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L’Etat libanais s’est mobilisé pour assurer une participation massive, plus de 100.000 personnes, à une manifestation mardi à Beyrouth à l’appel des partis pro-syriens contre la résolution 1559 du Conseil de sécurité, qui appelle implicitement à la fin de l’ingérence syrienne au Liban. Pour les organisateurs, il s’agit de montrer au monde occidental que la majorité des Libanais est opposée à cette résolution, qui réclame de façon implicite la non-ingérence de la Syrie dans les affaires intérieures du Liban, ainsi que le démantèlement du Hezbollah chiite soutenu par Damas. Des portraits géants des présidents libanais Emile Lahoud et syrien Bachar al-Assad, poings levés, trônent dans le centre de Beyrouth, où doivent se rassembler les manifestants venus de toutes les régions du pays. "Allah est le plus grand, Bachar et Lahoud ont un destin commun", lancent des haut-parleurs. Bien que n’étant pas officiellement partie prenante dans cette manifestation, les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens pour lui donner le plus d’impact possible. Plusieurs milliers de soldats et de policiers ont été mobilisés pour assurer son bon déroulement et canaliser l’arrivée des manifestants. De nombreuses écoles et commerces ont fermé pour la circonstance et une forte proportion de fonctionnaires ne se sont pas rendus à leur travail. Avant le défilé, Beyrouth offrait l’aspect d’une ville déserte. Pour accéder à la capitale, "3.000 autobus ont été loués" par les organisateurs, la branche libanaise du parti Baas au pouvoir en Syrie, a indiqué le vice-président de l’Union syndicale des conducteurs de transports publics Marwan Fayad. La manifestation sera "couverte" du ciel par deux hélicoptères de l’armée libanaise, a indiqué à l’AFP un responsable de la direction de l’information de l’armée. A Beyrouth, des voitures du mouvement chiite Amal, dirigé par le président du parlement Nabih Berri, ont circulé durant la nuit, invitant les habitants à descendre dans la rue. Au Liban sud, le Hezbollah, un des fers de lance de la manifestation, a également appelé à "une participation massive". Dans le massif du Akkar (nord), frontalier avec la Syrie, un important cortège de voitures s’étirant sur 5 km, se dirigeait vers Beyrouth, a constaté un correspondant de l’AFP. Le déplacement, auquel participent tous les députés de cette région déshéritée, est financé par les municipalités, les partis et les associations de la région. Mais à Tripoli, capitale du Liban nord et ville natale du Premier ministre pro-syrien Omar Karamé, la participation paraissait faible. Un millier de personnes se trouvaient en début d’après-midi sur les lieux de rassemblement. Les régions chrétiennes du Liban nord, fief du ministre de l’Intérieur Soleiman Frangié, proche de la Syrie, n’étaient quasiment pas mobilisées. M. Karamé avait lui-même annoncé il y a une semaine cette manifestation, mais celle-ci risque d’approfondir les divisions interlibanaises, ont estimé des observateurs. Dans un geste d’apaisement et pour assurer que la manifestation n’est pas dirigée contre les chrétiens, une délégation du Hezbollah s’est entretenue lundi avec le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, hostile à la tutelle syrienne. "Nous voulons signifier aux Américains, qui sont à l’origine de la résolution 1559, notre désaccord avec ce texte car il va à l’encontre de l’intérêt du Liban", a déclaré le député du Hezbollah Mohammad Raad après l’entretien. "Nous sommes contre toutes les ingérences extérieures, mais les organisateurs de cette manifestation utilisent le sentiment d’opposition à la résolution de l’Onu pour transformer la démocratie libanaise en une autocratie, à l’instar des régimes arabes qui nous entourent", a déclaré pour sa part à l’AFP l’opposant musulman sunnite Sinane Barrage.
Agence Fance-Presse Beyrouth - 30 - 11 - 2004 |