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Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
33 rue Mokhtar Atya, Tunis
Tel : 71 25 66 47 , fax : 71 35 49 84
aispptunisie@yahoo.fr
Président d’honneur : le doyen Mohammed Chakroun
Alors que les femmes sont à l’honneur le 13 août, fête nationale de la femme, des femmes tunisiennes vivent enchaînées par les services de la Sûreté, qui les ont privées de leurs droits élémentaires.
L’AISPP adresse ses compliments aux femmes tunisiennes à l’occasion de la fête de la femme et présentera chaque jour à l’opinion publique un tableau des tragédies vécues par de nombreuses femmes, par le biais des lettres et des témoignages reçus par l’association. Elle lance un appel à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens libres : Oeuvrez à mettre un terme à leur calvaire et à travers elles, à celui de leurs familles et de leurs enfants.
Témoignage de Madame Halima Ben Jilani Jelassi, âgée de 63 ans, mère du prisonnier Nabil El Ouaer
Halima nous raconte qu’elle a milité depuis l’âge de quinze ans, qu’elle a participé à la bataille de Bizerte, qu’elle a été de tous les événements, en tant que scoute, sous la direction de Zakia Moussa, présidente de l’Union Féminine de Bellevue, et avec beaucoup de militantes et de militants. Peu en sont revenus. Les autres ont succombé sous le feu du colonialisme français.
Elle raconte comment elle a enlevé les barrières dressées par le colonisateur pour empêcher les militants de rentrer à l’Ariana, comment elle a été arrêtée au poste de cette ville. Elle a également participé à l’incendie du tramway lors de ce fameux épisode. Depuis elle souffre d’une invalidité permanente du bras dûe aux coups assénés au poste de police français de l’Ariana.
Elle poursuit : « Je me suis consacrée à ma patrie plus que l’Algérienne Jamila Bouhired », et elle ajoute : « La Tunisie d’alors n’existe plus. Je n’ai rien eu en retour parce que je ne voulais rien. Je ne veux que lutter pour la Tunisie (...) Mon fils Nabil El Ouaer a été arrêté alors qu’il avait dix-huit ans. J’en suis arrivée à ne vivre que pour les visites, ces visites qui m’ont fait sillonner le pays d’El Hawareb à Mehdia, Monastir, Grombalia, le 9 avril, et maintenant la prison de Bizerte ».
Elle dit : « Le directeur d’un des prisons, Fayçal Rommani, a cassé la main de Nabil il y a quatre ans. J’ai porté plainte au tribunal de Bizerte et lors de l’enquête, Nabil a subi des pressions pour qu’il ne maintienne pas sa plainte contre Fayçal Rommani, sinon ce serait sa sur, qui l’avait rédigée, qui serait l’objet de tracasseries et d e poursuites. Aujourd’hui, Fayçal Rommani, est le directeur de la prison où est enfermé mon fils, et il lui fait subir par vengeance et impunément toutes sortes de pressions : mise au cachot, coups, insultes. Il faut savoir aussi que mon fils est atteint de troubles néphrétiques et oculaires. Moi, je dis à Fayçal Rommani : Votre mère ne vous avait pas encore mis au monde que je luttais déjà pour que vous puissiez profiter des richesses de votre pays ». Elle ajoute avec amertume : « J’aurais voulu ne pas vivre cette époque : dire qu’avant l’indépendance je voulais vivre pour voir exister une police tunisienne ! Dire que j’ai vécu tout cela pour voir le Tunisien éprouver de la rancur envers un compatriote,et pas de pitié ! »
« Mon fils a vieilli loin de moi. J’ai passé douze ans comme une morte-vivante. Je porte un deuil permanent. J’attends le moment de la visite dans le vide de la patience, parce que je ne vis que pour la visite. »
« Je me sens inhibée et déchue physiquement et je m’attends à ce que mon fils Nabil quitte la prison handicapé lui aussi, et je crains même de ne plus le revoir et l’étreindre. J’ai peur de ne jamais le revoir ailleurs que derrière les fils de fer, les barrières, avec la police qui oblige une femme de mon âge à se découvrir la tête »
« Ma fille Boutheïna est mariée depuis sept ans. Son mari vit à l’étranger. Ma fille n’a pu avoir de passeport pour rejoindre son mari qu’au bout de deux ans, mais là, on l’a empêchée de quitter le pays. Ils lui ont dit au poste d’El Ouardia : Tu est une El Ouaer et tu comptes voyager ! Son mari l’a laissée et il est parti. Il revient tous les ans. Ce n’est que dernièrement, après qu’elle ait mis au monde ses deux enfants qu’elle a été autorisée à sortir pour le rejoindre »
(traduction d’extraits, ni revue ni corrigée par l’auteure de la version originale, LT) |