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Deux juges d’instruction antiterroristes vont enquêter sur l’éventuelle existence en France d’une filière chargée d’envoyer des combattants islamistes en Irak. Sur la base d’un rapport de la Direction de la surveillance du territoire (DST), le parquet a ouvert une information judiciaire contre "X" pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". La justice française a déjà démontré que des réseaux islamistes avaient recruté en France au début des années 1990 des militants intégristes, qui étaient ensuite endoctrinés à Londres et envoyés en Afghanistan, via le Pakistan, pour suivre un entraînement militaire. Plus récemment, la justice a découvert l’existence d’un recrutement de militants envoyés en Tchétchénie, via la Géorgie. Les juges d’instruction Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard, chargés de la procédure sur la "filière irakienne", partent de faits a priori plus ténus. Aucun combattant français n’a été arrêté à ce jour en Irak. La police française enquête sur le cas d’un militant de la guérilla tué en juillet à Falloudja. Il pourrait être français, mais rien n’est prouvé. Plusieurs éléments laissent cependant penser qu’une "filière irakienne" est en train de se constituer en France, et plus largement en Europe, depuis l’invasion de l’Irak par les forces américano-britanniques en 2003.
Transit par la Syrie
L’enquête sur Rabeï Osman Sayed, dit "Mohamed l’Égyptien", cerveau présumé des attentats du 11 mars 2004 à Madrid, arrêté en juin en Italie, semble indiquer qu’il avait entrepris de recruter des volontaires en Italie, en Belgique et en France pour les envoyer en Irak. Par ailleurs, la Syrie accueille depuis longtemps de jeunes musulmans français attirés par les études coraniques et le mouvement semble s’être accéléré depuis 2003. La justice n’exclut pas l’hypothèse d’un "transit" par la Syrie de combattants intégristes recrutés en France. Un document de la police antiterroriste italienne cité mercredi par Le Figaro fait état de départs d’islamistes tunisiens de Marseille pour l’Irak en 2002. L’un d’entre eux serait mort dans un attentat-suicide en septembre 2003. La Syrie a d’ailleurs extradé le 17 juin vers la France Saïd Arif, un Algérien soupçonné de recruter des combattants pour la Tchétchénie et qui aurait été en contact avec Abou Moussab al Zarkaoui, dont le groupe a revendiqué cette semaine l’assassinat de deux otages américains en Irak. Ce dossier irakien pourrait relancer une autre procédure où, en juin dernier, la brigade criminelle a arrêté un imam intégriste et quatre fidèles d’une salle de prière de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Les policiers ont découvert que l’un des suspects avait reçu le 11 juin sur son téléphone portable un SMS d’Irak annonçant : "Le groupe est bien arrivé, je vous contacterai si j’ai besoin d’aide". Les cinq personnes ont été libérées sans être mises en examen par le juge Philippe Coirre, mais le parquet a fait appel de cette décision et le dossier sera revu prochainement par la chambre de l’instruction. L’existence éventuelle d’une "filière irakienne" est un sujet sensible pour la France, qui s’est opposée à la guerre en Irak. En novembre, Paris avait démenti un article du New York Times faisant état de la présence de combattants islamistes français à Bagdad.
© Reuters Paris, 22 septembre 2004 |