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Le siège du journal islamiste Attajdid a été le théâtre, samedi à Rabat, de deux manifestations simultanées, l’une solidaire de ce quotidien et l’autre dénonçant sa présentation du tsunami asiatique comme une "punition divine" face au tourisme sexuel. Un article d’Attajdid, daté du 6 janvier, avait également vu dans les raz-de-marée géants un "avertissement" divin adressé au Maroc, accusé lui aussi d’accueillir des "touristes sexuels" et des "réseaux de prostitution". Les sympathisants du journal islamiste, environ 2.000 personnes dont de nombreuses femmes portant le foulard islamique, faisaient barrage devant l’entrée du journal, face à une mosquée. Ils brandissaient des pancartes et scandaient des slogans dénonçant le "terrorisme intellectuel" et les "courants éradicateurs", accusés de vouloir "baillonner les islamistes". "Attajdid ne doit pas être condamné pour l’article d’un journaliste qui a seulement exprimé son opinion personnelle sur le tsunami", dit à l’AFP Aïcha Moujahid, militante qu Mouvement islamiste unification et réforme (MUR), qui édite Attajdid. "Et puis, ne vit-on pas dans un pays musulman, n’y a-t-il pas un Dieu libre de ses actes dans cet univers", s’est demandé Mme Moujahid en allusion à l’article qui avait vu dans le tsunami une vengeance de Dieu. Quelques dizaines de mètres plus loin, une deuxième manifestation rassemblait les opposants, venus dénoncer la position du journal Attajdid. Organisée par le collectif "Démocratie et modernité", elle n’a rassemblé que quelques centaines de personnes. Aucun incident n’a été signalé. "L’explication donnée par Attajdid au tsunami menace le tourisme au Maroc, qui n’est pas sexuel. C’est du tourisme pour vivre", a déclaré à l’AFP Nouzha Loubnani, membre de la Ligue démocratique pour les droits de la femme (LDDF). "Nous sommes tous des musulmans, et nous nous solidarisons avec toutes les victimes des catastrophes naturelles aussi bien en Asie que dans la région d’Al Hoceïma (nord-est)", a déclaré à l’AFP Abdelilah Omari, un habitant d’Al Hoceïma, région du nord marocain frappée par un violent séisme qui avait fait plus de 600 morts le 24 février 2004. "Les sinistrés d’Al Hoceïma condamnent tout propos intégriste contre les victimes des catastrophes naturelles", peut-on lire sur une grande banderole en français et en alphabet tifinagh (berbère). "Démocratie et modernité" a distribué un communiqué dans lequel il "s’insurge contre l’utilisation obscurantiste de la religion pour terroriser et culpabiliser les Marocains". Pour l’Association de lutte contre la haine et le racismeindépendante), l’article incriminé "ne fait que confirmer que l’intégrisme est le père naturel du terrorisme". Elle dénonce "un discours qui, sous couvert de morale, cache l’inquisition et la haine de l’autre".
Agence France Presse 29 - 01 - 2005 |