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Le 28 juin 2005
Le groupe d’Observation de la Tunisie au sein de l’IFEX appelle le président
Ben Ali à ordonner l’arrêt des attaques contre la liberté d’expression avant
le SMSI
SOURCE : Le groupe d’Observation de la Tunisie au sein de l’IFEX (IFEX-TMG)
(IFEX-TMG) - Ci-dessous, une lettre des membres de l’IFEX-TMG au président
tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, datée du 25 juin 2005 :
M. Zine El Abidine Ben Ali
Palais présidentiel
Carthage
Tunisie
s/c Ambassade de Tunisie
515 rue O’Connor, Ottawa, ON K1S 3P8 Canada
téléc : +(1) 613 237-7939
Le 25 juin 2005
Monsieur le Président,
Par la présente, nous souhaitons exprimer notre profonde inquiétude face à
la recrudescence des attaques contre la liberté d’expression en Tunisie
depuis notre première mission d’enquête au mois de janvier 2005 et nous
souhaitons par ailleurs vous encourager à prendre les mesures nécessaires
pour mettre un terme à ces attaques qui, dans l’esprit de beaucoup,
soulèvent la question du lieu même du Sommet Mondial sur la Société de
l’Information (SMSI), qui doit se tenir à Tunis en novembre 2005.
En tant que membres du Groupe d’observation de la Tunisie (TMG), créé en
juin 2004 dans le cadre de l’Échange international de la liberté
d’expression (IFEX) pour évaluer les conditions de participation au SMSI,
nous avons rencontré des Tunisiens de tous bords politiques et
intellectuels, y compris des officiels. En janvier et en mai, nous avons par
ailleurs été les témoins d’attaques contre les libertés d’expression,
d’association et de mouvement, attaques que nous avons recensées.
Suite à de longs mois d’enquête et d’observation et de recensement des
attaques contre la liberté d’expression et des cas de harcèlement de
journalistes en Tunisie, nous sommes parvenus à la conclusion que la
crédibilité même du SMSI serait sérieusement compromise et que les autorités
tunisiennes assumeraient - aux yeux de la communauté internationale dans son
ensemble- une large part de responsabilité dans cet état de fait, si des
mesures efficaces n’étaient pas prises immédiatement pour :
1- Libérer de prison l’avocat des droits humains Mohamed Abbou et le
rédacteur en chef de l’hebdomadaire interdit Al-Fajr, Hamadi Jebali. Comme
des centaines d’autres, ils sont emprisonnés pour avoir exercé leur droit à
une libre expression et leur droit d’association.
Des ONG locales, régionales et internationales, de même que des
gouvernements occidentaux amis de la Tunisie, y compris le gouvernement
américain, maintiennent que ces prisonniers, qui sont vus au plan mondial
comme des prisonniers politiques et des prisonniers d’opinion, n’ont jamais
eu recours ou fait l’apologie de la violence et qu’ils n’ont pas eu droit à
un procès équitable.
Abbou a été enlevé par les forces de police dans les rues de Tunis le 1er
mars 2005, soit moins de 24 heures après avoir placé sur le net un article
critiquant la décision du gouvernement d’inviter le Premier Ministre
israélien Ariel Sharon au SMSI. Paradoxalement, suite à un procès
inéquitable, il a été condamné par un tribunal correctionnel de Tunis, le 28
avril 2005, à 3 ans et demi de prison pour avoir publié des déclarations en
2004 "susceptibles de troubler l’ordre public", pour avoir "diffamé le
processus judiciaire" et également pour "violence" il y a près de 3 ans à
l’encontre d’une avocate proche du gouvernement.
Le 10 juin dernier, une cour d’appel a confirmé la peine suite à une
audience très éloignée des normes internationales d’un procès équitable
(d’après des défenseurs de droits humains et des diplomates).
L’article d’opinion utilisé pour inculper Abbou n’est pas l’article qu’il
avait placé sur la toile à la veille de son enlèvement par la police, mais
un autre posté en août 2004, dans lequel il comparait les conditions
inhumaines de la prison américaine d’Abu Ghraib en Iraq à celles qui
prévalent dans les prisons tunisiennes.
Arrêté en 1991 suite à la publication, dans Al Fajr, d’une tribune de
l’avocat des droits humains Mohamed Nouri sur l’inconstitutionnalité des
tribunaux militaires, Jebali purge actuellement une peine de 16 ans de
prison pour avoir prétendument été membre d’une "organisation illégale" et
pour avoir essayé de "changer la nature de l’Etat".
2- Mettre fin aux sanctions administratives arbitraires et à l’implacable
harcèlement policier qui obligent le journaliste Abdellah Zouari à vivre à
quelque 500 km de sa femme et de ses enfants et qui l’empêchent de gagner sa
vie ou encore d’utiliser les cybercafés.
3- Libérer tous les livres et toutes les publications interdites - y compris
les livres de Mohamed Talbi et de Moncef Marzouki - et les publications
d’institutions de droits humains comme l’Association tunisienne des femmes
démocrates, l’Institut arabe des droits de l’Homme, ou la Fondation Temimi.
Le groupe d’observation de la Tunisie s’est félicité de votre annonce, le 27
mai dernier, de l’abolition de la procédure de dépôt légal pour les organes
de presse, tout en précisant que la libération de l’ensemble des livres et
des publications bloqués en Tunisie constituerait "un pas dans la bonne
direction".
4- Reconnaître le droit inaliénable des groupes issus de la société civile
d’agir librement dans un contexte de non-harcèlement de leurs membres et de
leurs dirigeants. La reconnaissance (et le respect) du Conseil national pour
les libertés en Tunisie, du Centre pour l’indépendance de la Justice, de
l’Association pour la lutte contre la torture, de l’Association
internationale de soutien aux prisonniers politiques, de la ligue des
écrivains libres, de Raid-Attac Tunisie et de bien d’autres mettrait la
Tunisie en conformité avec les standards internationaux en matière de droits
humains et contribuerait par ailleurs à améliorer son image au plan
international de manière significative.
5- Mettre fin au harcèlement des journalistes indépendants et des dirigeants
du Syndicat indépendant des journalistes tunisiens, dont la création, en mai
2004, est conforme au code du travail tunisien.
6- Mettre fin à l’utilisation abusive de la loi sur le terrorisme,
promulguée ironiquement le 10 décembre 2003 et qui est malheureusement
utilisée - d’après les groupes de droits humains locaux et internationaux-
comme un outil pour réduire au silence et punir les critiques du
gouvernement. L’une des dernières victimes en date de cette loi n’est autre
que l’Institut arabe des droits de l’homme. Les liquidités placées dans les
banques tunisiennes par cette institution régionale, visant à sensibiliser
le public arabe aux droits humains, auraient été récemment gelées pour des
raisons politiques.
7- S’assurer que le droit de créer des médias ne soit pas réservé aux seuls
individus ou groupes proches du gouvernement et ne se fasse pas en l’absence
de règles de base d’équité et de transparence ; s’assurer du respect du droit
d’accès aux cybercafés et du droit de surfer librement sur le web.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous remercions par avance de
l’attention que vous voudrez bien donner à cette lettre.
Nous vous prions d’agréer nos sincères salutations.
Les membres du groupe d’observation de la Tunisie :
ARTICLE 19, Royaume-Uni
L’Association mondiale des journaux (AMJ), France
L’Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC)
Le centre PEN norvégien
Comité des écrivains en prison du PEN international (WiPC), Royaume-Uni
La Fédération internationale des journalistes (FIJ)
Index on Censorship, Royaume-Uni
Journalistes canadiens pour la liberté d’expression (CJFE)
Journaliste en danger (JED), République démocratique du Congo
Media Institute of Southern Africa (MISA), Namibie
L’Organisation égyptienne des droits de l’homme (EOHR)
L’Union internationale des éditeurs (UIE), Suisse
World Press Freedom Committee (WPFC), États-Unis |