Les publications on line : Un espace de libre expression qu’il faut protéger ! (AI section Tunisienne et Com. des Journalistes)
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Extraits du supplément spécial à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse (réalisé par la Commission des Journalistes de la Section Tunisienne d’Amnesty International) Mai 2004
Les publications on line : Un espace de libre expression qu’il faut protéger !
Pour cette 14ème Journée internationale de la liberté de la presse, nous avons choisi d’ouvrir un débat sur la situation des journaux on line tunisiens, sur leurs conditions d’édition et de diffusion, ainsi qu’à propos du cadre juridique censé les protéger. En effet, depuis une dizaine d’années - et par l’entremise de la Toile -, des cyberespaces libres qui se distinguent par des débats contradictoires, par une liberté de ton, fleurissent un peu partout dans le monde. Il s’agit pour la plupart, des canaux d’expression qui échappent à tout contrôle politique ; tels que les sites d’information sur Internet, les listes de diffusion, les forums de débats et surtout, les publications on line. Dans plusieurs de ces pays, ces journaux électroniques sont reconnus légalement au même titre que les médias traditionnels et leurs collaborateurs bénéficient des mêmes droits et avantages que ceux des journalistes. Le dernier exemple en date provient du Maroc (1). En Tunisie, la tendance est encore à ses débuts et aucune réflexion portant sur leur statut juridique, leurs conditions de diffusion..., n’a été amorcée jusque là. Plusieurs de ces sites sont animés par des Tunisiens installés à l’intérieur du pays ou à l’étranger. Certains de ces espaces n’ont qu’une existence éphémère ; d’autres, comme le plus connu d’entre eux, Tunisnews, diffuse quotidiennement une lettre d’information générale depuis cinq ans d’affilée à plus de sept mille abonnés. Plusieurs périodiques on line sont également édités sur la Toile : Citons quelques-uns d’entre eux : « Kalima », « Aqlam »,... mais aussi, le seul journal de l’opposition légale « El Mawqef ». D’autres, ont disparu de nos jours, tels que « Kaws El karama », et surtout, le journal du site rebelle des jeunes « takriz » qu’on peut traduire par l’expression « ras-le-bol » et « Alternatives Citoyennes » qu’édite Nadia Omrane devra reparaître prochainement. L’existence de ces publications et leur libre circulation et diffusion s’inscrit dans le droit fil de l’Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Il est donc devenu impérieux de nous interroger sur l’émergence de ces nouveaux modes d’expression, leurs effets, et surtout, sur les mécanismes juridiques à même d’assurer leur protection.
FIJ : Priorité à la justice, à la sécurité et à la solidarité
La Fédération internationale des journalistes célèbre le 3 mai 2004 par un appel à la justice, à la sécurité et à la solidarité et, plus précisément par des actions internationales visant à faire la lumière sur la mort inexpliquée des journalistes en irak. L’ombre de l’injustice et de l’incompréhension face à la mort de 11 journalistes et professionnels des médias dans le conflit irakien plane aujourd’hui sur le monde journalistique », déclare la FIJ dans un communiqué marquant les célébrations annuelles organisées par l’agence culturelle des Nations Unies, l’UNESCO. « Toutes ces morts doivent donner lieu à une enquête menée correctement et de manière indépendante » souligne la FIJ.
La sécurité, la solidarité et la justice sont les thèmes centraux développés par la FIJ lors de la journée mondiale de la liberté de la presse 2004. « Outre la nécessité de justice pour ceux qui sont morts, nous sommes convaincus que les journalistes et les entreprises des médias peuvent faire davantage pour réduire les risques auxquels ils sont confrontés en soutenant l’Institut International pour la Sécurité des Journalistes », affirme la FIJ.
L’Institut (INSI), lancé lors de la journée mondiale de la liberté de la presse l’année dernière, est composé d’une coalition de journalistes ; de groupements pour la liberté de la presse et d’employeurs qui mènent une vigoureuse campagne pour une nouvelle culture de la sécurité dans le journalisme. L’Institut a mis en place des formations sur la sécurité dans certains des lieux les plus dangereux de la planète -y compris en Irak- et projette de développer ses activités dans toutes les régions du monde. « Les médias et les groupes de journalistes prennent conscience du besoin d’établir des règles de sécurité sensées et professionnelles » déclare la FIJ. « L’INSI fournit des opportunités sans précédent pour faire d’un journalisme plus sûr une réalité - et ce même dans les régions les plus dangereuses ».
Enfin, la FIJ explique que la solidarité entre journalistes est aussi importante que les campagnes pour la justice et pour davantage (le sécurité sur le lieu de travail. « Des centaines de journalistes et de professionnels des médias deviennent des victimes chaque année, et beaucoup de ces cas ne sont pas examinés parce que les ressources ne sont pas disponibles. C’est pourquoi le Fonds international de sécurité de la FIJ a un rôle à jouer en permettant de soulager la détresse de nos collègues victimes de la violence et de l’injustice ».
(1) La victoire des journalistes du Net marocains
La presse en ligne reconnue
Le Maroc vient de reconnaître le statut de journaliste à ceux qui travaillent sur le Net. Ils ont été adoubés par le ministère de la Communication et le Syndicat national de la presse marocaine. Cette reconnaissance permet à ces professionnels d’avoir les mêmes droits que leurs confrères de la presse écrite et surtout d’obtenir leur carte de presse.
Unique en Afrique. Le Maroc est le premier pays à octroyer une reconnaissance à ses journalistes qui travaillent sur la toile. Ceci, grâce à l’action appuyée de l’équipe éditoriale de Casanet qui anime le portail Menara. En 2000, Mohammed Boudarham, journaliste à Libération (journal marocain), et d’autres collègues introduisent cette idée au sein d’une commission devant statuer sur le sujet. Ils souhaitent que les journalistes embauchés par des portails nationaux et internationaux aient un traitement égal à celui observé dans la presse écrite. Ces traitements passent par l’obtention de la symbolique carte de presse.
Une reconnaissance double
Les premières rédactions marocaines sur le Net n’ont vu le jour qu’entre 1999 et 2000. Cela explique pourquoi une pareille reconnaissance n’est pas survenue plus tôt. « Nous aurions pu l’obtenir il y a bien longtemps, si nous avions insisté. C’est de notre faute cette lenteur », reconnaît Rachid Jankari, journaliste à Menara. Comme ses confrères en ligne, il lui a fallu remplir un formulaire du ministère de la Communication. Formulaire traité conjointement par le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et le ministère de la Communication. "Cette reconnaissance est double, parce qu’octroyée par deux instances légales", se réjouit Rachid Jankari.
Vide juridique
Le fait que la majorité des journalistes officiant sur le Net vient de la presse écrite, de la radio ou de la télé et donc possède sa carte de journaliste, a permis d’obtenir plus facilement cette reconnaissance. Pour le responsable de la rubrique Technologie, "il persiste un vide juridique. Aucune loi n’aborde le support électronique". Le prochain combat de l’équipe éditoriale de Casanet s’orientera sur ce terrain.
Pour l’heure, Menara s’est associé à l’Isic (Institut Supérieur de l’Information et de la Communication) pour innover une fois de plus en Afrique : enseigner l’écriture du journalisme électronique aux élèves. Ou, tout au moins, leur offrir des stages sur les sites, une façon de mieux intégrer les spécificités du travail sur le Net.
Arnold Sènou
Afrik.com
Le jeudi 29 janvier 2004