|
Trois ans sont passés depuis que le Congrès Pour la République s’est constitué en tant que parti politique. Partant du principe : « Nos droits, on les exerce...On ne les revendique pas », un certain nombre de Tunisiens, jaloux d’une Tunisie éprouvée, ont décidé d’unir leur force autour d’une idée simple « dénoncer la fausse République, uvrer pour l’instauration d’une vraie République ».
Le choix du 25 juillet n’était pas impromptu. Les fondateurs du CPR ont voulu dire aux Tunisiens que le cérémonial du 25 juillet de chaque année ne fait pas la république, que les discours teints de républicanisme ne sont que du faux.
D’aucuns se sont interrogés à l’époque sur l’utilité de la création d’une nouvelle entité politique dans un espace politique étouffant et un espace social quadrillé, apolitisé et peu réceptif aux diverses formes de mobilisation. L’enjeu était de taille pour ces fondateurs venus d’horizons aussi riches que différents (milieux sociaux composites : associatif, intellectuel, estudiantin, politique...familles d’idées distinctes parfois antagonistes : laïques, islamiques, nationalistes, progressistes...terrain d’action polymorphe : intérieur, extérieur, cyber-action...catégories d’âge différentes associant jeunes et chevronnés...). Réussir à donner du sens à cet ensemble hétéroclite était un défi pour ce jeune parti, et en même temps, un test pour notre société dont le CPR n’est qu’une manifestation de la richesse et de la diversité qui l’ont toujours caractérisées.
Eviter que l’acte de création ne se transforme en coup d’épée dans l’eau était le premier souci des fondateurs. Il fallait un déploiement d’énergie conséquent, une mobilisation de tous les instants, une stratégie de communication intelligible et intelligente pour pouvoir contourner le camouflage médiatique officiel et le travail de sape de tous ceux que le CPR risque de désagrémenter.
En dépit du refus de délivrance de l’acte de naissance par les autorités, la légitimité de cet enfant de la cause républicaine avait été reconnue par la société civile tunisienne et nombre d’observateurs internationaux.
Le moment de l’accouchement passé non sans contraintes, il fallait s’atteler à la tâche de vérité : ramener la Tunisie sur le chemin de la Démocratie et de la République.
Tout en préservant une identité militante rompant avec la duplicité des choix et des discours, le CPR se devait d’associer ses efforts à ceux qui l’ont précédé dans le combat pour la liberté et la démocratie. Il se devait aussi de s’adresser à un public plus large afin de le conscientiser davantage de ses devoirs de dignité et de citoyenneté active.
Aujourd’hui que le Congrès Pour la République est devenu un élément incontournable (avec ses hauts et ses bas) du paysage politique de notre pays, ses fondateurs se doivent de tirer le bilan de trois années d’activité. Leurs démarches bien qu’originales ne sont pas infaillibles. Elles ont montré parfois leurs limites et quelquefois leur désaccomodation à l’environnement dans lequel elles agissaient.
Un courage politique insoupçonnable, une honnêteté intellectuelle incontestable, une capacité d’action et d’initiative avérée...tels sont les qualités de cette jeune formation politique... encore faut-il les mettre au service d’une cause commune.
En effet, après une période de régularité dans l’action et le discours, le CPR peine à retrouver ses marques et pêche parfois par un manque de visibilité dans l’action confondant entre les stratégies individuelle, partisane et collective.
En s’assignant l’objectif de faire mieux que les autres, le CPR a commis l’erreur de se couper d’une partie de l’opposition jugée un peu trop laxiste à son goût...Il s’est surtout arrogé le droit de les clouer au pilori alors que son devoir était de les tirer vers le haut de l’engagement politique.
Bien que cette partie de l’opposition ait sa part de responsabilité dans cette disjonction malencontreuse, les responsables du CPR auraient pu éviter cette cassure s’ils avaient fait preuve de plus de discernement et de tact.
L’expérience de terrain de nombres militants du CPR doit leur permettre de mieux négocier la diversité, quoi que celle-ci rime à leurs yeux avec défaillance structurelle. Il est plus bénéfique pour le pays que le CPR puisse demeurer un espoir, un allié, un ami pour tous ceux qui veulent en découdre avec les dérives autoritaires du régime en place. L’autorité morale dont jouissent ses membres doit constituer un cadre de référence dans lequel les Tunisiens puissent « identifier un symbole et concrétiser un espoir » comme vient de le rappeler le Dr Marzouki.
Par ailleurs, le Congrès Pour la République doit s’attacher à renforcer la construction de ses institutions et passer un peu plus de temps « chez lui », et ce afin se prémunir contre les malentendus et les conflits d’intérêts et d’ambitions qui risquent de survenir comme dans toute organisation, ou pour prévenir les tentatives d’infiltration et de noyautage systématiquement pratiquées par le régime, ou tout simplement pour anticiper sur l’impatience et la lassitude de ceux qui veulent claquer la porte ou casser le jouet.
L’engagement des républicains sur plusieurs fronts de combat au sein de la société civile, a réduit leur rendement à la portion congrue. Un recentrage sur l’action proprement politique devient plus qu’impératif afin que l’efficacité du parti ne soit irrémédiablement remise en cause.
Toutes ces carences n’enlèvent en rien à l’apport considérable du Congrès Pour la République pour faire avancer la cause de la liberté et de la démocratie en Tunisie.
Les rédacteurs de ce texte qui sont les premiers concernés par cette autocritique, veulent à travers cette démarche exprimer leur attachement à cette belle aventure humaine qui fait désormais partie de la réalité du pays et de leur propre réalité. Ils entendent uvrer avec leurs paires pour la promotion de cette entité dans le cadre de l’ouverture sur les différents partenaires, le respect de l’éthique militante et la réinvention des modes d’action.
Conscients de la relativité des expériences humaines, ils espèrent qu’après trois années d’existence, le Congrès Pour la République puisse mettre à son profit toutes les critiques et tous les reproches qui lui sont adressés afin de se mettre à la hauteur des attentes de ceux qui continuent à voir en lui une vraie alternative à la dictature.
Paris, le 25 juillet 2004
Salim Ben Hamidane
Imed Ben Mohamed
Imed Daïmi
Chokri Hamrouni
Membres fondateurs du CPR.
|