C’est peu après midi, ce Samedi trois du mois d’avril de l’an deux mille quatre, que Abdellatif Makki et Jalel Ayyed ont décidé de suspendre leur grève de la faim, après 57 jours de jeune continu. Les deux grévistes ont assuré que cette suspension n’enlève en rien à leur détermination à poursuivre leur action en vu de leur intégration à la Faculté de Médecine et la poursuite de leurs Internats.
Abdellatif Makki et Jalel Ayyed ont reçu la visite d’une très forte délégation de la société civile, composée d’acteurs associatifs et politiques représentant toutes les familles de pensées différentes que compte la richesse de la Tunisie. Conduite par le Comité national de soutien aux deux grévistes, la délégation a rappelé les démarches entreprises à l’échelle nationale et internationale et qu’il était important que Makki et Ayyed aient été entendus et que leur cause est en cours d’étude auprès de l’UNESCO et des mécanismes de protection des Droits de l’Homme au niveau des Nations Unies à Genève. La délégation a pris l’engagement solennel de continuer le combat à leurs côtés jusqu’au recouvrement de leurs droits.
Avant hier, le chef de l’Etat en exercice avait reçu son Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie. Rien n’a filtré de cette rencontre, que les médias officiels s’étaient empressés de présenter sous le prétexte ridicule de la préparation de la rentrée universitaire de septembre 2004. Les observateurs avertis ont compris que c’était consécutif à la pression nationale et internationale qu eujet des étudiants grévistes de la faim pour recouvrir leur droit à l’enseignement.
A Paris, l’UGET-France s’active à préparer le Rassemblement du mardi 6 avril, devant l’Ambassade tunisienne, pour exiger le respect du droit à l’éducation pour Makki et Ayyed, ainsi que pour les responsables étudiants grévistes de Sousse, après leur exclusion arbitraire pour leurs activités syndicales au sein de l’UGTE.
A Tunis, chez Abdellatif Makki et Jalel Ayyed, le soulagement était grand chez les deux familles. Rim Makki avait la voix plus confiante et joyeuse quant à la reprise de la vie dans son foyer. Elle a tenu à remercier les nombreux amiEs qui ont soutenu la famille et accompagné le combat de son mari. Mohamed Tayyeb, le gamin de 13 ans a tenu à m’expliquer que son "père ne fait que suspendre sa grève et que de très nombreuses personnalités l’ont assuré de leur appui et soutien dans sa lutte". Chez Jalel, l’ambiance joyeuse était perceptible au téléphone. Jalel paraissait en forme et me demandait de remercier toutes celles et tous ceux qui ont été à ses cotés. Les deux Internes ont reçu des conseils de ré-alimentation progressive de la part de leurs collègues médecins qui sont venus à leur chevet depuis le début de la grève.
Il n’a pas été possible de joindre Madame Souheyr Belhassen, présidente du Comité national de soutien et vice-présidente de la LTDH et de la FIDH, pour prendre ses impressions et sentiments, ainsi que les démarches qui vont etre initiées dans les jours qui suivent.
En mes qualités de co-initiateur de l’Appel de soutien aux étudiants grévistes, je me permets de m’associer au soulagement des familles de mes deux amis et compagnons de lutte : Abdellatif Makki et Jalel Ayyed. Le combat pour le droit à l’Enseignement ne s’arretera pas tant que le résultat ne sera pas acquis. Nous sommes déterminés à continuer le combat pour la réintégration de Makkie et Ayyed, ainsi que des étudiants grévistes de Sousse et de toutes celles et tous ceux qui en sont interdits pour leurs opinions et activités.
Cette action, pour le droit à l’éducation, a déjà porté ses fruits par la réintégration de Nadhem Zghidi et Samir Fourati, responsables syndicaux de l’UGET. Elle a permis d’attirer l’attention sur le calvaire des anciens détenus politiques et d’opinions, interdits de recouvri une vie normale. Elle a permis de mettre à nue la politique de double peine, l’extension de la prison hors les murs de la prison. Elle a permis de saisr pour la première fois les mécanismes normatifs de l’UNESCO en matière de lutte anti-discrimination dans le domaine de l’enseignement. Elle a permis enfin de dépasser les clivages du passé et le poids de l’histoire pour mieux construire la Tunisie de demain, celle de tous les citoyens, celle de l’égalité et de la fraternité.
Cher Abdellatif, je rève du jour où je passerai te prendre, pour aller sortir de leurs géoles Karim Harouni et les emmurés vivants. Comme un soir de 1988...
Le combat pour la liberté en Tunisie ne peut avoir de sens si Harouni et ses amis sont derrière les barreaux. Il ne peut avoir de sens si le droits fondamentaux de la personne humaine ne sont pas scrupuleusement respectés pour tous les enfants de la République.
Et ça vaut la peine de continuer à y rèver et y travailler, avec acharnement et persévérence.
"Maa adhyaqa al aycha lawla foshato al amali", "l’espoir fait vivre", au sens grand de l’espoir : L’espoir dans la vie, dans la lutte, dans un avenir meilleur. Un camarade syndiclaiste espagnol derrière les barreaux, sous Franco avait dit : "Et s’il n’y a plus d’espoir, il faut le créer et militer dedans".
Paris, le 03 avril 2004
Abdel Wahab Hani
PS :
Abdellatif Makki est encore épuisé, mais il devrait reprendre ses forces les jours qui viennent. Il est joignable au : +216-71 484 294
Jalel Ayyed est épuisé, mais il peut répondre au téléphone. Il ne faut pas trop le fatiguer ? Il est joignable sur son mobile : +216-22 572 508.
Madame Souhayr Belhassen, présidente du Comité de Soutien des deux Internes, est joignable sur son mobile : +216-98 318 311.