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La justice britannique a annoncé jeudi la libération de neuf étrangers détenus pour certains depuis plus de trois ans sans inculpation, alors même que se poursuivait au parlement le bras de fer sur le nouveau projet de loi antiterroriste. La Commission spéciale des appels (SIAC) a ordonné la libération sous plusieurs conditions du détenu algérien seulement connu sous l’initiale "A", et celle "en principe" de huit autres hommes emprisonnés dans le cadre de l’actuelle législation antiterroriste. Ces huit détenus pourraient être libérés dès vendredi, selon l’agence Press Association. Parmi eux figure le Palestinien Abou Qatada, 43 ans, considéré jusque-là par la justice britannique comme "un individu réellement très dangereux" "au centre des activités terroristes liées à Al-Qaïda en Grande-Bretagne". L’homme, qui était détenu à la prison de Belmarsh (sud de Londres) depuis octobre 2002, était arrivé au Royaume-Uni en septembre 1993 avec sa femme et ses trois enfants. Le gouvernement britannique l’a accusé d’avoir "été l’instigateur de plusieurs actes de terrorisme international" et d’avoir "inspiré" les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Quant au juge espagnol Baltazar Garzon, il l’a présenté comme "l’ambassadeur européen" d’Oussama ben Laden. Les autres hommes qui devraient être libérés vendredi sont connus sous les initiales "E", "H", "K", "P" et "Q". Arrêtés entre décembre 2001 et octobre 2003, ils sont algériens pour trois d’entre eux, tunisien pour un autre. Seule, la nationalité de "Q" est inconnue. Les deux derniers n’ont pas été identifiés. Vendredi, Mahmoud Souleiman Abou Rideh, un Jordanien de 33 ans, et "B", doivent à leur tour être présentés devant la SIAC. "A" a lui été arrêté en décembre 2001 et accusé d’avoir levé des fonds pour le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, algérien). L’annonce de ces libérations est intervenue alors que le gouvernement est engagé dans un bras de fer avec l’opposition conservatrice pour faire adopter son projet de loi qui doit remplacer l’actuelle législation antiterroriste. Pour le gouvernement, l’un des enjeux de cet affrontement était précisément d’obtenir un cadre légal pour s’assurer que ces détenus n’étaient pas purement et simplement remis en liberté, alors que l’actuelle loi sera caduque lundi. "Nous avons besoin de cette législation pour protéger la sécurité de la population de ce pays", a ainsi insisté jeudi le Premier ministre Tony Blair. Quant au patron de Scotland Yard, Ian Blair, il a affirmé que ces dix suspects de terrorisme représenteraient une "grave menace pour la sécurité nationale". La justice britannique a toutefois assorti de conditions sévères la libération de ces hommes. Le suspect "A" devra ainsi vivre à son adresse connue et sera soumis à un couvre-feu entre 19H00 à 7H00, a indiqué le président de la SIAC. Des conditions similaires s’appliqueront aux huit autres détenus au moment de leur libération, a-t-il précisé. "A" ne pourra non plus donner de rendez-vous à quiconque hors de son domicile sans l’accord du ministère de l’Intérieur. Il ne disposera que d’une seule ligne téléphonique fixe et ne pourra accéder à l’internet ou disposer d’un téléphone portable, ni acheter, vendre ou se procurer du matériel informatique ou de communication. Il devra enfin informer le ministère s’il décide de quitter le pays, ne disposera que d’un seul compte bancaire et ne pourra effectuer de transferts d’argent sans l’accord des autorités. Enfin, la SIAC a décidé qu’un ancien détenu, "G", déjà libéré mais assigné à résidence, serait désormais soumis à des conditions de résidence similaires à celles de "A".
Agence France Presse Londres - 10 - 03 - 2005 |