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 Je, soussignée, Radhia Nasraoui, avocate à Tunis, informe l’opinion publique de ce qui suit : J’ai été empêchée dans l’après midi du 25 décembre 2004, et ce, pour la cinquième fois consécutive au cours des derniers mois, de rendre visite à mon client, monsieur Sayfallah Ben Hassine, arrêté dans le cadre d’une série d’affaires à caractère politique. L’administration de la prison de Tunis avait prétexté, l’avant dernière fois où j’avais voulu lui rendre visite, qu’il avait été transféré à la prison de Mornag (à une vingtaine de kilomètres de Tunis). Lorsque j’ai voulu lui rendre visite dans cette prison ce samedi après que le doyen des avocats aît pris contact avec l’administration générale des prisons, et qu’il lui avait été assuré qu’il n’y avait aucun obstacle à ce que je puisse voir mon client, ce samedi donc, j’ai dû attendre une heure pour que le directeur m’informe qu’il était impossible de le rencontrer " en dehors des horaires administratifs". Or il est notoire que les avocats ont l’habitude de rendre visite à leurs clients dans toutes les prisons de Tunisie le samedi après-midi, et ce depuis que la profession d’avocat existe dans ce pays ! En réalité, l’interdiction de rencontrer mon client n’a d’autre objectif que : 1) Dissimuler ses conditions inhumaines de détention. Il est depuis son arrestation en isolement total. Et sa famille m’a informée que sa situation avait empiré depuis son transfert à Mornag le vendredi 17 décembre dernier. Il a été placé dans un cachot individuel, humide, sale, infesté d’insectes, le lit étant à même le sol. On l’a empêché de le nettoyer. Il n’a pas droit aux journaux mis à la disposition des prisonniers. Il est de même privé de télévision, de courrier et de livres. Il n’a pas accès aux soins requis par son état de santé qui se dégrade, et ce, au moment même où les autorités ont prétendu, à l’occasion de leur réponse au rapport de l’ALTT (Association de Lutte contre la Torture en Tunisie) paru le 10 décembre 2004, que les conditions d’incarcération dans les prisons tunisiennes étaient "ordinaires" et "conformes aux critères internationaux" 2) Lui rendre impossible de réfuter les accusations portées contre lui. Il a été arrêté en Turquie au cours de l’année 2003, accusé d’appartenir à une organisation terroriste. Il a subi une torture sauvage sans que les autorités tunisiennes n’interviennent pour le protéger en tant que citoyen tunisien. Comme les autorités turques n’ont pu maintenir aucune accusation contre lui, elles l’ont livré aux autorités tunisiennes qui l’ont maltraité à leur tour, ont bafoué tous ses droits et alourdi son passif par une série d’affaires que ne vient étayer aucune preuve sérieuse. 3) Les autorités tunisiennes tentent d’exploiter la dite "lutte antiterroriste internationale" conduite par les Etats-Unis, pour être partie prenante ce cette campagne avec "efficacité", afin d’acheter le silence des pays occidentaux sur leurs violations incessantes des droits des Tunisiens, sous la pancarte de la "résistance au terrorisme". Je dénonce tout ce qu’a subi mon client en termes de violations de ses droits élémentaires. J’exige la levée de toutes les restrictions faites à mon droit à lui rendre visite, et à son droit de détenu à se défendre pour établir son innocence, à son droit à des conditions de détention décentes, conformes aux critères internationaux. Quant à moi, je me réserve le droit, en tant que son avocate, d’utiliser tous les moyens prévus par la législation internationale pour faire traduire en justice les autorités tunisiennes pour leur violation ouverte des droits de mon client.
Tunis, 26 - 12 - 2004 Radhia Nasraoui
(traduction ni revue ni corrigée par l’auteure de la version originale, LT) |