TUNeZINE.com et reveiltunisien.org ont voulu s’unir aujourd’hui pour un numéro spécial, commun, sur le thème de l’indépendance.
Chacun des e-mag publie la moitié de ce numéro spécial, renvoyant pour la lecture des autres articles à l’autre site. Vous retrouverez donc sur chaque site l’ensemble des titres, dont certains sont publié in extenso, les autres pointant vers l’autre e-mag.
Nous proposons ci-après en édito un texte composé des contributions de plusieurs personnes. Non signées, elles se fondent en un texte unique, comme une sonate à mille mains anonymes.
Nous invitons les lecteurs à ajouter anonymement leurs contributions à ce texte sur le forum.
Sonate à mille mains
L’indépendance c’est faire la queue, mais il y a un videur et il laisse entrer personne.
L’indépendance c’est pouvoir voler de mes propres ailes et si je tombe dans les roseraies Je relève la tête, et je re-décolle, c’est ça être fan de liberté.
L’indépendance c’est la fille naturelle du Courage et de la Liberté ; pourquoi ses petits-enfants sont-ils aujourd’hui les rejetons adultérins du Mépris et de la Dictature.
L’indépendance, c’est choisir d’être avec les autres.
L’indépendance c’est un rêve presque accompli brisé contre les murs du cauchemard de la dictature.
L’indépendance c’est la dépendance à la liberté.
L’indépendance c’est quand le jour se lève sur nos terres, et que le fermier est écouté, et le laitier et la bergère et l’employé des PTT.
L’indépendance c’est pouvoir commander un plat de moules-frites et ne pas les manger.
L’indépendance c’était la quête du Graal : une Liberté et une Fierté retrouvée. Mais la Toison d’Or a été volée, pour s’en aller couvrir la mégalomanie et les perversions d’un vieillard cacochyme puis les basses oeuvres d’un pandore obtus et musclé.
L’indépendance c’est l’Espérance de 99,99% d’un peuple pour un Avenir meilleur : un espoir confisqué par 0,001% de gredins et de flibustiers.
L’indépendance c’est être nu sur les prairies, sans chaines, sans peurs, sans pleurs sans cris, sans un tyran qui nous tord le cou et nous sourit.
L’indépendance en Tunisie c’est comme une vierge qui fait l’amour avec l’homme de sa vie mais la société s’obstine a la recoudre.
L’indépendance c’était le rêve de nombreuses générations tunisiennes. Elle a été pervertie, une première fois, le 8 novembre 1959 quand Habib Bourguiba se fit élire à plus de 99% des voix. Depuis cette date, la "perversion" ne s’est jamais arrêtée. Dommage !
L’indépendance, c’est l’amour de la responsabilité.
L’indépendance c’était le sang, la sueur et les larmes de nos parents ; que laissons-nous à nos enfants, toujours du sang, de la sueur et des larmes.
L’indépendance c’est quand on voit s’qu’on voit, pis qu’on entend c’qu’on entend, ben on a raison d’penser c’qu’on pense.
L’indépendance c’est comme un paquet de "20 Mars", dès la première bouffée, on est dépendant.
L’indépendance est un doux leurre dans lequel nous nous complaisons depuis près d’un demi-siècle et que nous croyions arraché, dans la douleur, à ceux qui s’étaient imposés en tuteurs d’un peuple prétendu mineur, pas encore mûr à l’autodétermination. Dans la ferme tunisienne, des paons qui se pavanent ont pris la place des tuteurs, parlant et décidant au nom d’un peuple qui rechigne encore à se prendre en main. Et l’un des paons danse...
Car l’indépendance, c’est aussi une musique, souvent belle, qui a bercé mon enfance, qui chantait les louanges du leader suprême, paix à son âme, mais qu’on n’entend guère plus depuis plus de seize ans. C’est "Habibi ya moujahed", c’est "Ya najmana assati3", c’est "Ya h’bib tounès ya aaziz aalina"... et, bien entendu, la plus fameuse chanson des "derbakjia" d’alors : "Ya sayyed las’yed".
Car l’indépendance, c’est Bourguiba l’intellectuel, Bourguiba l’avocat, Bourguiba le fin stratège, Bourguiba le politicien chevronné, Bourguiba au grand cur mais aussi Bourguiba l’autocrate, Bourguiba le rancunier, Bourguiba sans pitié, Bourguiba déraciné... Bref, Bourguiba, l’homme, celui qui a fait rater à la Tunisie une occasion qui ne s’est jamais renouvelée d’en faire un exemple de démocratie. Dieu lui pardonne.
L’indépendance c’est que de morts et de martyrs en Ton nom ; Continuer leur combat c’est simplement faire justice à leur calvaire et honorer leurs Mémoires.
L’indépendance, c’est des électeurs souverains sans lesquels la souveraineté de la nation n’est qu’une mystification de celui qui doit la garantir : le chef de l’état.
PS : Sur ce même thème de l’indépendance, nous signalons l’excellent texte de chamseddine, qu’il publie sur son site : http://www.kitab.nl/articlejour.html