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Appel au débat national

Nous sommes tous blessés ... Par la vie, par les autres, par nous-mêmes et surtout par ce qui se passe dans notre pays. Certains s’enferment dans leur souffrance intérieure. D’autres explosent en invectives. La douleur nous fait perdre la tête. On se met à s’en prendre à tous et au reste. On se trompe d’adversaire, on crie, on se débat dans sa propre colère en croyant débattre avec l’autre. Il n’y a qu’à lire ce qui s’écrit sur le net tunisien pour mesurer le degré de cette frustration nationale et généralisée.
Il est temps de se reprendre, de focaliser sur l’essentiel et de penser efficace.
Il nous faut sortir de la léthargie et du choc occasionnés par la pitoyable réussite de l’usurpateur le 24 octobre et le pitoyable échec des oppositions lors de cette même épreuve.
Les données du problème sont évidentes : Illégitimité du régime, illégalité de la société civile, appauvrissement, violence institutionnalisée, corruption généralisée, peur diffuse, misère psychologique et spirituelle, désertification intellectuelle.
Ce sont là les caractéristiques du pays en 2004 et c’est là le bilan de 17 ans du règne d’un homme indigne de sa charge.
Or le maintien de l’usurpateur au pouvoir pour des années encore ne peut qu’aggraver chaque jour un peu plus toutes ces crises et donc précipiter le pays dans l’inconnu.
Face à ce diagnostic sur lequel tout le monde s’accorde, la stratégie des acteurs pour faire face est maintenant bien arrêtée.
Pour L’usurpateur et son gouvernement occulte de maffieux et de ripoux (les ministres, députés et autres docteurs en droit n’étant que du vent et du paravent) la devise est : "j’ y suis, j’y reste ... et pour toujours".
L’homme et ses acolytes sont plus que jamais décidés à s’accrocher au pouvoir, à ne céder aucune réforme même la plus anodine, tout cela afin de garder le plus longtemps possible la clé du tiroir caisse et leurs crimes impunis.
Le peuple des sujets : sa devise est "wait and see". Il ne bougera probablement que pour la curée.
La jeunesse : la sienne est "silence on fuit".
Les gouvernements occidentaux : Ils continueront à appuyer la dictature que ce soit à la Chirac (sans vergogne et sans état d’âme) ou à la Bush (en renâclant et en exigeant platoniquement le ravalement de la façade).
Les oppositions : Elles ne veulent que garder leur patente, leurs locaux, leur permis d’exister, attendre les pseudo élections pour les "trois petits tours et puis s‘en vont".
Croyez le ou pas, ils parlent déjà de se mettre aux élections législatives (afin d’élargir les espaces de liberté, de s’entraîner, de tenir des meetings dans les régions, de faire connaître leur voix, de confondre le pouvoir etc.)
Les chefs, sous-chefs, proto-chefs et méta-chefs de ces oppositions : Ils sont fermement décidés à ne laisser aucune tête dépasser la leur, à empêcher toute figure nationale de rassembler large contre la dictature, même si cela devait faire durer le régime jusqu’à la fin des temps.

Ce sont là des données intangibles et incontournables. Cela ne sert à rien de les ignorer, de les insulter ou de s’en plaindre. Cela ne sert à rien d’ânonner que le régime n’a qu’à se réformer. Il est irréformable ...ou que les oppositions n’ont qu’à s’unir, elles ne s’uniront pas .....Ou pire : y’à qu’a s’entendre entre vous messieurs les chefs, y à qu’à faire ceci ou cela. En politique, comme dans la vie, on ne va pas loin avec le "yaquisme".

Il y a d’autres données tout aussi intangibles : l’hémorragie de légitimité et de crédibilité d’un homme usé et déconsidéré, les changements lents mais réels dans l’équation internationale, la guerre des clans , l’atmosphère putride de fin de règne , l’indignation profonde de tous devant les prétentions successorales de Madame, la haine du peuple des sujets pour le régime et le mépris du peuple des citoyens ... Le ras-le-bol généralisé.
Le fruit est plus mûr q’on le croit.

Voilà donc toutes les données objectives du problème en ce début de 2005.
Nous savons tous que le problème est d’une telle gravité qu’il n’accepte qu’une seule solution : la fin d’un régime illégitime et incompétent (sauf en matière de répression et de corruption) et la mise en place de l’État de droit.
Reste à savoir comment hâter une fin, de toutes les façons inéluctable, et empêcher la renaissance du même type de régime mais "lifté" lors d’un autre misérable 38 octobre.
Résumons-nous :
Comment rassembler le peuple des citoyens de tendance islamistes ou laïques, éparpillés dans tous les partis illégaux ou autorisés, présents dans tous les échelons de l’administration, voire même de la police, pour initier des actions concrètes qui amèneront progressivement le pays à une solution à la Géorgienne ?
C’est de cela qu’il faut que le pays débatte, le reste n’étant que cris et chuchotements sans intérêt et sans lendemain.

Moncef Marzouki
28-12-2004

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