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Les auditions publiques de victimes de violations des droits de l’Homme pendant les "années de plomb" au Maroc constituent un "événement sans précédent" dans le royaume et dans le monde arabe, estime l’organisation Amnesty international, dans un communiqué parvenu mercredi à Rabat. Ces témoignages qui ont débuté le 21 décembre sous les auspices de l’Instance Equité et réconciliation (IER, officiel) ont permis au "grand public d’entendre les récits des survivants et des proches des victimes", note le bureau d’Amnesty au Maroc, en affirmant "soutenir l’action de l’IER". Amnesty, dont une délégation a visité le Maroc - et le Sahara occidental - du 5 au 21 janvier, estime toutefois que "si l’on veut que le respect du droit soient entièrement rétabli (...) d’autres étapes sont nécessaires notamment celle de traduire en justice les auteurs de violations dans le cadre d’un système judiciaire réformé". "Dans une région (Maghreb) où les représentants des pouvoirs publics ont tendance à nier purement et simplement toute violation des droits humains et où les responsables ne sont généralement pas inquiétés, l’Instance Equité et réconciliation (IER) constitue une initiative courageuse et audacieuse", a souligné Claudio Cordone, directeur général d’Amnesty, cité par le communiqué. Cette instance "peut jouer un rôle crucial en matière de règne de la justice au Maroc", estime-t-il. Après les premiers témoignages radio-télévisés de Rabat en décembre, l’IER prévoit d’organiser le 29 janvier dans la ville de Figuig (sud-est) une seconde série d’auditions pour une dizaine d’autres victimes de violations commises entre 1956 et 1999. Amnesty note par ailleurs que le ministère marocain de la Justice assure avoir effectué des enquêtes sur des cas de torture récentes dénoncés au Maroc, mais regrette que ces investigations n’aient concerné que "quelques-uns des dizaines de cas ou de mauvais traitements présumés signalés dans le cadre des centaines d’arrestations" opérées en 2002 et 2003. Quelque deux mille islamistes ont été arrêtés dans le cadre des enquêtes lancées après les attentats terroristes du 16 mai à Casablanca qui ont fait 45 morts et des dizaines de blessés. A propos du Sahara occidental - objet d’un conflit de souveraineté entre le Maroc et le front Polisario - Amnesty a estimé que "l’actuel climat d’ouverture (au Maroc, ndrl) ne s’étend pas à la question des droits et des libertés" dans cette ancienne colonie espagnole annexée par Rabat en 1975. "Lors de la visite d’Amnesty international, les autorités marocaines ont refusé d’autoriser un groupe de défenseurs des droits humaine de ce territoire contesté d’engager une procédure en vue de faire reconnaître leur association", a déploré Amnesty.
Agence France Presse 26 - 01 - 2005 |