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 Confronté à des difficultés financières, le quotidien français Libération, fondé il y a 31 ans par le philosophe Jean-Paul Sartre et le militant maoïste Serge July, a sauvegardé son indépendance tout en faisant entrer dans son capital 20 millions d’euros apportés par un grand nom du capitalisme mondial, Edouard de Rothschild. La négociation entre le fils du baron Guy et la direction du journal de gauche, issu du mouvement radical de mai 1968 pour combattre le système capitaliste, a été approuvée jeudi soir par la majorité du personnel invité à se prononcer lors d’un vote à bulletin secret. Le personnel était pourtant très divisé. Les journalistes et les administratifs favorables au projet et plus nombreux l’ont emporté face aux ouvriers de fabrication qui ont gardé l’esprit contestataire des origines et voté contre. "C’est la fin de l’aventure singulière du journal. Une nouvelle ère s’ouvre", estimait jeudi soir un journaliste. Plutôt connu pour ses amitiés à droite et sa passion pour les chevaux, Edouard de Rothschild, 47 ans, a accepté de limiter à 40% ses droits de vote au Conseil d’administration et à ne pas intervenir sur le contenu éditorial du journal. Peu connu du public, il s’est fait un prénom avec cette offre sur le quotidien de gauche d’audience nationale. Son objectif déclaré est de constituer un groupe de presse dont Libération sera le "socle". "C’est une nouvelle aventure, un nouveau défi très passionnant", a commenté l’homme d’affaires, qui reste président du Conseil de surveillance de la Banque Rothschild et de France Galop, organisatrice des courses de galop dans le pays. L’équipe rédactionnelle conservera une minorité de blocage (33,34% des droits de vote) et le directeur Serge July, 62 ans, restera en place jusqu’en Pour l’avenir du journal, Edouard de Rothschild s’est dit "très ouvert" et désireux de rencontrer rapidement la rédaction pour en discuter. Parmi les projets immédiats, il a cité la baisse du prix de vente et la mise en place de partenariats avec d’autre supports médias. Libération, comme toute la presse quotidienne française, connaît des difficultés financières liées à une baisse de lectorat et des recettes publicitaires même si le quotidien a maintenu au cours des années un niveau honorable de diffusion. Il est passé de 20.000 exemplaires en 1973 à 150.000 aujourd’hui après avoir atteint environ 170.000 en 2000 et changé plusieurs fois de peau, confronté à plusieurs reprises à de graves problèmes financiers. Original à ses débuts par son mode de gestion (égalité pour tout le personnel, deux niveaux de salaire), un relatif égalitarisme a été maintenu dans la rédaction qui a créé la Société civile des personnels de Libération, aujourd’hui premier actionnaire très jaloux de son indépendance. Une Assemblée générale extraordinaire des actionnaires est prévue lundi, suivie d’un Conseil d’administration le 31 janvier qui entérinera l’offre.
Agence France Presse 21 - 01 - 2005 |