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A la faveur de la guerre d’Irak, les mouvements terroristes islamistes sont de plus en plus actifs en Allemagne, de mieux en mieux coordonnés avec les extrémistes de toute l’Europe, recrutant pour Bagdad et assurant la logistique des djihadistes, selon des responsables allemands de la sécurité. "La scène islamiste d’Allemagne est très bien organisée, et pas seulement en Allemagne. Les activités djihadistes sont plus globalisées, plus paneuropéennes, que les Européens eux-mêmes", résume un haut responsable des services de renseignements allemands, s’exprimant sous couvert de l’anonymat pour l’Associated Press. La sympathie pour le djihad -la guerre sainte- forte parmi les musulmans d’Allemagne depuis les conflits de Bosnie et de Tchétchénie, s’est renforcée avec l’invasion américaine de l’Irak. "La guerre en Irak a mobilisé les gens ; ceux qui auparavant avaient des contacts, ou des sympathies pour les groupes radicaux, estiment maintenant qu’ils doivent faire quelque chose", explique à l’AP Manfred Murck, numéro deux de l’agence gouvernementale de Hambourg chargée de la traque de ces extrémistes : "Ces dernières années, ils parlaient de djihad, mais ne faisaient rien". Ansar al-Islam, le mouvement extrémiste irakien considéré comme lié à Al-Qaïda et au terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, est tout particulièrement surveillé, en raison de ses efforts pour recruter des combattants et lever des fonds en Europe. C’est tout d’abord sur Hambourg que s’est concentrée l’attention des enquêteurs allemands, à cause bien sûr de la "cellule de Hambourg", réunissant trois des quatre kamikazes des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Mais les recherches se sont depuis élargies. En décembre, trois membres présumés d’Ansar al-Islam ont été arrêtés à Berlin. Ils sont accusés d’avoir voulu assassiner le Premier ministre intérimaire irakien Iyad Allaoui au cours de sa visite en Allemagne. A Munich, un Irakien, Lokman Armin Mohammed, a été inculpé l’an dernier et attend toujours d’être jugé. Soupçonné de soutien logistique et financier à Ansar al-Islam, il aurait fourni du matériel médical aux djihadistes et organisé des filières de passage vers l’Irak. Il aurait également organisé le retour de djihadistes grièvement blessés, via l’Italie et la France, afin qu’ils soient secrètement soignés en Grande-Bretagne. Mais l’un des meilleurs exemples de cette coopération pan-européenne est sans doute l’interpellation de l’Algérien Abderrazak Mahdjoub. Arrêté à Hambourg en novembre 2003 sur mandat d’arrêt italien, extradé vers Milan en mars dernier, il est jugé depuis février pour avoir recruté quelque 200 djihadistes dans toute l’Europe, en collaboration avec le Somalien Ciise Maxamed Cabdullaah, l’Egyptien El Ayashi Radi, le Marocain Housni Jamal et l’Irakien Amin Mostafa Mohamed. Interpellé une première fois en Syrie quelques jours avant le début de l’invasion de l’Irak, il avait été expulsé vers l’Allemagne. Là, les premières poursuites n’ont pu aboutir, faute de preuves. "Il a essayé d’aller en Irak, et nous en avions conclu qu’il cherchait à y combattre. Puis d’autres enquêtes, notamment en Italie, sont venues montrer qu’il faisait partie d’une structure de recrutement pour l’Irak", explique Murck. Selon les responsables européens de la lutte antiterroriste, plusieurs centaines de combattants venus d’Europe seraient partis pour l’Irak via ces réseaux de recrutement. Dans une autre importante affaire, 15 suspects, certains liés à Ansar al-Islam et Al-Tawhid (autre groupe proche de Zarqaoui) ont été appréhendés lors de raids couvrant toute l’Allemagne. Les membres de ce réseau étaient allemands, égyptiens, tunisiens, algériens, libyens et bulgares. Selon Rolf Tophoven, expert de l’Institut de recherche sur le terrorisme et les questions de sécurité d’Essen, "l’Allemagne n’est pas la cible principale (...), la ligne va de l’Allemagne ou d’autres pays européens vers l’Irak. Ils cherchent à recruter des terroristes potentiels, des kamikazes potentiels" pour l’Irak. Mais la grande crainte des spécialistes, sur laquelle peu de preuves existent à ce jour, est que ces extrémistes reviennent auréolés de l’image du combattant d’Irak ; comme à l’époque des djihadistes "afghans" ayant combattu les Soviétiques... "S’ils reviennent, ils sont formés, ils savent se battre, ils savent tendre une embuscade, fabriquer une bombe, etc. Les services secrets ont peur de cela", note Tophoven.
The Associated Press Berlin - 06 - 03 - 2005 |