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Cité universitaire - C’est à l’université Laval, jeudi le 9 septembre, qu’a eu lieu la première conférence en sol québécois de Me Ahmed Nejib Chebbi, leader du Parti Démocratique Progressiste (PDP) de la Tunisie. Invité par l’Association pour les droits de la personne au Maghreb (ADPM), il a traversé l’Atlantique pour dénoncer de "fausses élections" qui se tiendront en octobre prochain dans son pays.
Me Chebbi, avocat de formation et activiste politique de longue date, entreprend un périple qui le mènera en Angleterre, au Canada, puis aux États-Unis afin d’expliquer les conditions dans lesquelles se dérouleront les prochaines élections présidentielles et législatives en Tunisie. Il accuse le parti au pouvoir, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique, de filtrer les candidats concurrents et de museler toute opposition. "Pour être candidat à la présidence, un postulant doit être parrainé par 30 élus du parlement, explique-t-il. Cependant, le pouvoir, à tous les niveaux, est entre les mains du président Ben Ali et de son parti". Le multipartisme nouvellement instauré est, selon lui, "un véritable simulacre". Il appellera donc, s’il ne réussit pas à obtenir le nombre de signatures requises, la population tunisienne à boycotter les élections présidentielles. Quant aux législatives, son parti, le PDP, présentera des candidats dans les 26 circonscriptions électorales, mais ne se fait aucune illusion face aux éventuels résultats.
Présidence à vie
La Tunisie, indépendante depuis 1956, n’a eu que 2 présidents depuis l’établissement du régime démocratique, il y a 48 ans déjà. Le président actuel, Zine El Abidine Ben Ali, avait promis, à son ascension au pouvoir en 1987 à la suite d’un "coup d’État médical", qu’il n’y aurait plus jamais de "présidence à vie". Une des premières mesures en ce sens avait été de fixer à trois le nombre de mandats possibles pour un président d’être à la tête de la république. Achevant aujourd’hui ce troisième mandat, Ben Ali a fait approuver, par voie référendaire en mai 2002, un amendement à la constitution qui lui octroierait le pouvoir de briguer un 4e mandat d’affilée. "L’appétit vient en mangeant" ironise Me Chebbi à ce propos. Ben Ali a de plus fait augmenter l’âge maximal pour un candidat se présentant à la présidence, le faisant passer de 70 à 75 ans, ce qui lui assure de demeurer au pouvoir jusqu’en 2014 affirme Me Chebbi. Ce référendum, sur le changement de la constitution, a été voté favorablement à 99,52%. Des chiffres inquiétants selon le rapport d’Amnistie Internationale présenté par Valérie Guilloteau en avant-propos.
Débat épicé
Un étudiant tunisien, présent dans la salle, affirme qu’un tel événement aurait été impossible à organiser dans son pays d’origine et s’est dit inquiet des représailles encourues par Me Chebbi pour une telle tournée. Un débat très chaud a suivi la conférence, où de nombreux tunisiens ont exposé leur point de vue et débattu avec le conférencier invité, mais aussi où des sympathisants du président Ben Ali étaient sur place pour semer la zizanie. La présidente de la conférence, Mme Lise Garon du département de communication publique, a eu du mal à contenir les ardeurs de tous les participants, mais a su conserver un climat favorable à la démocratie.
Lors de son passage dans la région de Québec, Me Chebbi a eu l’occasion de s’entretenir avec les leaders syndicaux Claudette Carbonneau (CSN), Henri Massé (FTQ) et Réjean Parent (CSQ), ainsi qu’avec les députés Christiane Gagnon (BQ) et Agnès Maltais (PQ). Le chef d’orchestre de cette tournée canadienne, Jamel Jani de l’ADPM, se dit satisfait du déroulement des activités et enchanté de voir un auditoire de 80 personnes pour la conférence à l’Université Laval. Me Chebbi s’est dirigé à Montréal le lendemain afin d’exposer ses thèses.
Guillaume Denommée © Journal L’exemplaire N° 0 15 septembre 2004 |