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Mohammed Mohsen Hamdouni : l’exception qui confirme la « règle »
Luiza Toscane ,

Arrivés dans leur écrasante majorité au cours des années quatre-vingt-dix, les demandeurs d’asile tunisiens se sont vus attribuer le statut de réfugié par l’OFPRA, et pour une moitié d’entre eux par la Commission des Recours des Réfugiés (CRR), qui a annulé la majorité des rejets opposes à des demandeurs tunisiens. Bien rares sont ceux qui ont vu la Commission confirmer ce rejet. Mohammed Mohsen Hamdouni (Mohammed Hamdouni pour l’OFPRA) est l’un de ceux-là, l’exception qui confirme la “règle”, en somme.

Son histoire n’a, elle, rien d’exceptionnel pourtant : originaire de Sidi Bouzid, il s’engage dès les années 80 dans les activités de ce qui était à l’époque Harakat El Ittijah El Islami alors qu’il est lycéen puis étudiant à la faculté de théologie. Au cours de l’année universitaire88 -89, il se présente comme candidat de l’UGTE et est élu comme représentant des étudiants au Conseil de l’Université Ez Zeitouna et il participe au soutien aux listes “indépendantes” à Sidi Bouzid en 1989 .

A partir de 1990, il s’installe comme enseignant au Yémen auprès du comité général des Instituts scientifiques alors sous hégémonie du parti El Islah. Il reviendra à une reprise en Tunisie et, se sachant recherché par la police, vivra au Yémen où il est chargé des activités sociales, en d’autres termes l’accueil et l’assistance des islamistes tunisiens dans ce pays. Ses proches vont subir le harcèlement de la police en ses lieux et place : l’un d’eux est interpellé et interrogé à son sujet, sa fiancée empêchée de sortir du pays pour le mariage.

Puis ses problèmes commencent au Yémen où on lui reproche son manque de fermeté dans le combat anti-chiite. Il doit changer de travail et ne trouve qu’un contrat à durée déterminée, qui ne lui est pas renouvelé, là aussi pour des raisons politiques. « Curieusement », c’est aussi la période que choisissent les autorités tunisiennes pour lui renouveler son passeport pour un an et demi, au lieu des cinq ans réglementaires. Comprenant que l’étau se resserre sur lui, il prépare son départ et arrive à Londres le 15 septembre 2001 avec la famille qu’il a fondée au Yémen. Son visa Schengen ayant été délivré par la France, il est transféré en2002 , où il dépose une demande d’asile, qui est rejetée par l’OFPRA, rejet confirmé par la Commission des Recours des Réfugiés.

Mohammed Mohsen Hamdouni a reçu en janvier 2004 une invitation à quitter le territoire français. A la fin du mois de février, il sera expulsable, lui et son épouse, de nationalité yéménite, ainsi que leurs trois enfants, dont deux sont nés au Yémen et un troisième né en Angleterre.. Au-delà de la difficulté pratique pour les autorités françaises de reconduire, mais vers quelle frontière ?- cette famille, se pose d’ores et déjà l’angoissante question des lendemains, car Mohammed Mohsen Hamdouni qui est logé par un Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA) à Langres-et a d’ailleurs fait l’objet d’un article dans la presse locale ( voir ci-contre)-, se voit contraint à l’errance, une fois de plus.

Il ne s’agit pas ici de revenir sur l’appréciation portée par la Commission des Recours des Réfugiés, mais de souligner les risques qu’encourrait en Tunisie, et dans tout pays arabe,-ces derniers étant liés par des accords sécuritaires-, cet opposant tunisien. De ses exils yéménite ou européen, il a multiplié les prises de position écrites, notamment par ses articles en langue arabe : « El majaliss elmahallia... wa mustalzimat najahiha », (Essahoua, 8 février2001 ), « El intikhabat ...wa riah ettaghiir » (Eljamahir, mars2001 ), « Istifta am istila ala eddestour », 28 mai2002 , Tunis news, ou encore « Eljoumhou-melkia », 6 juin2002 , Tunisnews.

Son renvoi en Tunisie l’exposerait à la torture et à l’emprisonnement. Les fâcheuses expériences de Haroun M’barek et Taoufik Salmi, déboutés respectivement au Canada et au Luxembourg - ce dernier ayant subi d’atroces tortures lors de sa détention au secret en 2003 -, et emprisonnés à leur retour en Tunisie, sont là pour nous le rappeler. A ceux qui croiraient de bonne foi, et/ou par une singulière méconnaissance des mœurs policières, que le temps a effacé bien des choses (n’a-t-il pas quitté la Tunisie il y a bien longtemps...), il conviendrait de mentionner que Sayyid Ferjani, qui vit depuis quinze ans au Royaume Uni où il est réfugié, a été condamné à une peine d’emprisonnement par contumace par le tribunal de première instance de Gafsa le 2 janvier 2003 ! Enfin, Sihem Ben Sédrine, pourtant personnalité connue et reconnue internationalement s’est vue reprocher ses prises de positions à l’étranger par un passage à tabac et des blessures infligées en pleine rue à Tunis en ce début d’année 2004 . Au vu de ces pratiques, on ne saurait que s’inquiéter du type de représailles qui guettent notre opposant, beaucoup plus anonyme que les deux personnalités précitées, en cas de retour forcé dans son pays.

Luiza Toscane, 11 février 2004


De la Tunisie à Langres, via le Yemen

Les familles arrivées à Langres sont géorgiennes, arméniennes ou tchétchènes. Mohammed Hamdouni, lui, est d’origine tunisienne et Samira, sa femme, a ses racines au Yémen. Membre d’un parti prônant un Islam modéré, le « Nahdha », Mohammed s’est vu contraint de quitter son pays natal en1990 , pour fuir la dictature de Ben Ali. Professeur d’éducation islamique, il obtient alors une carte de séjour au Yémen, où il rencontre sa future épouse et décroche une licence de français.

Mais en août2001 , Mohammed se voit reprocher par les autorités religieuses yéménites son enseignement islamique, trop modéré à leurs yeux. Contraint de quitter le pays, lui et sa famille obtiennent un visa pour la France puis échouent dans leur souhait de s’implanter en Grande-Bretagne. Après sept mois de l’autre côté du « Channel », le bout du tunnel se fait attendre, les autorités de Sa Majesté refusant d’étudier toute possibilité d’asile. Suite à un mois passé dans un centre de rétention à Londres, la famille Hamdouni est transférée en France, le 9 avril. De logements d’urgence en hôtels, elle se pose finalement à Langres le 19 août.

Combat contre l’oisiveté

Arrivée en France sans rien d’autres que quelques valises, la famille Hamdouni dispose aux Fougères d’un appartement dont le mobilier est certes neuf, mais cependant sobre et réduit. « Notre souci, c’est de savoir comment passer le temps » avoue Mohammed, dans un français assuré. La condition de demandeur d’asile fait que ni lui, ni sa femme, professeur d’anglais au Yémen, ne peuvent en effet travailler. Mohammed rejette toutefois l’idée d’un emploi clandestinement : « Il faut respecter la loi », insiste-t-il.

La famille Hamdouni bénéficie d’environ 140 E chaque semaine. « Cela nous suffit », estime le père de famille. Samira, son épouse, a commencé d’apprendre le français grâce aux cours que l’association La clé dispense aux Quartiers-Neufs. Grâce à une amie marocaine qui l’y a conduite. Après un mois et demi à peine, son français, certes, est balbutiant. Mais elle arrive à confier qu’à son arrivée, elle « restait toujours à la maison ». Par peur de l’inconnu.

Pendant ce temps, la porte entrouverte laisse entendre les deux filles du couple qui, entre deux rires, égrennent l’alphabet puis les chiffres en français. Les Hamdani entament leur intégration, malgré le fardeau que constitue l’attente d’un éventuel statut de réfugié.

Pierre Donard
Le Journal de LA HAUTE-MARNE,
24 octobre 2002



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