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Intervention de Mr Abdelhamid AMINE (AMDH) au Forum Social

Intervention de Mr Abdelhamid AMINE

Président de l’Association Marocaine des Droits Humains au Forum Social Méditerranéen

1. Je tiens tout d’abord à saluer l’initiative d’organiser ce premier forum méditerranéen ici à Barcelone et à féliciter tous ceux et toutes celles qui ont travaillé depuis plus de 2 ans pour nous permettre, nous militants et militantes de la société civile, de nous rencontrer pour réfléchir ensemble sur l’état des lieux dans notre région caractérisée par le bafouement général des Droits Humains et pour nous concerter sur les moyens d’atteindre l’objectif fixé dans le mot d’ordre central de ce Forum : « la Méditerranée une mer de droits »

Je suis personnellement, en tant que défenseur des Droits Humains, satisfait du choix de ce mot d’ordre qui accorde une importance primordiale à la lutte pour les Droits Humains dans leurs acception Universelle et qui regroupent les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, mais aussi les droits collectifs et les droits individuels, les droits des nations, des peuples, des ethnies, de l’ensemble des êtres humains comme ceux chaque personne.

Œuvrer pour une Méditerranée de droits, c’est lutter pour la démocratie globale - politique, économique, sociale et culturelle - puisque les droits humains dans leur indivisibilité recouvrent l’ensemble de ces aspects. La démocratie n’est pas seulement la volonté populaire en œuvre dans tous les domaines de la vie, mais c’est aussi l’égalité de tous et de toutes, c’est la solidarité qui met fin à toutes les misères et qui fait du problème de chacun(e) la préoccupation de tous(tes) et de l’intérêt général la préoccupation de chacun(e).

Œuvrer pour une Méditerranée de Droits c’est lutter pour la paix, c’est proclamer haut et fort le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination (conformément à l’article 1er des deux pactes internationaux relatifs aux Droits Civils et Politiques et aux Droits Economiques Sociaux et Culturels) et qui est bien sûr incompatible avec toute domination impérialiste, toute occupation par la force d’un pays par les forces armées d’un autre pays et toute domination d’une ethnie ou d’une culture sur une autre. C’est aussi se débarrasser de toutes les bases militaires étrangères à la région, de toutes les armes de destruction massive présentes dans la région.

Œuvrer pour une Méditerranée de Droits, c’est veiller à sauvegarder et à mettre en place un environnement sain, avec des déserts en recul, des forêts en expansion, une eau non polluée et saine, une atmosphère respirable, des terres cultivables saines et productives, des denrées alimentaires saines et hygiéniques.

Œuvrer pour une Méditerranée de Droits c’est lutter pour l’égalité totale et dans tous les domaines entre l’homme et la femme conformément à la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. C’est en finir une fois pour toutes avec les violences contre les femmes.

Œuvrer pour une Méditerranée de Droits c’est lutter pour que la liberté de pensée, de croyance et de religion soit admise par tous, dans un système laïc bénéfique pour toutes les croyances, que la tolérance soit une valeur commune.

Bref, œuvrer pour une Méditerranée de Droits, c’est placer la dignité humaine au dessus de tout, c’est se mettre à l’œuvre pour que nos enfants et nos jeunes puissent vivre demain dans un monde de liberté, de fraternité et de solidarité, un monde où tous les droits humains sont respectés pour tous et pour toutes.

2. Ceci dit, qu’en est-il de nos jours de la situation des Droits Humains en Méditerranée ?

Il serait difficile, long et fastidieux de dresser un panorama complet sur la situation. Je me contenterai d’évoquer brièvement ce que je crois être l’essentiel ; pour ceux qui veulent en savoir plus qu’ils se reportent en particulier au rapport d’Amnesty International pour l’année 2005 où ils trouveront bon nombre d’éléments sur les Droits civils et politiques en particulier.

3. Je commencerai par un Droit Collectif Fondamental, le Droit à l’autodétermination des peuples qui est bafoué et violé de plusieurs manières :

a) Bafoué par la colonisation sioniste de la Palestine occupée depuis des décennies en dépit de la légalité internationale.

Avec cette occupation il y a tout le flux des violations graves subies par les palestiniens : la mort au quotidien, vécue comme des exécutions extrajudiciaires, la destruction des maisons, des terres, des arbres, des infrastructures et des équipements, l’expulsion du pays avec comme conséquences des millions de réfugiés privés du droit au retour, l’emprisonnement de milliers de palestiniens, l’augmentation du chômage, de la pauvreté et la dégradation des conditions de vie et de santé.

Et puis il y a ce fameux mur de l’apartheid déclaré illégal par la Cour de Justice Internationale de la Haye qui a préconisé son démantèlement, lequel mur n’est pas seulement un empiétement sur les territoires reconnus internationalement comme faisant partie de la Palestine, mais constitue une réelle entrave à la liberté de circulation et à la liberté des palestiniens de vaquer à leurs activités et à leur travail.

b) Le droit à l’autodétermination est également bafoué par l’impérialisme américain non seulement par son soutien inconditionnel au colonialisme sioniste mais par sa guerre illégale et injuste contre l’Irak et l’occupation de ce pays qui dure depuis plus de deux ans avec son lot de massacres quotidiens des populations civiles (le chiffre de 100000 a été avancé), de détenus dans différentes prisons dont la plus célèbre restera Abou Ghraib avec ses tortures macabres qui sont restées quasi impunies puisqu’on a limité la responsabilité aux tortionnaires directs sans remonter la chaîne qui pourrait amener au Ministre américain de la défense lui-même.

Le même impérialisme américain continue d’élargir sa présence militaire dans la région par le renforcement de sa flotte dans la Méditerranée, de ses bases militaires régionales et par ses manœuvres conjointes avec les pays "amis" de la région.

c) Le droit à l’autodétermination est bafoué sur le plan économique cette fois par les mécanismes de la mondialisation néolibérale et ses instruments internationaux (FMI, BM, OMC, OCDE, G8) et par les accords d’association et de libre échange conclus entre UE et USA d’une part et les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée d’autre part et qui rendent l’économie de ces pays plus fragile, plus dépendante, plus tournée vers les marchés extérieurs que vers la satisfaction des besoins internes.

d) le droit à l’autodétermination des peuples est bafoué aussi par les régimes antidémocratiques qui sévissent dans le Sud et l’Est de la Méditerranée : Régimes absolutistes, qu’ils soient monarchistes ou républicains, n’hésitant pas à recourir à la religion pour asseoir leur légitimité et à manipuler les élections pour avoir des parlements dociles ; ces régimes ont apprivoisé la justice - une justice dépendante, dépravée et peu compétente - qui souvent joue le rôle d’auxiliaire des instruments de la répression en validant leurs agissements et leurs recommandations. Ces régimes ont érigé les violations graves (enlèvements des opposants, arrestations arbitraires, tortures, exécutions extrajudiciaires, tueries massives lors des protestations populaires, procès inéquitables, impunité des responsables des violations, exil forcé, bafouement des libertés publiques, mépris des droits humains de la femme) en système de gouvernement afin que les peuples ne puissent agir en toute souveraineté et choisir leur destin.

Bon nombre de ces régimes n’ont pas hésité non plus à encourager l’intégrisme islamique et à l’utiliser pour affaiblir les forces démocratiques (Maroc, Egypte, Algérie,...) ; tous les moyens étaient bons pour entraver le développement de la démocratie.

Certains d’entre eux n’hésitent pas à faire perdurer l’Etat d’Urgence (Egypte, Syrie,...) pour avoir la main libre contre les opposants.

e) J’aurais pu aussi parler du droit à l’autodétermination des peuples de la rive Nord de la Méditerranée y compris les grands pays comme l’Espagne, la France, ou l’Italie qui devient relative du fait de leur intégration à l’OTAN, dans un ensemble supranational l’UE et du fait surtout des transnationales dont le fonctionnement dans chaque pays s’autonomise par rapport aux contraintes juridiques et économiques locales.

4) Violations des droits économiques, sociaux et culturels.

Une fois n’est pas coutume, je commencerai mon bref panorama des violations des DH dans la région méditerranéenne par les violations des droits économiques sociaux et culturels, tout simplement parce que ce sont celles qui se sont le plus élargies et approfondies, dans des dimensions variables d’un pays à l’autre, et surtout entre le Sud et l’Est d’une part et le Nord d’autre part.

a) Je commencerai par essayer de rappeler les causes de cette dégradation

• Pour l’ensemble des pays de la région il y a la mondialisation du libéralisme sauvage qui aboutit à la précarisation, à la flexibilité de l’emploi et des salaires, aux contraintes exercées sur le mouvement syndical, à la diminution du rôle social de l’Etat. Tout ceci favorise dans des proportions diverses le chômage, la pauvreté et l’exclusion.

• Pour les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée il y’a d’abord le régime économique dominant (capitalisme dépendant conjugué avec les tares des passe-droits et des privilèges indus offerts aux notables civils et militaires) ; Il y a en parallèle les accords d’association et de libre échange qui renforcent l’intégration au marché mondial en position de faiblesse et de subordination. Il y a ensuite les contraintes (privatisations, désengagement économique et social de l’Etat) des programmes d’ajustement structurel imposés par la BM et FMI et les contraintes de la dette extérieure qui absorbent les maigres épargnes des pays. Pour ces mêmes pays il y a les crimes économiques restés impunis : dilapidation des biens publics, corruption, gabegie, privilèges indus, placement de l’argent pillé dans les banques étrangères... il ne faut pas oublier les dépenses militaires pour des armées pléthoriques et qui absorbent des parts très importantes du budget de l’Etat et du PIB.

b) Quelles sont les principales manifestations des violations des droits économiques et sociaux ?

• Il y’a d’abord le droit à un travail stable qui est bafoué par le chômage et les multiples formes de précarité du travail.

Le chômage touche de manière cruelle non seulement les travailleurs non instruits ou d’instruction moyenne, mais aussi les détenteurs des diplômes supérieurs et même de doctorats.

• En parallèle avec le chômage il y a l’émigration clandestine organisée par des mafias spécialisées et qui entraîne des centaines de morts en Méditerranée ; et même quand ils échappent au naufrage ils sont souvent arrêtés et parqués dans des conditions inhumaines avant d’être remis au pays d’origine sans prendre en considération les risques pour leur sécurité quand ils sont, pour certains, demandeurs d’asile ; quand ils arrivent à traverser les filets des garde-côtes et de la police ils tombent souvent dans les filets de la surexploitation, de la précarité et de la misère. S’agissant de l’émigration vers l’Europe, une tendance nouvelle se dessine, elle concerne l’émigration des africains du Sud du Sahara qui après avoir traversé des milliers de KM pour arriver à la côte Sud de la Méditerranée soit au Maroc, en Tunisie ou en Libye sont parqués dans des conditions inhumaines et révoltantes ; c’est le cas au Maroc du camp Belounech près de la ville de Ceuta sous domination espagnole où sont parqués plusieurs centaines d’africains Sud sahariens, hommes, femmes, et enfants. Peut-on accepter cette politique de criminalisation de l’émigration et d’un droit humain fondamental, le droit à la libre circulation ? peut-on accepter que les pays du Sud de la Méditerranée se transforment en gendarmes empêchant des êtres humains d’aller vers l’Europe alors que les capitaux, les marchandises et les entrepreneurs et touristes en provenance du Nord circulent librement ?

• S’agissant de l’émigration déjà installée dans les pays du Nord de la Méditerranée, elle vit dans des conditions difficiles et précaires tant qu’elle n’est pas régularisée ; dans tous les cas et même en situation régulière elle vit dans des conditions difficiles par rapport aux citoyens européens et subit souvent les affres de la discrimination et du racisme : c’est le cas pour les ressortissants des pays arabo - musulmans, des africains des Roms (Tziganes)

• Les droits des travailleurs subissent de plein fouet les conséquences du néolibéralisme. Dans les pays du Sud de la Méditerranée en particulier, de nouveaux codes du travail ont remplacé les anciennes législations du travail ayant pour objectif de légaliser la flexibilité de l’emploi et des salaires, de marginaliser le rôle et la place du syndicat dans l’entreprise et même de permettre à peu de frais de trangresser l’application de la loi. Tout ceci a entraîné plus de précarité et une diminution du niveau de vie des travailleurs.

• La pauvreté dans les pays du Sud de la Méditerranée (mais aussi et dans une moindre mesure dans les pays du Nord) est une négation du droit à une vie digne établi par le PIDESC ; comme manifestations de cette pauvreté c’est la malnutrition ou la sous-nutrition, ce sont les logements inappropriés (souvent même les bidons villes comme au Maroc), le droit à la santé qui n’est assuré qu’a une minorité, le faible niveau de couverture par la sécurité sociale, la non généralisation de l’enseignement - même primaire - le travail des enfants et leur exploitation sexuelle, l’augmentation de la mendicité, de la prostitution des femmes, l’incapacité de faire face aux problèmes des handicapés, l’augmentation de la criminalité sans compter l’exploitation de cette situation par les courants politiques intégristes qui embrigadent les masses des pauvres pour promouvoir leur projet de société rétrograde hostile à la notion même de droits humains..

• Je n’ai pas évoqué la question du droit à un environnement sain ; là encore la situation se dégrade surtout dans les pays du Sud où la désertification s’élargit parallèlement à la déforestation ; l’eau, aussi bien des rivières que de la mer que souterraine est de plus en plus polluée ainsi d’ailleurs que la terre et l’atmosphère environnante ; très peu de ressources sont réservées à la préservation de l’environnement.

d) S’agissant des Droits culturels notons tout d’abord que le taux d’analphabétisme reste trop élevé dans certains pays du Sud de la Méditerranée ; il atteint 50% environ au Maroc pour les populations ayant plus de 15 ans.

Quand aux droits culturels et linguistiques des Kurdes, des Amazighs et autres populations ayant des spécificités culturelles, ils continuent à être marginalisés. Je citerai le cas des droits culturels et linguistiques Amazighs au Maroc ; malgré l’initiative du pouvoir de créer l’institut Royal de la Culture Amazigh, il n’a toujours pas accédé à la revendication consistant à reconnaître constitutionnellement la langue amazigh et à lui donner sa place véritable au niveau en particulier de l’enseignement et des médias officiels.

5) Violations des droits de la femme.

La situation des droits des femmes varie considérablement quand on passe des pays du Nord aux pays du Sud et de l’est de la Méditerranée.

Dans le Nord, l’égalité juridique est reconnue même si dans la pratique on est loin de l’égalité effective et qu’il y a encore des violations graves contre beaucoup de femmes résidant dans ces pays (en particulier des femmes en provenance du Sud) ; on citera notamment le cas de la traite des femmes qui s’amplifie surtout dans les pays des Balkans.

Mais c’est dans les pays du Sud et de l’est que la situation des femmes est catastrophique.

D’abord tous ces pays ont ratifié la convention sur les femmes avec d’importantes réserves, ensuite aucun (sauf la Libye !) n’a signé le protocole facultatif à la convention sur les femmes.

Au niveau des lois, on notera que tous les codes de la famille (appelé parfois code du statut personnel) sont fortement empreints des dispositions de la Charia Islamique bien souvent inégalitaires, que ce soit au niveau du mariage, du divorce, de la vie familiale, de la relation avec les enfants, de l’héritage ou de la possibilité d’avoir jusqu’a quatre épouses.

Notons que sur le plan juridique il n y a pas encore dans les codes de la famille de dispositions permettant à la femme mariée à un étranger de donner sa nationalité à ses enfants, de même le système législatif existant - sauf exceptions - ne permet pas de protéger la femme contre le harcèlement sexuel et contre la violence au sein de la famille ou émanant de la société.

Il semble que le code tunisien de la famille soit le plus avancé ; l’année dernière le Maroc a adopté un nouveau code de la famille qui a fait couler beaucoup d’encre. En fait s’il est plus avancé que l’ancien code - bien rétrograde il est vrai - il est encore loin de satisfaire aux dispositions de la convention sur les femmes et même du PIDCP qui lui, a été ratifié sans réserve par le Maroc. En outre même les dispositions relativement positives du code de la famille sont difficilement appliquées du fait des juges qui sont en bonne partie soit incompétents soit conservateurs.

Dans la pratique on trouvera les manifestations de l’inégalité homme femme à tous les niveaux de la vie politique (parlement, gouvernement, partis politiques, syndicats) économique (la propriété, chefs d’entreprises, salariés,...) administrative, culturelle.

Notons enfin que dans ces pays la justice se montre tolérante avec les hommes qui tuent des femmes (épouse ou sœur par exemple) dans le cadre de crimes dits d’honneur.

6) Passons maintenant aux violations graves liées à la répression politique.

Les violations graves liées à la répression politique sont surtout le fait des pays du Sud et de l’Est et de la Méditerranée. Signalons toutefois que la Turquie aussi et surtout les pays des Balkans (ex-Yougoslavie, et Albanie) ont connu aussi ce type de violations en liaison avec la guerre dans cette région qui nécessitent un développement particulier.

Je traiterai ici des violations graves dans le Sud et l’Est : du Maroc à la Syrie tous ces pays ont connu et continuent à connaître ce type de violations.

a) S’agissant du Droit à la Vie notons tout d’abord qu’aucun des pays concernés n’a aboli la peine de mort et les tribunaux continuent régulièrement à prononcer un tel verdict ; il y a quelques pays qui ont gelé son application mais pour la plupart elle est encore exécutoire.

Le droit à la vie est violé également dans le cadre des tueries exécutées par Israël contre les palestiniens (700 tués en 2004 dont 150 enfants), par le pouvoir syrien contre les Kurdes, en Algérie.

b) Malgré la ratification par les pays concernés de la convention contre la torture, celle-ci continue à être pratiquée dans tous les pays et dans la plupart des cas les prisonniers jugés dans le cadre d’une affaire à caractère politique se sont plaints de la torture et des mauvais traitements ; des personnes continuent à mourir suite à la torture.

c) Le phénomène de la disparition forcée reste de règle dans la plupart des pays concernés ; c’est l’Algérie qui semble-t- il bat le record dans ce domaine puisque plusieurs milliers de personnes ont été enlevées depuis 1992. le pouvoir algérien souhaiterait prononcer une amnistie générale dont profiteraient les responsables des enlèvements et des tortures, mais les défenseurs des DH s’opposent à l’impunité dans ce domaine.

d) Le phénomène des arrestations arbitraires continue à sévir dans les pays du Sud et de l’est, les procès qui s’en suivent sont souvent inéquitables : tribunaux populaires en Libye, Haute Cour de Sûreté de l’Etat en Egypte, Cour Centrale Pénale Irakienne pour juger Saddam Hussein et les ex-dirigeants irakiens, Cour de Sûreté de l’Etat en Jordanie, Tribunal Spécial pour les crimes terroristes au Maroc. Quand aux jugements ils sont soit iniques, soit disproportionnés avec les faits incriminés. En Syrie par exemple, il y a une loi qui permet de prononcer la peine capitale pour appartenance au mouvement politique des frères musulmans.

e) L’impunité est de règle quand il s’agit des crimes commis par les agents de l’Etat : arrestations arbitraires, enlèvement, torture ; dans très peu de cas des responsables des violations graves ont été poursuivis et jugés conformément à la loi.

f) L’expérience marocaine dans le domaine de violations graves : depuis janvier 2004 le Roi du Maroc a mis en place une Instance Equité et Réconciliation pour traiter le problème des violations graves qu’a connus le pays depuis l’indépendance en 1956 jusqu’à 1999 année du décès de Hassan II et de l’intronisation de Mohammed VI. Cette instance s’occupe de deux types de violations, les arrestations arbitraires et les disparitions forcées. Elle s’est interdite de poursuivre les responsables des violations graves et même de les identifier. Notre association, tout en considérant qu’il était positif de réouvrir même partiellement le dossier des violations graves a estimé que le processus avait beaucoup d’insuffisances et que de toute façon le dossier des violations graves restera ouvert même après la fin des travaux de l’Instance Equité et Réconciliation.

7) La situation des libertés publiques dans la région Méditerranéenne connaît une grande différence entre les pays du Nord et ceux du Sud et de l’Est de la Méditerranée.

Qu’il s’agisse de la liberté de réunion, de rassemblement, de manifestation pacifique, de la liberté d’opinion, de pensée, de croyance, d’__expression ou de presse, de la liberté d’association ou d’organisation, il y a une grande différence dans ce domaine entre les deux rives ; et si généralement ces libertés sont respectées au Nord, au Sud et à l’Est, leur exercice peut conduire encore en prison ou faire l’objet d’autres formes de répression.

Je ne m’étalerai pas longtemps sur ce sujet ; je rappellerai simplement qu’en Libye on ne peut pas créer un parti politique, que des journalistes sont emprisonnés en Algérie (cas de Mohammed Benchiko du journal Le Matin) ou poursuivis (Maroc) ; que des partis politiques ou des associations ne peuvent travailler en toute légalité au Maroc ou ailleurs, que des manifestations sont interdites et réprimées partout, et notamment en Egypte et en Syrie ; bref il est utile de rappeler que beaucoup de prisonniers sont encore détenus pour avoir osé pratiquer ces libertés publiques.

8) j’en viens maintenant au terrorisme et à la « guerre contre le terrorisme » et son impact sur les Droits Humains.

Je commencerai par noter que le terrorisme est encore mal défini, ce qui d’ailleurs fait le jeu des tenants de « la guerre contre le terrorisme » qui peuvent en profiter pour combattre tous leurs adversaires en brandissant le mot d’ordre de lutte contre le terrorisme. C’est ainsi que l’administration américaine mélange terrorisme effectif avec lutte de libération ou résistance légitime à l’occupation ; c’est ainsi aussi qu’elle arrive à dédouaner le terrorisme d’Etat israélien qui est considéré comme de la légitime défense, ou le terrorisme d’Etat américain justifié par la lutte contre le despotisme ou contre les armes de destruction massive ou contre le terrorisme islamiste dont on sait qu’il a été encouragé par l’impérialisme américain lui même dans sa lutte contre l’Union Soviétique et ses alliés.

La guerre contre le terrorisme menée au niveau international et au niveau de chaque pays de la région a été un alibi pour justifier des législations régressives et les violations des DH.

Là encore si le phénomène est général pour les deux rives de la Méditerranée, c’est au Sud et à l’Est qu’il y’a eu le plus de violations au nom de la lutte contre le terrorisme.

Des milliers de personnes soupçonnées d’actes de terrorisme ont été arrêtées dans toute la région ; ils ont le plus souvent fait l’objet d’enlèvements, de garde à vue dans des conditions illégales et inhumaines, de torture - jusqu’à ce que mort s’en suive parfois - de procès inéquitables, de jugements iniques ou sévères ; des dizaines de condamnation à mort ont été prononcées.

Les Etats Arabes ont continué d’appliquer la convention arabe contre le terrorisme qui contient peu de garanties contre la torture et les procès inéquitables ; la coopération s’est accentuée entre eux pour mener des opérations dans le domaine de la sécurité notamment par le transfert des suspects d’un pays à l’autre sans prendre en considération les risques de violation de leurs droits fondamentaux dans les pays de destination.

De nombreux détenus par les autorités américaines à Guantanamo à Cuba et dans d’autres pays ont été renvoyés dans leurs pays d’origine pendant que les autres continuent à être détenus illégalement sans que l’ONU n’intervienne pour mettre un terme à ce déni de justice.

Au Maroc, nous avons vécu à partir du 16 mai 2003 une vague d’actions terroristes, que nous avons bien sûr condamnées avec force comme nous avons condamné tous les actes terroristes en particulier ceux du 11 septembre 2001 et du 11 mars 2004 à Madrid. Mais nous nous sommes fermement opposés à l’adoption de la loi antiterroriste et nous avons dénoncé toutes les violations subies par les milliers de détenus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et dont un millier environ sont actuellement emprisonnés, après avoir fait l’objet de procès inéquitables.

Notre association l’AMDH, tout en dénonçant le terrorisme et l’intégrisme islamiste comme porteur d’un projet sociétal totalitaire et fasciste, a fermement condamné les violations des droits des intégristes en tant que personnes devant jouir de tous leurs droits humains.

9) Tel est donc un bref aperçu sur la situation des Droits Humains dans la région méditerranéenne ; j’ai essayé de traiter des droits humains dans les deux rives tout en insistant sur la situation dans le Sud et l’Est de la région.

Je voudrais pour conclure insister sur les éléments suivants :

• La grande différence entre le Nord d’une part et le Sud et l’Est de la Méditerranée d’autre part pour ce qui concerne le respect des règles démocratiques et des Droits Humains.

• La responsabilité des Etats du Nord de la Méditerranée dans la détérioration de la situation des DH dans les pays du Sud : entraves à la libre circulation des personnes (d’où les problèmes liés à l’émigration clandestine) l’exploitation poussée des émigrés et le racisme à leur égard etc..., le renforcement de la main mise sur les ressources et l’économie des pays du Sud, l’encouragement des régimes antidémocratiques du Sud.

• L’échec du partenariat Euro-Méditerranéen dans la promotion du développement et des DH dans les pays du Sud ; par contre ce partenariat a approfondi la dépendance du Sud par rapport au Nord et fragilisé encore plus le droit à l’autodétermination des peuples du Sud.

• Le danger pour la région Sud de l’initiative américaine (formellement adoptée par le G8) de réformes politiques et économiques liées à ce qui est appelé le Forum de l’Avenir et dont la finalité est de renforcer la main mise de l’impérialisme américain sur la région.

Pour terminer, je voudrais insister sur le rôle à jouer par le mouvement des DH dans l’émancipation démocratique de la région surtout si ce mouvement renforce son unité, se débarrasse de l’élitisme qui l’a caractérisé jusqu’à présent et œuvre pour que le combat pour les DH soit rééquilibré vers plus d’importance à donner aux droits économiques, sociaux et culturels et devienne une cause pour les larges masses de citoyens et de citoyennes ; le mouvement des DH pourra jouer son rôle d’autant mieux s’il arrive à créer une synergie stratégique avec le mouvement syndical des travailleurs et avec les mouvements de jeunes et de femmes.

17/06/2005


19-08-2005

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