|
 La plupart des médias européens ont en Irak un dispositif minimal, se contentant le plus souvent d’envoyés spéciaux pour de courtes périodes, notamment pour la converture des élections du 30 janvier. Jusqu’à présent, à part la France et l’Italie, les gouvernements n’ont pas donné de consigne -ou de conseil- sur l’envoi de journalistes en Irak. Vendredi dernier, évoquant la disparition de la journaliste du quotidien Libération Florence Aubenas, le président français Jacques Chirac avait déconseillé "formellement l’envoi de journalistes" en Irak. Lundi, le ministère italien des Affaires étrangères a déconseillé aux journalistes nationaux de se rendre en Irak, parlant de "risques gravissimes" et de conditions de sécurité "très critiques", particulièrement au moment des élections. Toutefois, la Rai, la télévision publique, les chaines privées et les principaux quotidiens nationaux ont des correspondants en Irak. Les journalistes italiens sont essentiellement présents à Bagdad et à Nassiriyah (sud), où le gouvernement a déployé un contingent d’environ 3.000 militaires. En France, plusieurs rédactions, qui s’apprêtaient à y envoyer des journalistes pour couvrir les élections du 30 janvier, disent désormais réfléchir. Certaines comptent couvrir l’Irak depuis Amman. Beaucoup soulignent que dans la capitale irakienne les journalistes peuvent difficilement quitter leur chambre d’hôtel sans prendre de gros risques. A Londres, les patrons de presse ont amenagé/allégé leur dispositif depuis l’enlèvement et la mort de Margaret Hassan en octobre dernier. The Independent envoie en Irak ses correspondants les plus expérimentés, qui ont consigne de faire profil bas. Les journalistes du Times ne circulent jamais seuls, utilisent en permance des talkie-walkies et parlent en code pour décider de leurs itinéraires. Stephen Farrell, du Times, qui s’est fait pousser la barbe, juge que si les sunnites voulaient la mort des journalistes, "nous aurions tous été enlevés et tués depuis des mois. Et la seule raison pour laquelle nous pouvons travailler c’est parce qu’ils veulent bien que nous travaillions". Les médias d’Etat polonais (radio et télévision publiques et agence PAP) disposent d’un studio permanent installé au QG de la force polonaise à Diwaniyah (au sud de Bagdad). Les télévisions, publique TVP et privée TVN, comptent envoyer des spéciaux pour couvrir les élections. La presse russe a dans sa quasi totalité choisi de faire l’impasse sur la couverture sur le terrain. Les trois agences Interfax, Itar-Tass et Ria Novosti n’envoient personne en Irak pour les élections mais trois grandes chaînes de télévision nationale enverront des équipes. Les grands journaux turcs envoient ponctuellement des journalistes pour des événements susceptibles d’intéresser la Turquie, comme la situation à Kirkouk. Les chaînes d’information emploient des locaux, notamment des turcomans. Aucun média grec n’a de correspondant permanent en Irak, pour des raisons avant tout financières. Les deux premières télés privées Méga et Antenna, la télé publique NET et les grands quotidiens envoient ponctuellement des envoyés spéciaux, le plus souvent à Bagdad, et entendent continuer à le faire. Les principaux médias espagnols hésitent à mobiliser des envoyés spéciaux pour des raisons de sécurité. Le quotidien El Pais a une envoyée spéciale qui travaille depuis Amman et son concurrent El Mundo devrait en avoir un pour les élections. En Allemagne, la correspondante de la chaîne télévisée ProSiebenSat1 et de N24 a quitté Bagdad en novembre car c’était devenu trop risqué. Il reste un correspondant du magazine Stern, qui parle couramment arabe et s’est laissé pousser la barbe. Les envoyés spéciaux de la deuxième télévision publique allemande (ZDF) ne quittent pas Bagdad sans autorisation du redacteur en chef et tournent par vacations de deux à trois semaines. Le quotidien Sueddeutsche Zeitung a déplacé "depuis longtemps" son correspondant à Bagdad vers Oman et Dubaï. Der Spiegel couvre l’Irak depuis le Caire. Aux Pays Bas, le quotidien néerlandais "de référence" NRC Handelsblad va couvrir les élections avec des envoyés spéciaux qui n’iront cependant pas à Bagdad. Du côté de la Belgique, la télévision publique RTBF n’envoie pas de journalistes à Badgad, "pour des raisons de sécurité". En revanche, le quotidien Le Soir à toujours une correspondante dans la capitale irakienne.
Agence France Presse 11 - 01 - 2005
Mme Alliot-Marie déconseille à son tour aux journalistes de se rendre en Irak
Le ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie a appelé les journalistes à une "très grande vigilance" dans leur travail sur les théâtres de crise, leur déconseillant, à nouveau, de se rendre en Irak où "le contexte est particulièrement difficile", lors de ses voeux à la presse mardi. "Je sais le dilemme entre la nécessité de donner une information la plus complète et la plus objective possible (...) mais vous comprendrez qu’il est aussi de ma responsabilité d’appeler à la plus grande prudence et de déconseiller les voyages en Irak", a déclaré la ministre. Le président Jacques Chirac de même que le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avaient lancé une mise en garde similaire lors de leurs voeux aux représentants des médias vendredi et lundi. En revanche, le chef du parti socialiste, premier parti d’opposition, François Hollande, a estimé mardi que la présence de la presse en Irak "relève d’abord du choix des rédactions elles-mêmes et ne peut obéir à des recommandations politiques". "L’absence de témoignages, c’est ce que veulent souvent les protagonistes d’un conflit", a-t-il dit, citant la proximité des élections prévues en Irak qui ont besoin "d’observateurs pour en vérifier le déroulement". Pour Mme Alliot-Marie, "il est essentiel que nos liens soient des liens de qualité, parce que votre protection et votre sécurité sont si nécessaires pour vous permettre d’exercer votre métier (...) Vous êtes de plus en plus la cible d’attaque et la cible d’enlèvement", en rappelant "qu’on est aujourd’hui sans nouvelles de Florence Aubenas". La journaliste du quotidien français Libération, qui travaille en Irak, n’a pas donné de ses nouvelles depuis la semaine dernière. "Ce contexte oblige à une très grande vigilance de votre part", a ajouté la ministre, qui a, une nouvelle fois, félicité "les agents de la DGSE" (direction générale pour la sécurité extérieure, relevant de la Défense) pour leur rôle dans la libération fin décembre des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, après quatre mois de captivité en Irak.
Agence France Presse 11 - 01 - 2005
L’Italie déconseille à ses journalistes de se rendre en Irak
Le ministère italien des Affaires étrangères a déconseillé lundi aux journalistes nationaux de se rendre en Irak en raison des risques dans ce pays où les conditions de sécurité demeurent "très critiques". "Les conditions de sécurité demeurent très critiques et graves, elles sont telles qu’elles déconseillent tout voyage en Irak et elles ne vont pas s’améliorer d’ici les élections" prévues pour le 30 janvier, a déclaré à la presse le chef du service de presse du ministère, Pasquale Terracciano. "La couverture journalistique sur le terrain des prochaines élections comporte des risques gravissimes et les journalistes qui souhaiteraient visiter des bureaux de vote dans le pays s’exposeraient à un danger particulier", a ajouté le responsable. M. Terracciano a affirmé que Rome faisait sienne "la position du président Chirac" qui a déclaré vendredi que les autorités françaises "déconseillent formellement" l’envoi de journalistes en Irak, au lendemain de l’annonce de la disparition de l’envoyée spéciale du quotidien Libération, Florence Aubenas. Selon M. Terracciano, les journalistes et éventuels observateurs internationaux pourraient être des cibles faciles pour tous ceux qui s’opposent, pour diverses raisons, à la tenue des élections en Irak. "Il est vrai que l’exigence de vérifier la légalité du processus électoral existe, comme cela se fait dans les pays démocratiques, mais nous n’avons pas de préoccupation particulière concernant ce problème, nous ne croyons pas à un risque de fraude électorale", a-t-il dit. La Rai, la télévision publique, les chaines privées et les principaux quotidiens nationaux ont des correspondants en Irak. Les journalistes italiens sont essentiellement présents à Bagdad et à Nassiriyah, dans le sud du pays, où le gouvernement a déployé un contingent d’environ 3.000 militaires.
Agence France Presse 10 - 01 - 2005
Hollande : présence presse en Irak "ne peut obéir à recommandations politiques"
François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, a déclaré, mardi, que "la présence de la presse en Irak est posée" mais qu’elle "relève d’abord du choix des rédactions elles-mêmes et ne peut obéir à des recommandations politiques". S’exprimant au cours des voeux à la presse, M. Hollande a assuré "partager l’inquiétude sur le sort de Florence Aubenas", journaliste de Libération disparue en Irak depuis six jours. "Tout doit être mis en oeuvre pour la retrouver ainsi que son interprète", a-t-il ajouté. Mais, a averti le numéro 1 du PS, "l’absence de témoignage, c’est ce que veulent souvent les protagonistes d’un conflit", citant la proximité des élections prévues en Irak qui ont besoin "d’observateurs pour en vérifier le déroulement". Lors des voeux à la presse, vendredi dernier, Jacques Chirac avait "formellement déconseillé" l’envoi de journalistes en Irak, affirmant que c’était "une question de responsabilité".
Agence France Presse 11 - 01 - 2005
Disparition Aubenas : le PS justifie la présence de journalistes en Irak
La porte-parole du PS Annick Lepetit a pris le contrepied du président Jacques Chirac et justifié la présence en Irak de journalistes français, qui font "leur métier", en commentant lundi la disparition dans ce pays de l’envoyée spéciale de Libération, Florence Aubenas. Au cours du point de presse hebdomadaire du parti, la porte-parole a voulu "dire l’espoir et la hâte" du PS que soit "retrouvée la journaliste de Libération qui est partie en Irak pour faire son travail, dans des conditions certes extrêmement difficiles". Mme Lepetit a "relevé un paradoxe" dans les propos de Jacques Chirac qui, dans ses voeux à la presse vendredi dernier, avait "déconseillé formellement", selon son expression, aux rédactions d’envoyer des journalistes en Irak, estimant qu’il y avait "une limite, la mise en cause de la vie des gens". "S’il estime que les journalistes ne doivent pas aller en Irak parce que c’est beaucoup trop dangereux, comment peut-il prétendre que les élections (législatives) doivent se dérouler le 30 janvier en toute transparence et en toute démocratie" et en même temps accepter qu’il n’y ait "plus personne pour observer ces élections", s’est demandé la porte-parole, en affirmant que c’est "le métier des journalistes d’observer et de témoigner".
Agence France Presse 10 - 01 - 2005 |