|

Un rapport rendu public mercredi à Washington par "l’Iraq survey group" (ISG) divulgue une liste d’entreprises et d’individus, issus de plusieurs dizaines de pays, qui auraient bénéficié de largesses du gouvernement de Saddam Hussein sous la forme de "coupons" pétroliers pouvant être convertis en argent liquide. Ce document établi par Charles Duelfer, conseiller de la CIA et ancien inspecteur de l’Onu en Irak, reprend d’anciennes accusations publiées en janvier dernier par un journal de Bagdad et pointe particulièrement le rôle de la France et de la Russie. A Paris, le Quai d’Orsay a invité à la prudence sur cette liste publiée dans le cadre d’un rapport de l’ISG sur les armes non conventionnelles de l’Irak. "Il importera de s’assurer très précisement de la véracité de ces informations dans la mesure où nous comprenons que ces accusations contre des entreprises et des individus n’ont été vérifiées ni auprès des intéressés ni avec les autorités des pays concernés", a déclaré un porte-parole. Interrogé à ce sujet, l’Elysée n’a pas souhaité faire de commentaire. L’ISG, parrainé par les Etats-Unis, est composé d’inspecteurs américains, anglais et australiens ayant repris les travaux précédemment effectués par des équipes des Nations unies - Commission spéciale de l’Onu (juin 1991-décembre 1998) et Commission de contrôle, de vérification et d’inspection (Unmovic, novembre 2002-mars 2003). La liste, établie à partir de 13 listes secrètes qu’auraient détenus de hauts responsables irakiens comme le ministre du Pétrole, énumère les contrats passés légalement auprès de compagnies pétrolières, mais s’avère être aussi un "who’s who" des entreprises, des partis politiques et des personnalités dont le régime irakien recherchait les faveurs dans ses efforts pour contourner les sanctions commerciales des Nations unies, imposées après l’invasion du Koweït en août 1990. Tous les noms des entreprises et personnalités américaines et britanniques, soupçonnées d’avoir bénéficié de largesses ou non, ont été supprimés de la liste.
"Histoire à dormir debout"
Le seul nom d’un responsable de l’Onu figurant sur la liste est Benon Sevan, directeur du Bureau du programme Irak (programme humanitaire onusien), qui a été accusé d’avoir reçu un "coupon" de barils de pétrole, mais a démenti à plusieurs reprises. Parmi les bénéficiaires présumés de tels "coupons" pétroliers figurent la présidente indonésienne Megawati Sukarnoputri, l’ancien ministre de l’Intérieur français Charles Pasqua, l’ultranationaliste russe Vladimir Jirinovski et sa formation, le Parti libéral-démocrate, les services de la présidence russe, le ministère russe des Affaires étrangères, le Parti socialiste d’Ukraine, le fils du président libanais Emile Lahoud et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Nombre d’autres personnes ou entreprises figurent sur la liste. "Saddam approuvait personnellement les noms de bénéficiaires des coupons. Il apportait toutes les modifications qu’il voulait à la liste, ajoutant ou supprimant des noms selon sa volonté", lit-on dans le rapport. En France, Charles Pasqua avait déjà vivement démenti en janvier avoir reçu "quoi que ce soit" de Saddam Hussein. "Il vaudrait mieux regarder dans la liste de ceux qui ont toujours été des soutiens de Saddam Hussein et qui lui ont régulièrement rendu visite, ce qui n’est pas mon cas", avait-il déclaré. Un autre ancien ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe, aujourd’hui membre du conseil constitutionnel, a démenti avoir bénéficié de telles largesses. "Je démens totalement, c’est absurde, c’est une histoire à dormir debout", a-t-il déclaré jeudi à Reuters.
Reuters - Nations Unies 07 - 10 - 2004 |