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Tribune de Genéve (Suisse), le 28 septembre 2005
CAROLE VANN / INFOSUD
Le chef de la délégation suisse au Sommet de l’information a rencontré hier à Genève des militants des droits de l’homme tunisiens. Une façon ostensible de prendre acte de leur action, alors qu’ils sont pourchassés par le régime tunisien.
Il s’agit d’un acte politique fort : des officiels suisses ont reçu hier à Genève des opposants tunisiens. Cette rencontre a eu lieu dans l’enceinte du Palais des Nations alors que s’y terminent les derniers préparatifs de la seconde phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI, Tunis du 16 au 18 novembre).
Pendant une heure, Marc Furrer, chef de la délégation suisse, a écouté les récits de ces militants pour les droits humains dont les associations ne sont pas reconnues par le régime de Ben Ali. Communica-ch (plate-forme suisse regroupant une vingtaine d’organisations de journalistes, d’humanitaires et d’universitaires) était présente.
« Nous savons que ces ONG tunisiennes ont beaucoup de difficultés à se réunir, a expliqué Marc Furrer à la sortie du meeting. Nous sommes préoccupés par le déroulement du Sommet. Il est très important que leurs opinions soient intégrées dans le débat global. La Tunisie doit montrer sa bonne volonté. »
Cette inquiétude est d’autant plus pertinente que les pressions ne font qu’empirer en Tunisie : journalistes, internautes, avocats sont contrôlés, harcelés, emprisonnés. Ce dérapage de la part d’un pays qui s’apprête à accueillir un Sommet sur l’information laisse la communauté internationale perplexe.
La première phase du SMSI (elle s’est déroulée à Genève en décembre 2003) avait réussi une percée sans précédent dans l’histoire onusienne : la société civile avait pu être associée aux préparatifs et aux travaux du Sommet. Or même si les enjeux sont multiples (rôle des médias, règles du jeu d’Internet, accès des pays pauvres aux nouvelles technologies), la question du respect de la liberté d’_expression reste incontournable.
« Nous avons apprécié la présence d’un spécialiste des droits humains dans la délégation suisse venue rencontrer les militants tunisiens. Cela montre que cette question est importante pour Berne », commente Yves Steiner, membre du comité exécutif d’Amnesty international.
Noyautage tunisien
Mais les représentants de Communica-ch restent très inquiets. « Comme d’habitude, de nombreuses ONG, qui sont des relais de Tunis, noyautent toutes les réunions. Mais, cette fois-ci, c’est Moncef Achour, chargé des relations avec la société civile, qui se comporte ici comme s’il était chez lui en Tunisie, s’indigne le journaliste Wolf Ludwig, de Comedia. Il se permet de dissoudre nos réunions au nom de Charles Geiger, le directeur du secrétariat exécutif du SMSI. Vendredi dernier, il a fait irruption dans une séance entre organisations des droits de l’homme. Il nous a ordonné de quitter la salle en clamant être de la « police de l’ONU ».
Communica-ch vient d’adresser une lettre à M. Geiger. (Nous n’avons malheureusement pas réussi à le contacter). « C’est de sa responsabilité d’interdire à M. Achour de tels débordements et d’assurer la neutralité du secrétariat, poursuit Wolf Ludwig. C’est inacceptable qu’il laisse agir de la sorte ses collaborateurs tunisiens. Si M. Achour se permet ce genre de libertés à Genève, on n’ose imaginer Tunis en novembre. » |