Comme bien d’autres jeunes Tunisiens partis étudier en Mauritanie, c’est lors d’un retour en Tunisie que Hedi Ben Boubaker est arrêté. On est le 21 novembre 1995. Il est emmené directement de l’aéroport de Tunis Carthage aux locaux de la Direction de la Sûreté de l’Etat attenant au ministère de l’Intérieur. Il est écroué le 6 décembre de la même année, soit au terme d’une garde à vue ayant dépassé la durée légale de l’époque, soit dix jours. Le 12 novembre 1996, le tribunal de Tunis le condamne à six années d’emprisonnement (1), mais le 6 novembre 1999, il fait partie des 403 (2) détenus d’opinion ayant bénéficié d’une libération conditionnelle. Il sort de la prison de Sfax et il est tenu, en vertu d’une décision émanant du ministère de l’Intérieur, de « résider à Golaa El Douz, (...) Kebili, jusqu’au 06/12/01, date de la fin de sa condamnation. Il lui est par ailleurs interdit de se déplacer sans l’autorisation du Directeur des Services Pénitenciers et de la Rééducation » (3) Hédi Ben Boubaker respecte l’obligation qui lui est faite et renonce à ses ambitions professionnelles.
Le 6 août 2002, il épouse une jeune femme de nationalité française, vivant et travaillant dans la région grenobloise. Celle-ci rentre en France. Les autorités tunisiennes refusent à Hédi Ben Boubaker le passeport qui lui permettrait de rejoindre son épouse. Aujourd’hui, madame Ben Boubaker est enceinte. Elle a multiplié de son côté les démarches auprès de toutes les instances pour que son mari se voie attribuer son passeport, sans succès. Plusieurs associations, dont Human Rights Watch (4), sont intervenues également, en vain.
Après la longue grève de la faim d’Ali Rouahi (5) pour un passeport lui permettant de rejoindre sa famille en France, après l’appel des enfants de Kamel Ben Rejeb pour que leur père dispose d’un titre de voyage (6), toutes campagnes auxquelles les autorités tunisiennes sont restées sourdes, Hedi Ben Boubaker et son épouse savent qu’un grand mouvement de solidarité sera nécessaire pour qu’ils puissent se retrouver. Et il y a urgence. Le mois prochain, leur enfant naîtra en France. En présence de son père ? Cela tiendra en grande partie, à la solidarité qui se développera dans les prochains jours.
Luiza Toscane
(1) Affaire n° 23682/72955/1
(2) Décision de mise en liberté conditionnelle numéro 54 du 5 novembre 1999
(3) Décision, République tunisienne, ministère de l’Intérieur (traduit de l’arabe)
(4) Tunisia :Recommended Steps on Human Rights, February 12, 2004.
(5) « Lettre ouverte d’Ali Rouahi », Tunezine, « un peu d’Actu », 4 mars 2004.
(6) « Un passeport pour l’espoir », Tunisnews, 17 mars 2004.