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Dans le cas de régimes despotiques, tel celui de la Tunisie de Ben Ali, aucun ressortissant d’un tel pays, sauf un opposant que son prestige international protège, n’écrirait jamais dans un journal sans y être autorisé par ses autorités. Règle générale, seuls les points de vue officiels peuvent s’exprimer dans le contexte tunisien. Toute initiative est tenue suspecte, et les Tunisiens vivant à Québec sont aussi surveillés que s’ils étaient à Tunis. Je n’ai rien contre les points de vue officiels... à la condition qu’ils s’affichent comme tels, car le lecteur a le droit de savoir qui s’adresse à lui. Toutefois, la lettre de M. Kaffel (1) (publiée dans LE SOLEIL du 27 septembre 2004) et son style épousent les contours du discours officiel tunisien. Sa rhétorique unanimiste et son ton allusif qui se développent sur le mode de " tout-le-monde-sait de quoi je parle ", me rappellent le conte d’Anderson sur les habits de l’Empereur. Seuls les simples d’esprit auront l’impression que l’Empereur est tout nu, disait le tailleur de l’Empereur... jusqu’à ce qu’un enfant ose dire à voix haute ce que tous pensaient tout bas.
Lise Garon, professeure Présidente du Groupe d’études politiques sur l’Afrique du Nord contemporaine Le Soleil (Québec) Carrefour des lecteurs - Opinions, p. A17 Lundi 18 octobre 2004
Un prétendu "ouragan" dans le ciel québécois
J’aimerais réagir à la publication de l’article "Candidat virtuel pour une élection artificielle " publié dans LE SOLEIL du 11 septembre 2004.
Qui aurait prédit que l’on brisera la tradition pour la désignation des ouragans ? La règle est pourtant claire, le premier ouragan de l’année prend la lettre A, le deuxième la lettre B et ainsi de suite, tout en prenant le soin d’instaurer démocratiquement une alternance sur les genres masculin et féminin. Alors que nous sommes dans la lettre I pour Ivan, voilà qu’un prétendu ouragan portant la lettre A pour Ahmed s’infiltre dans le ciel québécois les soirées des 9 et 10 septembre 2004, juxtaposant à la seconde près l’ouragan Frances, pour nous faire part de son vent. Se livrant systématiquement à un discours négatif et partisan, maître Chebbi, secrétaire général du Parti progressiste démocrate (PDP), n’a pas convaincu. Ses récusations envers les performances politico-socio-économiques tunisiennes ont profondément choqué toute la communauté tunisienne. Armé d’un discours bien rudimentaire, qu’il a tenté de combiner avec de bien apparentes ruses d’avocats, l’orateur a jonglé avec des chiffres imaginaires au vu et au su des institutions internationales reconnues. À titre d’exemple, Ahmed Nejib Chebbi, avance, sans fondement, que la pauvreté toucherait, selon lui, 25 % de la population tunisienne. En d’autres termes, il affirme que sur les 10 millions de Tunisiens, pas moins de 2,5 millions de personnes vivent avec moins de 2 $ par jour ! Étonnant, vu que dans son rapport de 2003, l’Organisation de coopération et de développement économique, l’OCDE, rapporte que la Tunisie a connu une croissance moyenne annuelle de l’ordre de 5 % au cours des 10 dernières années qui s’est traduite par une baisse substantielle de la pauvreté, laquelle ne représente plus que 4,2 % de la population ( !). Les experts de l’OCDE précisent par ailleurs qu’il existe un certain consensus des bailleurs de fonds pour reconnaître que, s’appliquant à un phénomène complexe, la définition de la pauvreté ne peut se limiter uniquement au revenu (pauvreté monétaire) et que la lutte contre la pauvreté doit prendre en compte les questions sociales, institutionnelles et politiques. C’est exactement dans cette perspective que le président Ben Ali prit la décision, le 8 décembre 1992, de créer le Fonds de solidarité nationale. Ce fonds a permis de désenclaver les populations des zones d’ombre leur permettant d’accéder, au même titre que leurs concitoyens, à leur droit naturel à une vie meilleure fondée sur la dignité et le bien-être. Le négativisme de la compagne de propagande de Ahmed Nejib Chebbi n’a pas suffi à camoufler l’inexistence de véritable programme électoral de son parti, le PDP. Sa stratégie reposait sur un discours extrêmement touffu marqué par un fatalisme qui n’est pas dans la nature des Tunisiens connus pour leur intelligence et pour leur esprit d’entreprise. Le prétendu candidat a essayé de semer la confusion dans l’esprit de son auditoire en vagabondant dans tous les sens sur des sujets politico-socio-éonomiques, usant de fausses vérités, pour renforcer son package gratuit. Ahmed Nejib Chebbi se cherchait un auditoire canado-tunisien pouvant aider son infiltration sur un terrain canadien confirmé très libre. Ses airs instables n’ont pas suffi à perturber les convictions des citoyens tunisiens qui formaient l’essentiel de l’auditoire, lesquels n’ont pas mâché leurs critiques envers ce prétendu candidat. Pour terminer, et malgré tous les efforts déployés par notre prétendu ouragan, celui-ci n’a pas vraiment tourné rond. Bien instruit, l’auditoire composé d’intellectuels, d’économistes et de scientifiques ne lui a pas fourni cette énergie dont a besoin un ouragan qu’est la force de Coriolis pour aller à ses fins, ratant ainsi l’occasion de rester aux larges des côtes ou simplement de bifurquer ailleurs.
Kaffel, Hedi L’auteur est président de l’Association des scientifiques tunisiens de l’Université Laval Opinions - Commentaire, p. A19 Le Soleil (Québec) lundi 27 septembre 2004
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