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"Et un de plus prêt à voter", se félicite Anam El-Jabali, une des bénévoles de la mosquée Bridgeview dans la banlieue de Chicago (Etats-Unis), qui vient de convaincre un fidèle de s’inscrire sur les listes électorales pour l’élection américaine du 2 novembre. "Il est Palestinien, il vit ici depuis 40 ans et n’a jamais voté, mais cette fois il va enfin le faire", explique Anam. Avec d’autres bénévoles, cette Américano-Palestinienne participe aux campagnes organisées par les mosquées depuis deux mois pour encourager l’inscription sur les listes électorales. Elle est particulièrement contente de sa nouvelle recrue, un homme d’un certain âge. "Les personnes âgées sont les plus dures à convaincre elles vivent ici depuis longtemps, paient des impôts mais ne s’inscrivent pas pour voter car elles sont sans illusion. Elles préfèrent adopter un profil bas et être ainsi à l’abri de tous problèmes", explique-t-elle. Les événements des quatre dernières années, notamment la guerre en Irak et la position américaine dans le conflit du Proche-Orient, ont renforcé la prudence des quelque 6 millions de musulmans américains. Mais si la politique étrangère américaine a pu accentuer les tendances isolationnistes de certains, elle en a encouragé d’autres à se sentir davantage responsables et à s’inscrire sur les listes électorales, expliquent les experts. "Nous intensifions notre action sur le terrain pour augmenter le nombre d’électeurs et peu à peu nos efforts sont en train d’être payants", estime Rabiah Ahmed, une porte-parole de CAIR, le Conseil sur les relations américano-islamiques. Les sondages montrent que l’inquiétude principale de la communauté musulmane aux Etats-Unis concerne les droits civiques. Les musulmans sont très préoccupés par la multiplication de cas de détention notamment chez les jeunes et par les soupçons qui pèsent sur les organismes caritatifs, souvent soupçonnés de fournir de l’argent aux terroristes. Au cours des dernières semaines, des informations ont circulé sur un probable renforcement des mesures de surveillance par le FBI aux alentours des mosquées. La communauté craint aussi une multiplication des interpellations au hasard. "La communauté est effrayée et déprimée, nous voulons vivre comme nous avions l’habitude de vivre, nous voulons être à l’aise et non pas craintif", explique Joy Shaffea, une fidèle de la mosquée Bridgeview. Mme Shaffea prévoit de voter pour le candidat démocrate John Kerry avec l’espoir que cela changera le ton général du discours sur les Arabes et sur la guerre contre le terrorisme. "J’espère que Kerry ne me décevra pas et nommera des personnes qui vont parler de manière intelligente", a-t-elle ajouté. "Il faut arrêter de généraliser, de diaboliser les Arabes, et cesser d’utiliser certains des termes stupides qu’on entend". Un sondage publié cette semaine par CAIR montre que plus du quart des Américains ont une opinion caricaturale, globalement négative des musulmans : 26% sont d’accord avec des déclarations du type "la religion musulmane enseigne la violence et la haine", 29% avec "les musulmans enseignent la haine des non croyants à leurs enfants", et 27% croient que "les musulmans accordent moins de valeur à la vie que d’autres peuples". Pour l’instant, les responsables de la communauté musulmane américaine n’ont pas pris position publiquement pour l’un des deux candidats. "Dans une élection aussi serrée, le vote des musulmans dans les États indécis comme la Floride, le Michigan, l’Ohio et la Pennsylvanie pourra faire la différence", estime Zahid Bukhari, chercheur de l’université de Georgetown.
Agence France-Presse Tunis - 06 - 10 - 2004 |