidjan

La France rédigeait mardi soir une nouvelle mouture de son projet de résolution prévoyant des sanctions à l’égard de la Côte d’Ivoire qui ne seraient plus immédiates, a annoncé l’ambassadeur de France, Jean-Marc de La Sablière. Ces sanctions seraient désormais conditionnelles et à déclenchement différé, dans un délai cependant très court, a indiqué à la presse l’ambassadeur français. De sources diplomatiques, on a précisé que cette nouvelle version devrait être achevée dans la soirée et que le Conseil pourrait passer au vote dès mercredi. M. de La Sablière a expliqué que devant l’objection de certaines délégations à l’imposition automatique de sanctions, la France, qui souhaite une adoption unanime de son texte, a accepté l’ajout d’un paragraphe stipulant que les sanctions ne s’appliqueront que si le Conseil de sécurité constate, à une date donnée, que les parties au conflit en Côte d’Ivoire n’ont toujours pas mis pleinement en oeuvre les accords de Marcoussis et Accra. La date de ce constat devrait être le 1er décembre prochain, a-t-il précisé. "L’important est que la communauté internationale soit unie" sur cette question, a-t-il dit. Cet amendement, a-t-on expliqué de sources diplomatiques, permettra au Conseil de laisser leur chance aux parties au conflit en Côte d’Ivoire de redonner vie au processus de paix, conformément aux engagements qu’elles avaient prises en signant les accords de Marcoussis (janvier 2003) et Accra (juillet 2004), même si le délai imparti est court (trois semaines environ). C’est le Conseil de sécurité qui déterminera si, à la date fixée, les parties ont fait cet effort. Dans le cas contraire, les sanctions, inchangées par rapport aux versions initiales du texte français, s’appliqueraient automatiquement. Ces sanctions envisagées consistent en l’imposition, pour une période de 12 mois, d’un embargo sur les armes à destination de la Côte d’Ivoire, en particulier sur les avions militaires. Il prévoyait également l’imposition, pour 12 mois, d’une interdiction de voyager et d’un gel des avoirs aux personnes désignées comme responsables de violations des droits de l’homme ou comme constituant une menace pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire, notamment celles qui bloquent l’application complète des accords de Marcoussis et Accra III. M. de La Sablière a également indiqué qu’à la demande du Brésil, un autre paragraphe avait été ajouté au texte, pour exiger la fin des messages de haine diffusés par certains médias ivoiriens. "Ces messages, a-t-il dit, rappellent de très mauvais souvenirs", dans une allusion à la Radio des Mille Collines au moment des massacres de 1994 au Rwanda.
Agence France-Presse 10 - 11 - 2004
La situation reste tendue à Abidjan
La situation restait tendue mardi en Côte d’Ivoire, où 27 personnes ont été tuées et quelque 900 blessées depuis le déchaînement de violences anti-françaises ce week-end. A Abidjan, les forces de sécurité ont ouvert le feu mardi alors que plusieurs milliers de partisans de Laurent Gbagbo étaient massés devant l’Hôtel Ivoire, proche de la résidence du président ivoirien, où l’armée française a installé une base temporaire. Selon des sources hospitalières, sept personnes ont été tuées et plus de 200 blessées. L’armée française a nié toute responsabilité dans ces nouvelles violences, affirmant que des manifestants loyalistes avaient tiré alors qu’un convoi français quittait la base, et que les forces de sécurité ivoiriennes avaient répliqué. Dans la journée, le président sud-africain Thabo Mbeki, en mission de bons offices pour l’Union africaine, a rencontré son homologue ivoirien dans sa résidence d’Abidjan. Un entretien dont il s’est dit "très, très satisfait", expliquant que Laurent Gbagbo s’était engagé à respecter les accords de paix conclus après les mois d’insurrection qui ont suivi la tentative de coup d’Etat manqué de septembre 2002 dans l’ancien havre de paix d’Afrique de l’Ouest. "La situation sur l’ensemble de la Côte d’Ivoire est calme" mais "très tendue" à Abidjan, "en particulier autour de l’Hôtel Ivoire", estimait mardi la ministre française de la Défense Michèle Alliot-Marie, qui a été entendue à huis clos par les commissions de la Défense et des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Si aucune évacuation des quelque 14.000 Français n’est prévue, le Quai d’Orsay a annoncé mardi le départ de plusieurs avions affrétés par le ministère des Affaires étrangères qui achemineront du ravitaillement en raison des difficultés d’approvisionnement. Par ailleurs, "ceux de nos ressortissants qui le souhaitent" pourront ainsi quitter la Côte d’Ivoire. De son côté, le service de santé des armées prévoyait l’acheminement par avion de fret humanitaire. L’Espagne a aussi envoyé un avion pour ses ressortissants souhaitant s’en aller. Entre 1.300 et 1.500 civils et étrangers, dont des enfants, ont dû être mis à l’abri par les militaires français et regroupés depuis le week-end au 43e BIMA (Bataillon d’infanterie de marine), dans le quartier de Port-Boué. Selon un responsable de la Croix-Rouge, Kim Gordon-Bates, les violences à Abidjan ont fait plus de 600 blessés. Au moins cinq manifestants, dont les dépouilles ont été montrées lors du week-end à la télévision nationale, ont été tués, et cinq autres ont succombé à leur blessures lundi dans deux hôpitaux. Le porte-parole de l’armée française, le colonel Henri Aussavy, a dit n’être au courant d’aucun manifestant touché par balle par les forces françaises, alors que les forces de sécurité ivoiriennes sont elles aussi intervenues contre les loyalistes. Dans le nord du pays, tenu par les anciens rebelles, l’eau et l’électricité sont coupées depuis les premiers bombardements de l’armée ivoirienne jeudi. "Nous sommes très inquiets en raison du risque d’épidémie" avec de l’eau contaminée, expliquait Antoine Foucher, un responsable de Médecins sans frontières (MSF). Conséquence des violences, qui interviennent au pic de la principale récolte, les exportations de cacao ont été suspendues, les ports étant fermés. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, avec 1,4 million de tonnes l’an dernier, soit plus de 40% de la production dans le monde. L’armée ivoirienne avait bombardé en fin de semaine dernière des positions des anciens rebelles qui tiennent le nord du pays, de l’autre côté de la "zone de confiance" surveillée par les 4.000 soldats français de l’opération Licorne et les 6.000 casques bleus de l’ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire). Samedi après-midi, deux avions Soukhoï-25 ont attaqué un poste militaire français à Bouaké dans le centre du pays, tuant neuf soldats français et un ressortissant américain. Des responsables ivoiriens ont parlé d’une "erreur". Le président français Jacques Chirac a aussitôt ordonné la destruction des moyens aériens ivoiriens ayant violé le cessez-le-feu lors des derniers jours. Une riposte qui a déclenché un déferlement de violences anti-françaises, jetant dans les rues d’Abidjan notamment des foules de Jeunes patriotes, partisans de Laurent Gbabgo, qui se sont livrés à des pillages et des destructions, visant les familles françaises. La ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a assuré mardi devant les députés UMP qu’il n’y a "aucune ambiguïté" sur l’origine "délibérée" du bombardement d’un camp français samedi à Bouaké (Côte d’Ivoire) par les forces ivoiriennes. De son côté, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin soulignait que "la crise qui secoue aujourd’hui la Côte d’Ivoire n’est en aucune façon un tête-à-tête entre la France et la Côte d’Ivoire". A Jérusalem, le ministère de la Défense a annoncé qu’Israël suspendait ses ventes d’armes à la Côte d’Ivoire à la demande de la France.
Associated Press Abidjan - 10 - 11 - 2004
De nouvelles émeutes font au moins dix morts en Côte d’Ivoire
Une fusillade a éclaté mardi autour du grand Hôtel Ivoire d’Abidjan, tenu par les forces françaises, dans le quartier chic de Cocody, faisant au moins dix morts. De nombreux manifestants favorables au président Laurent Gbagbo étaient massés autour du complexe hôtelier et, selon eux, les soldats français auraient ouvert le feu pour les disperser. Les corps d’un gendarme et de deux femmes ainsi qu’un cadavre décapité gisaient au sol après la fusillade. Scandant des slogans antifrançais, les manifestants se sont ensuite précipités vers la résidence présidentielle, située à proximité, en emportant un cinquième corps présenté comme une preuve de la responsabilité française, tandis que neuf blessés, dont deux au moins dans un état grave, restaient à terre. Un médecin exerçant dans un hôpital de la ville a fait état d’une dizaine de tués et de 300 blessés, ajoutant que ses services étaient débordés depuis l’après-midi. Dans un communiqué publié à Paris, le ministère français de la Défense affirme que les tirs provenaient des manifestants, d’une part, et des forces de sécurité ivoiriennes de l’autre. "Les forces ivoiriennes qui se sont interposées entre Licorne et les manifestants, ainsi que les soldats français "ont été la cible des tirs d’armes à feu provenant des émeutiers", explique-t-il. "Les forces de sécurité ivoiriennes qui s’interposaient ont été malmenées et ont riposté. Un membre des forces de sécurité ivoiriennes a été tué par un tir provenant des agresseurs", ajoute-t-il. Le ministère précise que "face aux provocations répétées de la foule, pour une part armée, et en riposte à ses tirs, les forces ivoiriennes ont ouvert le feu pour couvrir le départ du détachement Licorne". Ces incidents ont éclaté alors que le détachement français avait décidé mardi matin de quitter la zone autour de l’Hôtel Ivoire pour rejoindre une nouvelle position dans le centre ville, selon le ministère.
Mbeky satisfait
L’hôtel, symbole de la réussite économique qui a suivi l’indépendance, a été mis à sac après le départ des troupes françaises. Un véhicule de l’Onu a en outre été incendié. Les manifestants, armés pour certains de barres de fer ou de gourdins, ont ensuite envahi les rues de la métropole. La veille, les troupes françaises avaient tiré en l’air pour disperser les manifestants dans le même secteur, situé à moins d’un kilomètre de la résidence de Laurent Gbagbo. Quelques heures plus tôt, le président sud-africain Thabo Mbeki, qui s’est entretenu avec le président, s’était dit satisfait d’avoir trouvé le chef de l’État ivoirien "attaché" au processus de paix avec les rebelles. Le successeur de Nelson Mandela était arrivé dans la matinée pour tenter de relancer le processus de paix adopté à Marcoussis et à Accra. Dans la matinée de mardi, au lendemain des rencontres entre militaires français et ivoiriens, une accalmie avait paru s’observer à Abidjan et, dans le nord du pays, un retour au calme était également signalé par l’Onu. Les principaux ponts d’Abidjan avaient été rouverts à la circulation par les troupes françaises qui les contrôlaient et la population commençait à s’aventurer au dehors pour voir si l’accalmie constatée se confirmait. En revanche, les autorités ont imposé mardi un couvre-feu à Gagnoa, dans la principale région ivoirienne de production de cacao, après une deuxième journée d’affrontements entre habitants de cette région du Centre et agriculteurs venus du nord du pays.
Situation "précaire", dit Raffarin
Le propriétaire d’une importante exploitation de cacao de la ville a expliqué que des membres de l’ethnie locale Bété avaient attaqué et pillé lundi des magasins appartenant à des personnes originaires du nord de la Côte d’Ivoire. Ceux-ci ont cherché à se venger mardi. Ces combats interviennent dans le cadre d’un cycle de violences plus large à propos des droits fonciers et des plantations de cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial. Le président Gbagbo est membre de l’ethnie Bété et originaire du centre du pays. Les rebelles qui tiennent le Nord appartiennent quant à eux au même groupe ethnique que celui de nombreux exploitants de cacao. A Paris, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a estimé devant l’Assemblée nationale que la situation en Côte d’Ivoire restait "précaire" et a émis la crainte qu’elle se tende de nouveau. "Notre vigilance doit donc être totale." Sébastien Dano, ministre ivoirien de la Réconciliation nationale, a accusé l’armée française d’avoir tué une cinquantaine de personnes à Abidjan et ailleurs lors des affrontements qui ont suivi, ce week-end, un bombardement de l’aviation ivoirienne sur un cantonnement des casques bleus français de la force Licorne. Celui-ci ayant coûté la vie à neuf soldats français, le président Jacques Chirac a ordonné la destruction des deux chasseurs-bombardiers Sukhoï Su-25 et des cinq hélicoptères d’attaque Mil Mi-24 de la Côte d’Ivoire. La réaction française, qui a déclenché une vague d’émeutes au cours desquelles quelque 700 personnes ont été blessées, a reçu l’appui unanime du Conseil de sécurité de l’Onu. "La crise qui secoue aujourd’hui la Côte d’Ivoire n’est en aucune façon un tête-à-tête entre la France et la Côte d’Ivoire", a assuré Jean-Pierre Raffarin. "Notre action s’inscrit dans le cadre de celle de la communauté internationale unie dans les enceintes africaines comme dans les enceintes de l’organisation des Nations unies." "Il ne s’agit pas pour nous de choisir un camp mais de défendre une solution, d’éviter la guerre civile (...) et appeler tous les acteurs au sens des responsabilités. La France continuera à assumer les siennes", a-t-il ajouté.
Peter Murphy et Ange Aboa (avec Gérard Bon à Paris) Reuters - Abidjan - 09 - 11 - 2004
Paris affrète des avions de ravitaillement vers la Côte d’Ivoire
Paris a affrété plusieurs avions pour ravitailler les Français regroupés dans un camp militaire ou ayant des difficultés d’approvisionnement en Côte d’Ivoire. Parallèlement, les personnes nécessitant des soins ou ayant des enfants pourront profiter de la possibilité offerte par ces avions pour regagner la France, a-t-on précisé au Quai d’Orsay. "Ces personnes pourront profiter de cette opportunité pour rentrer en France", a-t-on dit. La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a souligné qu’il n’y avait "pas aujourd’hui de plan d’évacuation globale de particuliers". "En revanche, dans un certain nombre de cas, pour des raisons de grandes tensions, il y a un certain nombre de gens que nous rapatrierons s’ils le souhaitent", a-t-elle déclaré après avoir été entendue par les commissions des Affaires étrangères et de la Défense à l’Assemblée nationale. "Il y a un certain nombre d’avions. D’abord parce que nous avons encore des blessés qui sont sur place, donc nous allons les ramener. Et, d’autre part, ce sera une occasion de ramener aussi des personnes qui sont dans une situation de très forte tension psychologique", a-t-elle expliqué. La ministre de la Défense a ajouté qu’il y avait "quelques demandes de rapatriement mais pas beaucoup". Près de 15.000 Français, dont 8.000 bi-nationaux, vivent en Côte d’Ivoire. Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a estimé devant l’Assemblée nationale que la situation en Côte d’Ivoire restait "précaire" et a émis la crainte qu’elle se tende à nouveau. "Notre vigilance doit donc être totale", a-t-il dit.
Reuters - Paris 09 - 11 - 2004
Abidjan veut faire condamner la France à l’Onu
L’ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’Onu, Philippe Djangone-Bi, a annoncé mardi avoir saisi le Conseil de sécurité pour qu’il fasse une déclaration condamnant l’action de la France le week-end dernier comme constituant "une violation flagrante de la souveraineté" ivoirienne. Dans une conférence de presse au siège de l’Onu à New York, M. Djangone-Bi a affirmé que le bombardement des forces françaises à Bouaké (centre) par l’aviation ivoirienne n’avait pas été intentionnelle et a accusé la France de s’être livrée, sans enquête préalable, à "des actes de représailles unilatérales" caractérisés par "un usage excessif de la force". Il a demandé "qu’une commission d’enquête indépendante soit mise sur pied pour établir les faits". L’ambassadeur ivoirien s’est ensuite livré à un réquisitoire contre la France, qu’il a accusée de s’être rangée aux côtés des rebelles. "Je ne peux pas qualifier les Français de bouclier du président, quand ils tirent sur les palais présidentiels, encerclent avec 100 chars le palais présidentiel, détruisent la flotte aérienne nationale, quand ils nous humilient, nous frustrent, quand ils tirent d’hélicoptères sur des foules désarmées", a-t-il lancé en réponse à la question de savoir si le président français Jacques Chirac voulait le départ du président ivoirien Laurent Gbagbo. "La France a massacré des citoyens innocents, humilié et mutilé", a-t-il dit. Brandissant des photos montrant des cadavres, il a affirmé qu’il s’agissait de victimes "de tirs directs dans la foule, à partir d’hélicoptères". Il s’est toutefois félicité de la mise en place de patrouilles mixtes composées de forces françaises, de l’Onu et du gouvernement ivoirien. Jugeant "suspect" le fait que la France souhaite l’adoption rapide par le Conseil de sécurité d’une résolution prévoyant des sanctions contre son pays, M. Djangone-Bi a souhaité que le Conseil donne du temps à la médiation africaine dont a été chargé le président sud-africain Thabo Mbeki, qui est arrivé à Abidjan mardi. La France pousse à l’adoption par le Conseil de sécurité d’un résolution prévoyant un embargo sur les armes à destination de la Côte d’Ivoire et des sanctions individuelles contre les personnes qui seront considérées comme responsables du blocage du processus de paix et de violations des droits de l’homme. Elle a pris cette initiative après une attaque gouvernementale contre ses forces à Bouaké dans laquelle neuf de ses soldats et un civil américain ont été tués. La France avait riposté à cette attaque en détruisant la quasi-totalité des forces aériennes ivoiriennes.
Agence France-Presse 09 - 11 - 2004
Côte d’Ivoire : Au moins sept tués parmi des manifestants anti-français
Au moins sept manifestants ivoiriens ont été tués mardi après-midi à Abidjan après des tirs de sommation de militaires français qui ont provoqué un mouvement de panique dans le quartier de Cocody, où la mobilisation antifrançaise restait forte près de la résidence présidentielle. "Nous avons pour le moment sept morts et plusieurs blessés dont certains dans un état grave", a indiqué un médecin du Centre hospitalier universitaire de Cocody. La France a annoncé mardi soir que plusieurs avions avaient été affrétés pour rapatrier les Français "en détresse" qui le souhaitent et ravitailler ceux qui en ont besoin. La ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a affirmé que "les conditions du survol et du bombardement" de la position militaire française de Bouaké ne laissaient "pas de place au doute" sur une "action délibérée". Des tirs très nourris ont créé la panique dans le quartier où des dizaines de milliers de personnes étaient venues "exiger" le départ des blindés français positionnés depuis lundi sur le parking de l’Hôtel Ivoire. Les militaires français ont, après ces tirs, quitté leur position de l’hôtel dont le hall a aussitôt été saccagé par les manifestants. Des milliers de manifestants se relaient devant l’hôtel depuis lundi matin dans un face à face très tendu avec les militaires français. Le déploiement d’une cinquantaine de blindés sur le parking de l’hôtel avait attisé la colère des "jeunes patriotes", qui accusaient les forces françaises de chercher à "renverser" le chef de l’Etat ivoirien, dont la résidence se trouve à proximité. Plus tôt mardi, le ministère ivoirien des Affaires sociales a déclaré qu’au moins 30 Ivoiriens avaient été tués depuis samedi dans les violentes manifestations qui secouent Abidjan. "C’est l’armée française qui les a tués, nous n’avons pas encore fait le bilan qui sera plus lourd", a affirmé un responsable de ce ministère. Depuis samedi, les affrontements qui opposent forces françaises et "jeunes patriotes" partisans du régime de Laurent Gbagbo ont fait plus de 600 blessés, dont certains par balle, selon le Comité international de la Croix rouge (CICR). "Notre priorité immédiate a été de ramener le calme mais à l’heure où je vous parle, la situation reste précaire et je crains qu’elle ne se tende", a déclaré mardi à Paris le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. "Notre vigilance doit donc être totale. Le sort de nos compatriotes est bien évidemment notre priorité absolue", a-t-il poursuivi, insistant sur le fait que "la crise qui secoue la Côte d’Ivoire n’est en aucune façon un tête-à-tête entre la France et la Côte d’Ivoire" et que Paris a pour "seul but d’éviter la guerre civile". De son côté, Washington a appelé M. Gbagbo a faire "immédiatement cesser toute forme de violence autorisée par le gouvernement ivoirien contre des citoyens de Côte d’Ivoire et les forces de maintien de la paix envoyées par les Nations unies". Depuis samedi, quelque 1.000 étrangers ont été mis en sécurité dans des camps de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et 1.300 autres ont été hébergés à la base militaire française d’Abidjan. Les pillages et violences antifrançaises à Abidjan avaient débuté peu après la neutralisation samedi de "tous les moyens aériens" des forces ivoiriennes par la force française Licorne, en riposte à une attaque gouvernementale qui avait tué neuf militaires français à Bouaké (centre). L’ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’Onu, Philippe Djangone-Bi, a assuré que ce bombardement n’avait pas été intentionnel et a accusé la France de s’être livrée à "des actes de représailles unilatérales" caractérisés par "un usage excessif de la force". A ce titre, il a annoncé avoir saisi le Conseil de sécurité pour qu’il condamne Paris. Les bombardements effectués par l’armée entre jeudi et samedi dans le nord du pays ont fait, en outre, "au moins 85 morts", a affirmé à Bouaké le dirigeant de la rébellion nordiste Guillaume Soro. La nuit de lundi à mardi s’était déroulée sans incidents majeurs, des patrouilles mixtes de Casques bleus, de soldats français et de militaires ivoiriens ayant parcouru les quartiers sud de la ville. Dans le sud-ouest, des renforts français tentaient d’entrer dans la localité de San Pedro, où quelque 200 Français, victimes de pillages, se disaient "menacés de mort" selon le consul honoraire de France. Dans la ville de Gagnoa (ouest), les populations locales bétés (ethnie de M. Gbagbo) s’en sont pris aux nordistes, faisant au moins 15 morts, a affirmé M. Soro. Depuis Genève, l’Onu a appelé le gouvernement ivoirien à rétablir l’électricité, et donc l’eau, dans les zones nord tenues par les rebelles. A l’hôpital de Korhogo, quatre personnes sont décédées depuis jeudi en raison de cette situation précaire, selon des sources hospitalières. Mandaté par l’Union africaine, le président sud-africain Thabo Mbeki s’est déclaré "encouragé" par l’engagement de son homologue ivoirien à appliquer les accords de paix, après une rencontre mardi avec M. Gbagbo à Abidjan. M. Mbeki doit rencontrer le 17 novembre à La Haye la présidence néerlandaise de l’Union européenne.
Agence France-Presse Abidjan - 09 - 11 - 2004 |