|
Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
33 rue Mokhtar Atya, Tunis
Tel : 71 25 66 47 , fax : 71 35 49 84
aispptunisie@yahoo.fr
Président d’honneur : le doyen Mohammed Chakroun
Alors que les femmes sont à l’honneur le 13 août, fête nationale de la femme, des femmes tunisiennes vivent enchaînées par les services de la Sûreté, qui les ont privées de leurs droits élémentaires.
L’AISPP adresse ses compliments aux femmes tunisiennes à l’occasion de la fête de la femme et présentera chaque jour à l’opinion publique un tableau des tragédies vécues par de nombreuses femmes, par le biais des lettres et des témoignages reçus par l’association. Elle lance un appel à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens libres : Oeuvrez à mettre un terme à leur calvaire et à travers elles, à celui de leurs familles et de leurs enfants.
Lettre de la fille du prisonnier politique Mohammed Chnenaoui
Au nom de Dieu le tout puissant le très miséricordieux
(...)
Je commence par émettre le souhait que les lecteurs de cette missive me viendront en aide et ne feindront pas de m’ignorer ; je suis lasse de l’indifférence.
J’ai dix-neuf ans, je suis la fille du prisonnier Mohammed Ben Ali Bel Hajj Amor Chnenaoui. Depuis que j’ai six ans, je suis privée de l’amour de mon père, de sa tendresse, de ses baisers sur mon front quand je suis malade, ou de pouvoir le serrer contre moi ; la loi m’a privée de cadeau quand je réussis aux examens, ou de réconciliation après la colère (...)
Ce qu’on appelle « loi » m’a empêché de profiter de mon père et de tout ce que vous, lecteurs-que vous soyez pères, mères ou encore des enfants-, vous pouvez éprouver : je n’ai jamais su ce que ressent l’enfant lorsque son père rentre avec un baiser ou un cadeau par lesquels il veut faire plaisir.
Je m’afflige sur moi-même, sur mon pays et sur cette loi qui ne m’a pas considérée avec compassions et sollicitude.
Mon âge est celui de la fleur épanouie, mais moi j’ai poussé au milieu des ronces qui m’ont blessée à chaque fois que j’ai voulu éclore, au lever du soleil et à son coucher, à chaque printemps.
La perte de mon père m’a énormément faite souffrir. Cela a fait de nous des enfants sans âge ; mes frères et moi ravalons notre amertume, regardons vers l’avenir où n’apparaît plus que le fantôme de mon père -et il nous semble qu’il ne reviendra jamais de captivité-, ou la peur du lendemain dont nous ne savons jamais quel nouveau souci il nous réserve.
Nous sommes devenus les orphelins d’un père qui n’est pas mort.
Nous endurons mille tourments ; nos curs dépités ressentent une tendresse violente envers notre père dont l’absence n’a que trop duré, que nous avons attendu et qui n’est pas revenu.
Je suis lasse d’attendre, les souffrances m’ont exténuée. Je ressens l’injustice et l’oppression blesser mon être et obérer mes pensées. (...)
Je vous supplie de m’aider et de donner un écho à mon cri. Je veux mon père et je veux la liberté, mes droits de jeune Tunisienne. Je revendique des droits pour mon père et l’application des droits de l’homme et je ne supporterai pas d’indifférence en retour.
Avec les remerciements et les chaleureux baisers
de « la prunelle des yeux... de son père »
De celle qui est fière d’être la fille de Mohammed Chnenaoui
Houda Chnenaoui
(traduction d’extraits, ni revue ni corrigée par l’auteure de la version originale, LT) |