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TUNIS (AP) -- Des organisations non-gouvernementales (ONG) internationales ont lancé vendredi un appel pressant aux autorités tunisiennes à faire des « avancées concrètes et substantielles » en matière de libertés et de respect des droits de l’Homme, en prévision du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) dont la deuxième phase est prévue en novembre prochain à Tunis.
Cet appel a été lancé lors d’une rencontre intitulée « médias et libertés » au siège de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH), en présence notamment du président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) Sidiki Kaba, du directeur de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) Eric Sottas, du directeur de l’Union internationale des éditeurs (UIE) Alexis Krikorian et du directeur exécutif de l’organisation « Word Press Freedom Committee » Mark Bench.
Deux rapports ont été présentés à cette occasion qui dressent un tableau négatif de l’état des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie, tout en admettant que « les autorités tunisiennes déploient de nombreux efforts pour promouvoir la mise en place d’une société de l’information ».
Présentant le premier document, élaboré par une mission d’enquête internationale mandatée notamment par la FIDH et l’OMCT, le délégué de la fédération internationale auprès de l’Union européenne Antoine Madelin a fait état de « graves préoccupations » quant à la volonté des autorités tunisiennes d’appliquer les engagements pris pour la tenue du SMSI.
Après avoir relevé « la politique volontariste » du gouvernement tunisien pour la diffusion de l’Internet, domaine où « la Tunisie se situe largement au-dessus de la moyenne maghrébine », le rapport dénonce le contrôle et la censure exercés par les autorités aussi bien sur la toile que sur la presse écrite et le paysage audiovisuel.
Déplorant « l’absence de débat démocratique et l’uniformité du discours des médias », M. Madelin a espéré que d’ici la tenue du SMSI, « des avancées substantielles » seraient accomplies. Il a également souhaité que toutes les composantes de la société civile, dont les associations non reconnues, puissent participer à ce sommet « de manière concrète, pleine et entière, et sans obstruction ».
Tout comme le premier rapport, celui de l’IFEX, un réseau qui regroupe 64 organisations de défense de la liberté d’expression et de la presse, formule de nombreuses recommandations en vue de « promouvoir un pluralisme authentique dans le contenu » des médias, de libérer les cyber-dissidents et de « mettre fin au harcèlement des activistes des droits de la personne ».
« La Tunisie est à un stade où, en débloquant le contrôle de l’Internet, elle pourrait promouvoir son décollage dans ce secteur », a martelé le délégué de la FIDH.
Pour Hurley Deborah, professeur à l’université Harvard, en Tunisie où la population a un niveau d’instruction élevé et où la femme est émancipée, il y a comme un goût d’inachevé. « Il y a le verre, mais il manque l’eau pour qu’on puisse y boire », a-t-elle observé.
« Nous ne souhaitons pas agiter le drapeau rouge, mais nous demeurons dans une démarche de dialogue. La balle est dans le camp des autorités tunisiennes dont dépend la réussite ou pas du sommet », a lancé le représentant de la FIDH, relayé par celui de l’IFEX.
Tous deux ont annoncé de nouvelles missions en septembre pour une nouvelle évaluation de la situation en Tunisie, deux mois avant le SMSI.
« Ce que nous voulons, c’est une vraie politique et un engagement réel à respecter les droits de l’Homme et la démocratie », a renchéri le président de la FIDH Sidiki Kaba. AP |