Tunisie 7 février 2004
Cela fait 2 ans et demi que j’ai quitté la prison après avoir été jugé par le tribunal militaire de Bab Saâdoun et incarcéré durant 10 ans à cause de mon engagement syndical et politique. Durant ces deux ans et demi,j’ai tout fait pour faire valoir mon droit indéniable de par la loi et la morale de continuer mes études à la faculté de médecine de tunis en tant qu’étudiant en troisieme cycle à la faculté des sciences,en spécialité Chimie. Durant ces 2 ans et demi, j’ai utilisé tous les moyens dont je disposais, j’ai contacté plusieurs fois les autorités tunisiennes, les Organisations gouvernementales et non gouvermentales...sans que rien ne change ma situation.
J’ai alors compris que j’avais quitté la prison pour rejoindre une autre prison, celle du harcèlement et de la privation des mes droits les plus élémentaires .Il ne m’est plus resté de la conception globalisante des droits de l’Homme dont on entend parler dans les discours que le droit à la privation de tous mes droits.
Dans mes correspondances avec les responsables régionaux et nationaux, avec les présidents d’universités et les recteurs, je n’ai cessé d’en référer au discours officiel, en vain, car ces personnes là se sont montrées incapables d’appliquer les lois, prétextant qu’ils avaient reçu des "instructions" les en empêchant, selon leurs dires. Ceci ne les exonère pas de la responsabilité.
Mon cas est le reflet de notre realité puisque ce qui doit être du ressort de la loi et qui a trait à l’application des lois est devenu un "problème politique".L’inscription à l’université est désormais un privilège qui peut être utilisé comme une punition. Les organisations gouvernementales n’ont pas pu m’aider à cause des limites qu’elles ne peuvent dépasser et pour des raisons ayant trait aux rôles même qu’elles sont censées jouer. Quant aux ONG, elles souffrent à leur tour du harcèlement.
Depuis deux ans et demi, je me suis armé de patience et de sagesse, espérant obtenir mes droits établis par les lois ou, à défaut, obtenir une justification de ma privation, mais devant le calvaire qui continue, et ayant épuisé tous les autres recours, j’annonce, aujourd’hui samedi 7 février 2004, que j’entame une grève de la faim jusqu’à ce que mes demandes légitimes soient satisfaites.
Je remercie toutes les personnalités tunisiennes ou étrangères qui ont soutenu mon cas et tous ceux qui se sont montré sensibles au calvaire que j’endure.
Abdellatif El Mekki
Traduction par S. B. Abdallah et AW Hani de l’annonce de la grève de la faim diffusée par M. Samir Ben Amor