Scandale à la prison de Borj Erroumi (Bizerte, 65kms de Tunis)
Un prisonnier politique est violé sur ordre du directeur
L’AISPP a appris de la famille du prisonnier politique Nabil Ouaer qu’il avait été agressé de façon ignoble à la prison de Borj Erroumi, que des membres de sa famille avaient été empêchés de lui rendre visite et qu’il avait été mis en isolement.
La mère du prisonnier pré-cité a dit qu’il avait été privé de visite, en guise de coercition, mis en isolement tout au long du mois de mai passé et qu’il y a un peu plus de trois semaines elle a pu le voir. Il lui a demandé de porter plainte auprès des parties responsables. Il l’a informée que le directeur l’avait convoqué, qu’il l’avait frappé à coups de pieds et de poings et giflé. Puis le directeur et le lieutenant Jamel Trabelsi l’avaient jeté au cachot.
Le directeur, le capitaine Fathi Ouechtati, ne s’est pas arrêté là. Il a chargé quatre pervers, prisonniers de droits commun (dont le surveillant de cellule-le « caprane ») de rejoindre le prisonnier politique Nabil Ouaer dans son cachot à une heure avancée de la nuit et de l’agresser sexuellement et de le violer.
La mère du prisonnier n’a pu lui rendre visite le 23 juin 2004 qu’après moult efforts, tentatives, et contacts ave les responsables : le président du Comité supérieur des droits de l’Homme et des Libertés, Zakaria Ben Moustapha qui lui donné une recommandation lui permettant de rencontrer le directeur général des prisons et de la rééducation, Ridha Boubaker, qui l’a reçu, s’est gaussé du dépôt de plainte et n’a pas accordé la moindre considération pour son angoisse et sa crainte face à ce qui était arrivé à son fils.
Si l’agression du prisonnier politique Nabil Ouer est scandaleuse, scandaleux aussi est le rôle joué par l’administration de la prison, scandaleuse est l’attitude de l’administration générale des prisons et de la rééducation, qui couvre la responsabilité de ses auteurs.
Cet événement donne une nouvelle fois la mesure de la dégradation atteinte par la situation des prisonniers politiques en Tunisie, sur laquelle l’AISPP n’a eu de cesse d’attirer l’attention des autorités et de l’opinion publique.
Le prisonnier politique Nabil Ouaer, qui a été transféré à la prison de Borj El Amri, est en grève de la faim et de la soif depuis le 15 juin 2004. Il a été mis au cachot, le temps que le scandale se calme, pour l’empêcher de protester contre l’absence de poursuites de ses agresseurs et de réclamer son transfert à Borj Er Roumi.
Nabil Ouaer a été arrêté alors qu’il était lycéen en 1991 et emprisonné en vertu d’un jugement prononcé contre lui par le tribunal militaire dans l’affaire 76111-bien connue-, tribunal dont toutes les organisations internationales ont stigmatisé l’illégalité des jugements car tribunal d’exception n’offrant pas les moindres garanties de procès équitable et ont réclamé la libération des accusés.
L’AISPP considére qu’il s’agit d’un précédent dangereux et les dépassements dans les prisons ont atteint un stade inédit à l’heure où le monde célèbre la journée mondiale de lutte contre la torture, et est encore sous le choc des pratiques effroyables auxquelles ont été soumis les prisonniers de guerre en Irak. L’AISPP exige qu’une enquête sérieuse et impartiale soit ouverte sur l’agression dont a été victime le prisonnier politique Nabil Ouaer, et que ses responsables soient identifiés et traduits en justice.
Tunis le 28 juin 2004
Pour l’AISPP, le Président
Maître Mohammed Nouri
Association Internationale de soutien aux prisonniers politiques
33 rue Mokhtar Attya, Tunis
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT) |