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Grrrrrrrr...il fait froid ! Il fait froid partout, à Paris et à Tunis. Mais ce n’est pas le même froid dans les deux villes. A Paris, il suffit de se couvrir pour se préserver du froid. A Tunis bien que fourré dans la plus épaisse des fausses fourrures achetées en solde à Paris l’année dernière, ou emmitouflé dans les plis d’un burnous de poils de chameau hérité du père et qu’il avait fait fabriquer à Kairouan par un artisan aujourd’hui disparu, on a toujours froid...au dos !
On a froid au dos, parce que d’abord, on a peur du voisin RCDiste contraint qui devrait faire bonne figure en dénonçant à ses chefs, notre soupir excédé de l’agent à barbe hirsute de la Municipalité qui, sèchement te dit de revenir le lendemain, voire la semaine prochaine pour reprendre ton extrait de naissance, ta copie certifiée conforme ou une signature légalisée apposée sur un document que l’autre administration t’exige pour en constituer un dossier quelconque qui ne finit jamais d’être constitué !
On a froid au dos quand un flic t’arrête sur l’autoroute pour te demander un paquet de cigarettes, alors que tu ne fumes pas, comme prime pour t’avoir « pardonné » ton excès de vitesse qu’il avait estimé et décidé ainsi alors que tu roules dans ta vieille guimbarde du siècle dernier ou de ta petite voiture du peuple, acquise à crédit grâce à la magnanimité de « sanaa ettahouel elmoubarek ».
On a froid au dos quand, repartant justement vers Paris, étant de « nos oummèlna bil kharj » tu te vois insulté « rabbek » par un blanc bec d’officier de douane à 3 étoiles parce que tu ramènes par nostalgie en France des bottes de carottes nouvelles tunisiennes, des navets, 5 kg de dattes de la saison et deux kg de felfel beldi à ta femme nostalgique restée avec les 4 enfants dans son appartement de HLM dans une banlieue parisienne.
On a froid au dos quand un autre douanier te demande de lui donner les 10 dinars tunisiens que tu as conservé sur toi pour payer éventuellement un taxi en revenant la prochaine fois dans ton bled, afin dit-il de « itlhè bik wa saadek » la prochaine fois.
On a froid au dos, justement, quand à la prochaine fois que tu penses rentrer à Tunis, ta voiture chargée de pacotilles et d’objets glanés dans les rues de Paris avant qu’ils soient jetés dans les bennes à ordure, soit fouillée « minutieusement » par les douaniers zélés, à moins que tu disposes d’Euros sonnants et trébuchants pour leur en distribuer en étrennes.
Bref, on a froid au dos parce qu’on a peur de demain...quand on sera encore retourné avec les enfants au mois d’Août pour les vacances, malgré la danse « fezzani mertah » de deux femmes recrutées pour l’occasion de Abdallah Guèch et d’un Mzawdi ventru de Mellassine.
A Tunis, même au mois de Juillet et Août , c’est fou ce qu’on a froid...au dos !
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