Tunisie : En toute assurance sur les pas des Etats-Unis, d’Abou Gharib à Borj Erroumi
Les fiers gardiens de la tristement célèbre prison d’Abou Gharib ont fait des émules tunisiens. A moins que ce ne soit le contraire. Nabil El Ouaer, détenu islamiste du parti interdit Ennahdha, la trentaine et déjà treize ans de prison et auquel il reste, espérons-le (car en Tunisie, quand on est détenu d’opinion, même après accomplissement de sa peine, on n’est pas assuré d’être libéré !), une poignée d’années à accomplir a été sodomisé début juin par quatre détenus de droit commun sur ordre du directeur de l’établissement de redressement et de réhabilitation, la sinistre prison de Borj Erroumi. Le conditionnel n’a plus droit de cité. Malgré les multiples dénis et autres démentis railleurs officiels, le doute n’est plus de mise. Une lettre datée du 5/7/2004 adressée par la propre sur de Nabil, Madame Samia El Ouaer, à l’AISPP (Association Internationale pour le Soutien des Prisonniers Politiques, non reconnue) fait état de pressions exercées par l’administration pénitentiaire sur son frère (le menaçant de lui coller une affaire de murs sur le dos) et sur sa famille (promettant que les responsables seront punis ! Ah ! Bon ? Ne s’était-il donc pas "rien passé" ? Les accusations n’étaient donc pas infondées ?) afin qu’ils retirent leur plainte...
Toujours est-il que, une fois n’est pas de coutume, un certain malaise aurait été ressenti en haut lieu. C’est ainsi que, toujours selon la lettre de la sur de Nabil, Mr Zakaria Ben Mustapha s’est déplacé en personne le 28 juin, accompagné d’un envoyé de la présidence, à la prison de Bizerte où il a rencontré Nabil qui y a été transféré suite à cette affaire et a entendu ses doléances. Rappelons que Mr Ben Mustapha est le président du Comité supérieur des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et que c’était lui qui avait permis, apparemment contre la volonté de l’administration pénitentiaire, à la mère de Nabil de le visiter le 23 juin, peu après les faits.
Nabil El Ouaer et sa famille tiennent bon. Maître Saïda Akremi, son avocate et SG de l’AISPP, a porté plainte auprès du parquet de Bizerte et a demandé à rencontrer son client mais n’y a pas encore été autorisée.
En attendant, des centaines de prisonniers politiques continuent de mourir de mort lente dans les mouroirs des cachots tunisiens, espérant qu’un flash douloureux tel la mort louche d’un détenu ou son abominable viol fasse un peu de lumière sur leur situation honteuse et indigne d’un pays qui se dit leader en matière des droits de l’homme. Devra-t-on attendre que ces flashs se rapprochent et se répètent à l’infini pour que le monde daigne y accorder son attention ? Ou bien le monde tournera-t-il pudiquement son regard chaste déjà trop imprégné par des images plus dures, jugeant trop banales les souffrances de quelques tunisiens qui "n’ont que ce qu’ils méritent" ?
Et ce ne sont pas de la vaseline ni des préservatifs que Nabil demande...
TNN.
Nom : El Ouaer
Prénom : Nabil
Adresse des parents : Quartier El Ouardia - Tunis
Age : environ 30 ans
Elève en secondaire et mineur lors de son arrestation
Condamné à 15 ans de prison en septembre 1992 dans l’affaire d’Ennahdha par le tribunal militaire
Actuellement détenu à la prison Borj Erroumi de Bizerte (65 Km au nord de Tunis)
Privé de ses droits en tant que prisonnier (lecture, soins médicaux etc.)
A fait un nombre indéterminé de grèves de la faim pour réclamer ses droits les plus élémentaires.
Son entêtement à réclamer ses droits lui a valu maintes fois l’isolement et la privation de visites
A été victime d’humiliations diverses de la part des gardiens depuis son incarcération responsables de faiblesse physique et de stress psychique.
A subi neuf transferts punitifs depuis 1992
A fait une tentative de suicide en 2002
Début 2003, une agression de la part des gardiens et du directeur de la prison de Borj Erroumi lui occasionne une fracture de la main droite qui n’ a été traitée que tardivement. Il a été obligé de retirer sa plaint à cette occasion ayant eu peur pour sa sur.
En juin 2004, il est agressé par le directeur de la prison de Borj Erroumi et ses agents et mis en isolement où il a été rejoint sur ordre de l’administration par quatre prisonniers du droit commun qui le violent. |